BOSTON- Quand les Bruins de Boston ont remporté leur 63e match cette saison pour s'emparer seuls du premier rang sur la liste des équipes avec le plus de victoires en saison régulière dans l'histoire de la LNH, ils ont devancé deux autres équipes légendaires : les Red Wings de Detroit de 1995-96 et le Lightning de Tampa Bay de 2018-19, deux formations avec une chose en commun.
Elles n'ont pas gagné la Coupe Stanley.
Les Bruins savent qu'une saison historique ne leur garantit pas la Coupe
Boston tente d'éviter le sort des Red Wings de 1995-96 et du Lightning de 2018-19 après une année record

C'est un destin que les Bruins de 2022-23 espèrent éviter, alors que les séries éliminatoires de la Coupe Stanley commenceront lundi. Les Bruins accueilleront les Panthers de la Floride au TD Garden pour le match no 1 de leur série quatre de sept en première ronde (19 h 30 HE; TVAS, CBC, SNE, SNO, SNP, ESPN).
La saison historique, les records et les séries de victoires entre octobre et avril, ce sont des choses du passé.
Les Bruins doivent maintenant porter le fardeau de l'histoire.
« Je suis certain que ce qui nous est arrivé a souvent été mentionné dans le vestiaire de Boston, a dit l'entraîneur du Lightning Jon Cooper. J'en aurais parlé si j'étais leur entraîneur. »
Le Lightning avait entamé la première ronde des séries comme grand favori contre les Blue Jackets de Columbus. Mais au lieu de passer facilement au prochain tour, le Lightning a été balayé. Quatre matchs ont effacé une saison de 62 victoires.
Les Red Wings ont avancé plus loin en séries, jusqu'en finale de l'Association de l'Ouest, mais ils ont été vaincus en six matchs par les champions éventuels de la Coupe Stanley, l'Avalanche du Colorado.
« Nous avions pris la saison tellement au sérieux, et notre objectif était centré sur la conquête de la Coupe Stanley, ce qui n'est normalement pas une mauvaise chose », a raconté Kirk Maltby, qui avait été échangé des Oilers d'Edmonton aux Red Wings cette saison-là et qui est aujourd'hui dépisteur pour Detroit.
« Quand nous sommes arrivés dans cette série contre cette excellente équipe du Colorado, l'intensité a grimpé d'un cran et nous avons peut-être commencé à tenir nos bâtons un peu trop serrés. Nous ne jouions pas comme nous l'avions fait tout au long de l'année, tout au long des séries, et nous n'avons pas réussi à surmonter certaines choses durant cette série. »
Voilà donc la question : les Bruins vont-ils subir le même sort que le Lightning et les Red Wings, une équipe dont le rendement en saison régulière aura été ruiné par un effondrement en séries? Ou prendront-ils le chemin des Canadiens de Montréal de 1976-77, une autre équipe qui a vu un record (pour les points dans une saison, avec 132) être battu par Boston (135), mais qui a ultimement soulevé la Coupe Stanley à la fin de la saison?
Scotty Bowman, le légendaire entraîneur qui a été derrière le banc de cette édition des Red Wings et aussi des Canadiens, croit que les Bruins suivront les traces de ces derniers.
« Ne laissez pas les gens vous parler de la saison régulière, a prévenu Bowman. Une fois que le dernier match est joué, tournez la page. […] Il n'y a qu'un seul trophée qui a une réelle signification. »
Les Bruins ont fait écho à ces sentiments.
« Certaines personnes peuvent mettre l'accent sur le trophée des Présidents, mais quand tu analyses tout ça, ça ne veut rien dire quand les séries commencent, a soutenu l'attaquant Brad Marchand. Je pense que nous avons plusieurs gars expérimentés qui comprennent cela ici. »
Ça ne veut pas dire qu'ils n'apprécient pas l'exploit, qu'ils n'en sont pas fiers.
« Mais nous ne voulons pas nous en remettre à ça non plus, a poursuivi Marchand. Nous voulons nous en tenir au processus qui nous a permis de connaître du succès. »
Pour Bowman, l'un des éléments les plus importants du succès est la confiance engendrée par une saison complète d'excellence. Il a toutefois servi un avertissement : les Bruins ne peuvent pas laisser cette confiance se transformer en orgueil démesuré.
