Plusieurs de ses proches lui envoyaient un lien vers le même tweet : les Kings de Los Angeles soulignaient que la thérapeute du sport Aisha Visram venait d'écrire l'histoire en devenant la première femme à travailler derrière le banc d'une équipe de la LNH.
« J'étais surprise, rigole van Rees au bout du fil. J'étais vraiment heureuse de voir qu'une femme avait réussi à parvenir à la LNH à nouveau. En même temps, je me suis demandé pourquoi tout le monde m'avait oublié. Est-ce que ça fait si longtemps? (rires) »
Sans rien enlever à l'exploit de Visram, la première à l'avoir fait, c'est Jodi van Rees. Au début des années 2000, alors dans la jeune trentaine, elle prenait place derrière le banc des Canadiens de Montréal et réalisait du même coup le rêve qu'elle caressait depuis son adolescence.
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Son idole à l'époque, ce n'était pas Guy Lafleur, Bob Gainey ou Steve Shutt. C'était Gaétan Lefebvre, le thérapeute du Tricolore. Elle ne voulait pas marquer de buts, elle voulait soigner les joueurs.
« Je ne sais même pas patiner, lance la sympathique Montréalaise en riant. Les Canadiens, c'était une grande passion dans ma famille. J'étais fascinée par le travail de Lefebvre chaque fois qu'il y avait une blessure. À partir de là, j'ai su que c'est ce que je ferais dans la vie, et que personne ne pourrait me dire le contraire.
« Je n'ai jamais cessé d'y croire, même quand des gens me disaient que je n'y arriverais pas. […] Je ne comprenais pas pourquoi aucune femme n'y était parvenue. Ça ne faisait pas de sens pour moi. Pourquoi pas une femme? Toutes mes décisions ont été prises en fonction d'en arriver là. »
Elle a élaboré un plan détaillé - un « master plan » - qui lui a permis de gravir les échelons petit à petit. Elle s'est battue pour travailler au sein de l'équipe de hockey masculine de l'Université Concordia avant de décrocher un premier emploi avec les Roadrunners de Montréal, la défunte équipe de roller-hockey dirigée par Yvan Cournoyer.
C'est d'ailleurs là qu'elle a rencontré Lefebvre pour la première fois, et qu'il lui a donné la clé de sa clinique au Forum puisque les Roadrunners occupaient les mêmes espaces que le Tricolore pendant l'été.
« J'ai encore la clé avec moi, souligne-t-elle. Il m'a très bien accueillie et il était souvent là. C'était super. »
Vint un poste à temps plein dans la LHJMQ avec les Prédateurs de Granby, l'année de leur conquête de la Coupe Memorial en 1996, puis avec le Titan d'Acadie-Bathurst. Elle a ensuite mis les pieds dans l'organisation montréalaise en donnant un coup de main lors des camps d'entraînement et en venant en relève chez les Canadiens de Fredericton.
Jusqu'à ce que les portes du grand club s'ouvrent au début des années 2000, alors que Réjean Houle était le directeur général, et Alain Vigneault, l'entraîneur-chef. Elle avait alors fait ses preuves et amassé toute l'expérience nécessaire pour faire sa place au plus haut niveau.
« C'était précurseur pas à peu près, a fait remarquer Houle. Elle a fait son chemin, vraiment. Elle s'est organisée pour faire tout ce qu'elle devait pour arriver à son but. Elle était tellement engagée et dévouée envers sa profession, c'est la première chose que j'ai remarquée chez elle.
« On ne s'est pas attardés au fait qu'elle était une femme. On avait besoin de spécialistes dans le domaine, et elle avait toutes les qualifications nécessaires. C'était aussi simple que ça. Ça s'est fait dans l'ombre à l'époque, mais ç'a été une expérience très positive pour l'organisation. »
Alliés
Jodi van Rees est demeurée avec les Canadiens jusqu'au terme de la saison 2005-06. Entre temps, elle a renoué avec Michel Therrien, qu'elle avait connu à Granby, et André Savard lui a offert un poste à temps plein quand il est devenu directeur général. Elle a aussi travaillé avec Claude Julien et Bob Gainey.
Tous ces hommes qui l'ont épaulé sans égard à son sexe tout au long de son parcours, elle les qualifie désormais d'alliés.