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Comment la Coupe Stanley a vu le jour

Les origines du trophée emblématique du hockey qui célèbre ses 125 ans

par Kevin Shea / Collaboration spéciale NHL.com

Ce samedi, ce sera le 125e anniversaire de la Coupe Stanley. Les partisans à travers le monde connaissent bien les joueurs, les entraîneurs et les équipes qui ont soulevé ce trophée tant convoité, mais d'où vient la Coupe ? Et qui était Stanley, dont le nom y est si intimement lié ? Auteur et historien du hockey, Kevin Shea raconte comment la Coupe a vu le jour.

Dans les années 1880, le hockey était un sport en devenir qui était pratiqué seulement par quelques universités dans l'Est du Canada et qui commençait à s'étendre à la Nouvelle-Angleterre. On ne l'avait adopté qu'à quelques endroits bien circonscrits, comme par exemple Montréal et Halifax.

Le 4 février 1889, Lord Stanley de Preston, le sixième gouverneur général du Canada, avait été invité à assister au carnaval d'hiver de Montréal, où un match de hockey allait donner naissance à un intérêt accru pour ce sport. Lord Stanley, qui avait 48 ans à l'époque, était issu de la classe privilégiée britannique et il se trouvait au Canada depuis moins d'un an. Des activités hivernales telles que le hockey et la raquette lui étaient tout à fait inconnues ; des sports comme le cricket et l'équitation lui étaient sans doute davantage familiers.

L'itinéraire de Lord Stanley, Lady Stanley et deux de leurs enfants ce jour-là comprenait une visite de la patinoire Victoria, où le Club de hockey de Montréal de la Montreal Amateur Athletic Association (MAAA) affrontait les Victorias de Montréal.

Lord Stanley et sa famille sont arrivés sur place pendant le match, qu'on a interrompu pendant qu'ils se déplaçaient le long de la patinoire et qu'on jouait « God Save the Queen » afin de reconnaître le rôle de Lord Stanley à titre de représentant de la reine Victoria au Canada. Pendant que Lord et Lady Stanley ainsi que leurs enfants Edward, 24 ans, et Isobel, 14 ans s'installaient à leurs sièges, Jack Arnton, le capitaine des Victorias de Montréal, a incité les spectateurs et les joueurs à acclamer les distingués invités.

La Gazette de Montréal a qualifié la victoire de 2-1 des Victorias « d'une des plus belles démonstrations du sport hivernal national canadien » et a indiqué que Lord Stanley s'était dit « enchanté par le sport du hockey et l'expertise affichée par les joueurs ».

Bien que Lord Stanley ait pris plaisir à assister à son premier match de hockey, ce sont plutôt Edward et Isobel, ainsi que l'aide de camp de Lord Stanley, Aubrey McMahon, qui sont aussitôt tombés en amour avec ce sport. Quand la famille est retournée à Ottawa, elle a organisé des matchs de hockey sur la patinoire extérieure à côté de Rideau Hall, la résidence officielle du gouverneur général. On donne à Isobel le crédit d'avoir organisé le premier match féminin, tandis qu'Edward, avec l'aide de son frère de 20 ans Arthur, a mis sur pied une équipe composée de joueurs de la Colline du Parlement appelée les Rideau Rebels.

Avec l'appui de Lord Stanley en tant que commanditaire, les Rebels ont organisé des matchs un peu partout en Ontario, se servant du train personnel du gouverneur général pour se rendre à Kingston, Lindsay et Toronto en vue d'affronter des joueurs au profil semblable, pour ainsi y mousser la popularité du hockey. Ces matchs, ainsi que les efforts d'Arthur Stanley, ont éventuellement permis de bâtir les bases qui ont donné naissance à l'Association de hockey de l'Ontario en novembre 1890.

