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LAS VEGAS -Jack Eichel a conjuré le mauvais sort qui s'acharnait sur lui. Et pas à moitié.

À sa huitième saison dans la grande ligue, sa deuxième avec les Golden Knights de Vegas, l'attaquant de 26 ans a finalement pu goûter aux séries. Quelques semaines après avoir disputé son tout premier match éliminatoire, le voilà en finale de la Coupe Stanley.

« C'est un peu irréel, a-t-il reconnu, vendredi, à la veille du premier match face aux Panthers de la Floride. J'essaie seulement de ne rien tenir pour acquis. Je sais à quel point c'est difficile d'atteindre cette étape. En fait, je sais à quel point c'est difficile de simplement participer aux séries. »

Personne ne le contredira là-dessus. Eichel a mangé son pain noir depuis son arrivée dans la Ligue, probablement plus que n'importe quel joueur des deux équipes toujours en vie.

Toujours un peu mal entouré, l'Américain n'a jamais réussi à traîner les Sabres de Buffalo en séries à ses six premières campagnes. Il n'est jamais même passé proche. Pendant son règne, la formation n'a pas fait mieux qu'une sixième place dans la section Atlantique.

« J'ai vécu de l'adversité, oui, mais je suis sûr que c'est le cas de chaque gars dans notre équipe, a-t-il tempéré. Avec un peu de recul, je reconnais que j'ai dû passer à travers des moments difficiles, mais le jeu en valait la chandelle maintenant que je fais partie de cette organisation. »

L'usure du temps et un conflit au sujet de l'opération au cou qu'il voulait subir ont finalement mené à son départ de la bucolique ville new-yorkaise, au début de la saison 2021. Échangé à une formation bien plus puissante à Vegas, on se disait bien que son attente tirait à sa fin.

Hélas, les Knights ont raté les séries par trois points dès son arrivée, comme s'il traînait avec lui une sorte de malédiction. C'est maintenant chose du passé.

« Ce parcours a été vraiment plaisant et le groupe en entier a du mérite, a-t-il dit. Nous avons joué du très bon hockey et c'est là-dessus que (Bruce) Cassidy a mis l'accent tout au long de la saison. On voulait être à notre meilleur au printemps, et je sens qu'on a réussi à le faire. »

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En tout cas, Eichel a pris les choses en main. Même s'il ne savait pas trop ce qui l'attendait pendant ces deux mois de hockey aussi intense que physique, il est le meilleur pointeur des Knights grâce à sa récolte de 18 points, dont six buts, en 17 matchs.

« Il a tellement de talent, a vanté son coéquipier Reilly Smith. Il est l'un de ces rares gars dans la Ligue qui sont capables de changer l'allure d'un match. Quand tu comptes sur un joueur comme Jack dans ton équipe, ça fait une grande différence, surtout quand les matchs sont serrés. »

Un parmi tant d'autres

L'ironie dans tout ça, c'est que les attentes envers lui ne sont pas aussi élevées que le rendement qu'il offre depuis le début du tournoi printanier. Les succès des Knights ne dépendent pas que de la qualité de son jeu, comme ce fut trop souvent le cas à Buffalo.

« Si Jack ne compte pas, la ligne de Chandler (Stephenson) va le faire, a illustré William Carrier, qui l'a côtoyé le temps d'une saison à Buffalo. Sinon c'est (Mark) Stone, (Jonathan) Marchessault ou (Ivan) Barbashev. Ç'a fonctionné comme ça toute l'année. Ça se fait par trios. »

Il n'a plus cette pression sur les épaules ni les responsabilités qui viennent avec le rôle de capitaine, celui qu'il a occupé pendant trois saisons avec les Sabres. Eichel n'est qu'un joueur parmi tant d'autres au sein des Golden Knights, et c'est ce qui lui permet de s'émanciper plus que jamais auparavant.

Les années de misère et de déceptions sont derrière lui. Mais ces émotions l'habitent encore et risquent fort bien de l'alimenter tout au long de cette finale. Jusqu'à ce qu'il atteigne l'objectif ultime.

« On est à la poursuite de quelque chose dont on a rêvé toute notre vie, a conclu Smith. Il n'y a pas beaucoup de joueurs qui jouent au hockey au mois de juin, alors il faut savourer le moment. »

Ça, Jack Eichel le sait mieux que quiconque.