Les articles de la série « Cinq questions avec… » sont publiés le mardi. Des intervenants du monde du hockey sont interrogés sur leur vie personnelle, leur carrière et plusieurs autres sujets.
La plus récente édition met en vedette l'entraîneur de l'Université du Wisconsin Tony Granato.
Tony Granato a quitté la LNH pour rejoindre son alma mater il y a presque cinq ans.
Cinq questions avec… Tony Granato
L'entraîneur de l'Université du Wisconsin discute du développement d'espoirs de premier plan

© Dave Reginek/Getty Images
CINQ QUESTIONS AVEC… Mark Giordano\ | Manon Rhéaume | Marc Denis
Et depuis qu'il est revenu à l'Université du Wisconsin comme entraîneur de l'équipe masculine de hockey, le 30 mars 2016, l'ancien attaquant et entraîneur dans la LNH ne s'est jamais ennuyé.
« Je ne dirai pas que je préfère ça (à la LNH). J'aime ça pour des raisons différentes, a dit Granato. Il y a des défis et des récompenses différents dans chacun de ces deux emplois. Les heures sont plus longues dans les rangs universitaires que dans la LNH, car tu dois gérer les joueurs que tu as recrutés, les anciens, les donateurs et l'administration. Il y a toi et tes trois autres entraîneurs pour accomplir beaucoup de besogne. C'est correct, car c'est ainsi que ça fonctionne. Je suis responsable des 25 joueurs ici, en plus de ceux qui ont été recrutés et qui vont s'amener bientôt. Il y a plusieurs autres choses à superviser, donc les responsabilités sont différentes par rapport à un entraîneur de la LNH. »
Les Badgers montrent un dossier de 5-5-0 cette saison et ils ne se sont toujours pas qualifiés pour le tournoi du championnat de la NCAA sous les ordres de Granato, qui a passé 13 saisons dans la LNH avant de se retrouver derrière le banc de l'Avalanche du Colorado (entraîneur et adjoint), des Penguins de Pittsburgh (adjoint) et des Red Wings de Detroit (adjoint) entre 2002 et 2016.
Mais le Wisconsin a vu quatre de ses joueurs être sélectionnés en première ronde du Repêchage de la LNH depuis 2018. L'attaquant Dylan Holloway a été choisi par les Oilers d'Edmonton avec le 14e choix au total du Repêchage 2020, les attaquants Alex Turcotte (cinquième, Kings de Los Angeles) et Cole Caufield (15e, Canadiens de Montréal) ont été sélectionnés en 2019 et le défenseur K'Andre Miller a été choisi par les Rangers de New York avec le 22e choix au total du Repêchage 2018.
« J'aime où je me trouve en ce moment, a affirmé Granato. Je compte rester ici un bout de temps. Quand je suis débarqué ici, je me suis engagé à diriger tous les jeunes que j'allais recruter. Ce serait difficile de partir avec tous ces jeunes qui vont arriver. Je veux faire ce travail pendant longtemps. »
Voici cinq questions avec… Tony Granato :
Commençons par parler des défis de diriger dans le hockey universitaire cette saison. Il s'agit d'un défi pour tout le monde, car nous vivons des moments qui ne sont pas normaux. Peux-tu décrire ce que c'est que d'être entraîneur dans les rangs universitaires pendant une pandémie?
« D'abord, je crois que nous sommes très chanceux de pouvoir jouer. Nous avons déjà disputé 10 matchs avant Noël, et c'est important, quand on considère les défis auxquels notre université a fait face pour placer nos athlètes dans une position où ils allaient être en sécurité. C'est un travail de tous les jours. Tu peux te réveiller et être aux prises avec une situation avec laquelle tu n'aurais pas nécessairement composé durant une saison normale de hockey. Je pense que ça se passe bien. Les athlètes deviennent plus forts et meilleurs, car ils composent avec l'adversité de toutes les petites choses qui peuvent mal tourner dans une saison. Une fois que tu fais le saut chez les professionnels, il y a plusieurs défis à relever, donc les joueurs en vivent déjà et ils peuvent savoir s'ils seront en mesure de composer avec de l'adversité pour être meilleurs plus tard. Je suis fier d'eux. »
L'Université du Wisconsin a vu quelques-uns de ses joueurs être choisis en première ronde du Repêchage de la LNH et plusieurs autres dans les rondes subséquentes, et cela m'amène à te parler de votre modèle de développement. Que faites-vous pour que vos joueurs excellent dans les rangs universitaires, mais pour qu'ils soient également prêts à avoir un impact chez les professionnels lorsqu'ils s'en vont?
« Tu travailles sur leur développement, mais tu sais que dès qu'ils deviendront le joueur que tu veux qu'ils deviennent, ils vont partir pour aller jouer dans la LNH. Alex Turcotte est l'exemple parfait. K'Andre Miller aussi. Cette année, nous allons probablement perdre Caufield, et Holloway pourrait s'en aller également, quoique j'espère qu'il reviendra pour une autre année. C'est comme ça que ça fonctionne, et tu le sais quand tu recrutes des espoirs de premier plan. Ton travail est de les développer et de faire en sorte qu'ils soient prêts. Plus ils s'améliorent et se développent, plus ils vont partir rapidement. Tu dois vivre avec ça et comprendre que ça fait partie du processus. Tu espères que ce que tu leur as offert ici leur permettra d'avoir des bases dans la LNH. C'est ce qui est plaisant pour moi, car quand la saison de la LNH s'amorce et que nous avons d'anciens joueurs au sein de différentes équipes, j'allume la télévision et je les regarde à l'œuvre. Le plaisir de diriger dans les rangs universitaires, c'est de voir tes jeunes progresser et franchir les étapes. »
En ce qui a trait à leur préparation pour la LNH, leur dis-tu comment ils devront jouer s'ils atteignent la LNH en te basant sur ta propre expérience comme joueur et entraîneur dans la Ligue?