Alors que le hockey gagnait de plus en plus d'adeptes, en partie grâce à l'appui tacite du gouverneur général, l'idée de remettre un trophée pour un championnat a été lancée par la presse. En décembre 1890, le Dominion Illustrated Monthly a demandé, « Pourquoi les champions des deux associations (l'Association de hockey amateur du Canda et l'Association de hockey de l'Ontario) ne pourraient-ils pas s'affronter à la fin de la saison pour le championnat du Dominion ? » Un an plus tard, le journal a de nouveau avancé l'idée, affirmant « Pourquoi ne pas organiser un match pour le championnat du Canada entre les champions de l'Ontario et les champions du Québec ? »

Au bout du compte, en mars 1892, les fils de Lord Stanley, Edward, Arthur et Algernon, de même que leurs coéquipiers des Rideau Rebels Lord Kilcoursie et Philip Dansken Ross, ont convaincu le gouverneur général de faire don d'un trophée pour le hockey. Lors d'un souper tenu en l'honneur du Club de hockey d'Ottawa, le 18 mars 1892, Lord Kilcoursie a lu une lettre au nom de Lord Stanley.

« J'ai réfléchi depuis quelque temps à l'idée que ce serait une bonne chose s'il y avait une coupe mise à l'enjeu d'une année à l'autre par l'équipe de hockey championne du Dominion du Canada, avait-il écrit dans sa lettre. Il ne semble pas y avoir de championnat du genre à l'heure actuelle, et compte tenu de l'intérêt que suscitent maintenant les matchs, et l'importance que le hockey soit joué avec esprit sportif et selon des règles bien établies, je suis disposé à donner une coupe qui ira à chaque année à l'équipe gagnante.

« Je ne suis pas tout à fait certain que les règles actuelles qui gouvernent l'organisation des matchs soit à notre entière satisfaction, et il vaudrait la peine de songer à la possibilité qu'ils soient organisés de façon à ce que chaque équipe joue une fois à domicile et une fois à l'endroit où évolue l'adversaire. »

À la lumière des applaudissements que cela a suscité, il semble que cette suggestion avait l'appui de la majorité.

Peu de temps après, le capitaine Charles Colville, qui avait été le secrétaire de Lord Stanley, a fait l'achat d'un bol en argent d'environ 7,25 pouces de haut et 11,5 pouces de large pour 10 guinées (environ 50$ à l'époque), qu'il a obtenu de la G.R. Collis and Company à Londres. Sur un côté de la coupe, on a gravé les armoiries de la famille Stanley en y ajoutant les mots « From Stanley of Preston » (De Stanley de Preston). Sur l'autre côté, on a gravé le nom d'origine du trophée : « Dominion Hockey Challenge Cup ». Curieusement, on a commencé à appeler le trophée « Coupe Stanley » pratiquement dès le début au Canada (la Coupe mesure maintenant 35,25 pouces et pèse 34,5 livres).

Quand la Coupe est arrivée à Ottawa en provenance de Londres, un journaliste a demandé à Lord Stanley ce qu'il pensait du trophée. « Il ressemble à tous les autres trophées, j'imagine », avait-il déclaré.

Si seulement il avait su quel impact son magnifique cadeau allait avoir sur le monde du hockey.

Au bout du compte, Lord Stanley n'a jamais vu son trophée être remis à une équipe championne. Le premier récipiendaire de la Coupe Stanley, le Club de hockey de Montréal de la MAAA, a remporté le championnat le 18 février 1893, mais une dispute concernant la gravure n'a été résolue qu'en mars 1894. À ce moment-là, le mandat de Lord Stanley en tant que gouverneur général s'était terminé et, le 15 juillet 1893, il est retourné en Angleterre, succédant à son frère récemment décédé pour devenir le 16e comte de Derby.

Durant les premières années d'existence de la Coupe Stanley, seuls les clubs de hockey amateur pouvaient revendiquer le trophée. Cela a changé en 1908 quand des équipes professionnelles de l'Association nationale de hockey ont commencé à participer à la compétition. Depuis la saison 1926-27, la Coupe Stanley est disputée exclusivement entre les clubs de la LNH.

Depuis 1924, les joueurs qui ont fait partie de l'équipe championne de la Coupe Stanley voient leurs noms gravés sur le trophée et passer à la postérité, concrétisant ainsi le rêve qu'entretiennent les joueurs de hockey depuis 125 ans - soit depuis que Lord Stanley a mis à l'enjeu le trophée le plus convoité de ce sport.

Kevin Shea est un historien réputé en matière de hockey et l'auteur de 15 livres sur ce sport, dont un sur Lord Stanley.

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