La ligne s'avère mince entre les deux.
« Malheureusement, quand tu rates les séries, tout le monde pense que tu as échoué, a dit Bowman. C'est comme quand tu termines deuxième, plusieurs personnes diront que le deuxième est le premier perdant. Ce n'est pas juste, mais c'est la réalité. »
Bowman fait remarquer une statistique qui l'a récemment étonné : les Bruins ont limité leurs adversaires à deux buts ou moins dans 52 matchs cette saison, une statistique impressionnante.
« Quand tu réussis ce genre de choses… », a dit Bowman.
Tu gagnes.
Un avantage chez les Bruins - une chose sur laquelle ils comptent - est l'expérience de leurs leaders, Patrice Bergeron, David Krejci et Marchand. Chaque joueur a fait partie de la formation de 2010-11 qui a remporté la Coupe Stanley. Sept autres membres de la formation de 2022-23 ont fait partie de l'édition de 2019, qui a perdu dans le match no 7 de la finale de la Coupe Stanley, alors ils savent ce qu'il faut faire pour aller aussi loin et ils connaissent la déception de ne pas pouvoir signer cette dernière victoire.
« Si tu regardes les deux plus récentes équipes, Tampa Bay et Detroit, Detroit comptait sur quelques gagnants de la Coupe. Mais nos leaders se sont rendus jusqu'en finale de la Coupe Stanley et [trois] ont tout gagné, a noté Montgomery. Ça nous donne un certain avantage, mais rien n'est garanti. »
Ils tentent d'ignorer la médiatisation qui vient avec l'histoire, ils tentent de rester dans le moment, de se concentrer sur le présent et de comprendre qu'ils ne sont pas nécessairement condamnés à voir l'histoire se répéter.
Ce n'est toutefois pas facile parce que la saison régulière que les Bruins viennent de connaître crée des attentes. Et avec ces attentes vient la pression.
« Tant mieux s'ils y parviennent, c'est génial, a dit Maltby. Mais n'oubliez pas que ce n'est qu'un jeu. Même dans les moments les plus intenses, tu dois prendre une seconde pour relaxer, te concentrer un peu, et ne pas tenir ton bâton trop serré. Tu dois seulement sauter sur la glace et jouer comme tu l'as fait toute l'année pour te rendre là. »
Ce fut le conseil de Maltby, qui admet que son équipe « s'est trouvée un peu dérangée par le sérieux de la situation ». Il a conseillé aux Bruins de s'assurer qu'ils pouvaient relaxer et s'amuser en dehors de la glace.
« Tu peux toujours rester concentré, a-t-il insisté. Il va y avoir assez de pression en troisième période, que tu aies l'avance par un but, que tu sois en retard d'un but, ou que ce soit l'égalité. Il va y avoir cette pression durant le cours des matchs, peu importe le nombre de séries qu'ils disputeront.
« Que ce soit à l'entraînement, dans le vestiaire ou simplement à l'hôtel, relaxe. Va au cinéma et relaxe. C'est difficile de faire le vide dans ta tête, mais essaie simplement de relaxer et d'avoir du plaisir. »
Heureusement, comme Maltby l'a noté, les Bruins comptent David Pastrnak dans leur formation. Et peu de joueurs dans la LNH s'amusent plus que Pastrnak.
Et évidemment, bien que le fardeau de l'histoire s'annonce pesant à la suite d'une saison record, il y a un autre point positif : les Red Wings ont ultimement remporté la Coupe Stanley en 1996-97 et 1997-98. Le Lightning l'a remportée en 2019-20 et 2020-21.
« Nous avons arraché la victoire des crocs de la défaite à 15 reprises cette année-là, a dit Cooper. Et ça arrive rarement. […] La tempête parfaite nous a rattrapés en séries. Je sais que vous dites que ça n'a pas fonctionné pour nous. Mais nous avons remporté 11 séries d'affilée par la suite. »
\Avec la collaboration de Nicholas J. Cotsonika, chroniqueur NHL.com, et Dan Rosen, journaliste principal NHL.com*

