« Je ne leur dis pas que je sais comment ça se passe dans la LNH parce que j'y ai joué. Mais je leur parle de mes expériences et des différents joueurs que j'ai côtoyés. Je suis dans le milieu depuis assez longtemps pour savoir que ces jeunes savent exactement ce qu'ils doivent améliorer pour atteindre le prochain niveau. C'est mon travail de le leur enseigner et de les guider. Je ne veux pas qu'ils soient surpris. Je ne veux pas qu'ils se retrouvent sur un banc dans la LNH ou dans un camp d'entraînement sans qu'on leur ait dit à quoi s'attendre. Je m'assure de peaufiner leur jeu. Je suis parfois dur avec eux et je suis exigeant comme un entraîneur le sera au prochain niveau, mais je suis honnête quant à leur développement et ce sur quoi ils doivent travailler pour atteindre le prochain niveau et améliorer leurs chances de succès. »
L'impact du hockey universitaire sur la LNH grossit. Plusieurs joueurs qui auraient auparavant choisi d'évoluer dans les rangs juniors canadiens prennent maintenant la route de la NCAA ou intègrent les rangs d'une université après avoir joué dans les rangs juniors au Canada. À quel point le niveau de talent dans les rangs universitaires a-t-il changé, et quel impact est-ce que ça a sur la façon dont tu dois te préparer et diriger?
« Il y a beaucoup plus de profondeur. La USHL fait du très bon travail pour développer les jeunes. C'est bon pour deux raisons. D'abord, en ce qui a trait au développement, le hockey universitaire est difficile. C'est robuste, compétitif. C'est le Big Ten et il n'y a pas d'équipes qui traînent dans les bas-fonds du classement. Si je devais choisir deux équipes que nous devons absolument vaincre en fin de semaine, je ne sais pas qui je choisirais, car toutes les équipes de notre conférence sont bien dirigées et il y a énormément de profondeur. D'autre part, je pense que les entraîneurs dans les rangs universitaires sont excellents.
« Il s'agit d'un beau tremplin pour les joueurs, mais je pense aussi qu'il s'agit d'une belle expérience de vie pour ces jeunes, qui doivent trouver un équilibre entre le sport et l'école. C'est bon pour le développement d'une personne et d'un joueur. Auparavant, on pensait qu'aller à l'école allait nuire au hockey, mais c'est le contraire. J'ai appris que les joueurs qui sont rigoureux et qui sont en mesure de gérer leurs travaux à l'école sont beaucoup mieux outillés lorsqu'ils quittent le campus pour participer à un camp de la LNH. Ils sont en mesure de composer avec les différentes choses qui peuvent survenir. »
Emily Engel-Natzke, l'instructrice au service vidéo, a récemment été embauchée pour occuper un rôle similaire avec les Bears de Hershey, dans la Ligue américaine de hockey (LAH). Ta sœur, Cammi Granato, est au Temple de la renommée du hockey et elle œuvre actuellement comme dépisteuse professionnelle avec le Kraken de Seattle. Kendall Coyne-Schofield a été engagée pour travailler au sein du département du développement des joueurs des Blackhawks de Chicago. Chacune de ces embauches a été célébrée. C'est génial et c'est mérité, mais penses-tu que nous allons un jour en arriver à un point où ce sera considéré normal que d'avoir des femmes talentueuses qui oeuvrent dans le hockey?
« J'adore cette question. Je ne me rappelle plus qui a posé une question similaire aux Jeux olympiques il y a quelques années, mais il parlait de notre façon de faire référence au hockey féminin. Puis, quelqu'un a ajouté que ce n'était pas du hockey féminin, mais tout simplement du hockey. C'est ce qui me vient en tête lorsque j'entends les noms que tu viens d'énumérer. Elles sont compétentes et talentueuses, elles comprennent le sport et elles ont mérité de faire partie du monde du hockey. Le fait qu'elles soient des femmes n'a aucune importance. Elles méritent le respect et les postes qu'elles ont obtenus. J'espère que nous arriverons un jour à un point où nous n'aurons pas à célébrer chaque fois qu'une femme obtient un poste dans le monde du hockey, que ça deviendra normal. Ç'a été génial de voir le développement des femmes dans le monde du sport. Ça ne peut qu'aller en s'améliorant, car il y a désormais des modèles pour les plus jeunes joueuses. Il y a des modèles depuis les Jeux olympiques de 1998 (quand le hockey féminin est devenu une discipline pour la première fois) et il y a maintenant des milliers de jeunes filles qui s'inspirent de Kendall et qui veulent faire comme elle un jour. »

















