GIBSON BADGE THIBAULT

Choix de premier tour des Nordiques de Québec au repêchage de 1993, Jocelyn Thibault a disputé 586 matchs au cours de sa carrière de 15 saisons dans la LNH. Il a porté l'uniforme des Nordiques, de l'Avalanche du Colorado, des Canadiens de Montréal, des Blackhawks de Chicago, des Penguins de Pittsburgh et des Sabres de Buffalo, signant 238 victoires. Il a été entraîneur des gardiens de l'Avalanche pendant deux saisons et il est aujourd’hui actionnaire du Phoenix de Sherbrooke dans la LHJMQ. Il collabore depuis plusieurs années avec l'équipe de LNH.com pour traiter des dossiers chauds devant les 32 filets de la Ligue.

Les Red Wings de Detroit sont-ils devenus l’équipe de John Gibson?

Il est peut-être encore un peu tôt pour y aller de cette affirmation, mais force est de constater que le vétéran de 32 ans est loin d’être étranger aux succès un peu inattendus de la formation du Michigan cette saison.

Gibson est le gardien de l’heure dans la LNH. Après un début de saison difficile, à l’instar des Red Wings, l’Américain est de retour au sommet de son art, et c’est le moins qu’on puisse dire.

Imaginez, depuis le 1er décembre, Gibson est premier dans la LNH avec une fiche de 16-2-0, premier pour le taux d’efficacité (,929; minimum de 10 matchs joués), premier pour les blanchissages (3; à égalité avec Ilya Sorokin), et deuxième pour la moyenne de buts alloués (2,05).

C’est tout un contraste avec son début de saison (4-7-1; 3,59 ; ,865). On se souvient d’ailleurs que les débuts de Gibson avec les Red Wings s’étaient plutôt mal déroulés, alors qu’il avait accordé cinq buts sur 13 tirs avant d’être retiré du match d’ouverture de l’équipe contre les Canadiens de Montréal.

Mais mettons les choses en perspective. Il fallait s’attendre à ce que Gibson ait besoin d’une période d’adaptation. Après tout, il arrivait dans une nouvelle organisation pour la première fois de sa carrière après 12 saisons avec les Ducks d’Anaheim, et il avait été limité à 29 matchs la saison dernière en raison de blessures. Ces facteurs, combinés au fait que les Red Wings ne jouaient pas du très bon hockey, expliquent son lent départ.

Jusqu’à la fin novembre, les Red Wings optaient pour un système d’alternance devant le filet. Mais la métamorphose de Gibson depuis a forcé l’entraîneur Todd McLellan à revoir sa stratégie. Gibson a obtenu 18 départs, contre seulement huit pour Cam Talbot, depuis le début du mois de décembre.

J’ai toujours aimé Gibson. C’est un gardien qui appuie les principes dont je parle souvent dans mes chroniques et auxquels je crois. Il est square, comme on dit en anglais. Ses coéquipiers en ont d’ailleurs fait mention. C’est un gars qui est vraiment en contrôle. Il me fait beaucoup penser à Frederik Andersen en Caroline.

Depuis le début de sa bonne séquence, son positionnement est vraiment bon. On le voit au bout de son demi-cercle pour défier les lancers, il ne bouge pas pour rien, ses mouvements sont bien contrôlés. Pour moi, il applique les principes de base qui font qu’un gardien va connaître du succès.

DET@MTL: Gibson bloque 27 tirs dans un gain des Red Wings

En lisant un peu à son sujet, j’ai trouvé un article dans lequel le défenseur Simon Edvinsson soutenait que Gibson devrait être considéré pour le trophée Vézina. C’est peut-être un peu tôt pour y aller d’un tel plaidoyer, mais si le vétéran poursuit sur sa lancée jusqu’à la fin de la saison, nous n’aurons peut-être pas le choix d’en parler.

Un autre de ses coéquipiers mentionnait que le style de Gibson cadre parfaitement avec celui des Red Wings. C’est souvent comme ça avec les gardiens de but. Pour une raison difficile à expliquer, leur style va mieux s’agencer avec une équipe plutôt qu’une autre. Quoi qu’il en soit, il semble vraiment y avoir un fit parfait, une connivence, entre Gibson et Detroit.

Une situation enviable

Gibson est encore sous contrat pour une autre saison. Talbot, lui, deviendra joueur autonome sans compensation à la fin de la saison. L’état-major risque de le remercier pour les services rendus et passer au prochain chapitre, car il y a un dénommé Sebastian Cossa qui brûle la Ligue américaine à Grand Rapids cette saison.

Les Wings ont choisi de ne rien précipiter avec leur choix de premier tour (15e au total) en 2021. Mais maintenant âgé de 23 ans, Cossa devra faire le saut dans la LNH à un certain point.

À mon avis, le portrait des prochaines années devant le filet à Detroit est dessiné. C’est un scénario idéal, selon moi, d’avoir un vétéran en Gibson pour jouer le rôle du grand frère avec Cossa.

Le jeune n’aura pas à endosser l’étiquette de numéro un incontesté dès le départ, et l’équipe pourra opter pour un système d’alternance en fonction des résultats jusqu’à ce que Cossa soit prêt à prendre le flambeau.

De toute façon, dans la LNH d’aujourd’hui, tu as besoin de deux gardiens. Le rythme est beaucoup trop soutenu pour un seul homme dans les buts. Le scénario Gibson-Cossa pour les années à venir s’écrit tout seul.

Enfin, on dit souvent que ça aide quand les gardiens font les arrêts, mais il n’y a pas que les hommes masqués qui font la différence. C’est bien de voir que les Red Wings semblent enfin « tourner le coin » après une longue reconstruction. L’équipe n’a pas participé aux séries depuis 2015-16, et les résultats des deux ou trois dernières saisons se sont avérés décevants.

Les jeunes vétérans comme Lucas Raymond et Moritz Seider ont vraiment pris le contrôle de cette équipe, et McLellan, qui était arrivé en cours de saison l’an dernier, semble avoir réussi à mettre en place un système qui fonctionne.

Le rendement des Red Wings chamboule drôlement le portrait dans la section Atlantique. Ce sera très intéressant à suivre jusqu’à la toute fin!

- Propos recueillis par Philippe Landry, pupitreur LNH.com