MONTRÉAL – Il y avait quelque chose de symbolique dans la position qu’occupaient les Canadiens lors de la première soirée du Repêchage 2026 de la LNH.
Pendant trois heures et 12 minutes, Montréal a attendu. C'est au terme des 25 premières sélections que la parole est revenue au Tricolore, positionné au 26e échelon après s’être avancé de deux rangs. Il s’agissait d’une attente que les partisans auraient redoutée il n’y a pas si longtemps, à l’époque où des choix au repêchage représentaient une bouée de sauvetage plutôt qu’un luxe.
Cette fois-ci, toutefois, l’attente a servi à quelque chose de bien différent, soit un rappel.
Un rappel que la saison n’avait pris fin que 28 jours plus tôt compte tenu du passage de la plus jeune équipe de la LNH en finale de l’Association de l’Est. Un rappel que le club a grimpé de 30 points au classement en seulement deux ans. Un rappel d’à quel point l’organisation a progressé depuis l’embauche de Jeff Gorton et Kent Hughes en 2021 et 2022, respectivement. Un rappel de la culture instaurée par Martin St-Louis derrière le banc lors des quatre dernières saisons. Mais, par-dessus tout, c’était un rappel que Montréal ne repêche plus aux premiers échelons parce qu’il se doit de le faire. Il repêche vers la fin du premier tour parce qu’il a gagné le droit de le faire.
« Il faut prendre le bon comme le mauvais, mais on choisira cette situation chaque fois si on a la saison qu'on vient de connaître », a dit Gorton dans une entrevue exclusive à la suite du repêchage. « Espérons que l’on repêchera à cette position pour les années à venir. »
Ce changement a modifié l’objectif du weekend à Buffalo.
Les Canadiens n’étaient pas à la recherche de piliers qui allaient redéfinir l’avenir de l’organisation, comme ç’a été le cas avec Cole Caufield, Juraj Slafkovsky et Ivan Demidov par le passé. En revanche, les 26 et 27 juin sont devenus une occasion de consolider ce qui avait déjà été bâti, d'ajouter d’autres atouts à l’une des plus riches banques d’espoirs, et, peut-être, de découvrir les pièces complémentaires qui pourraient un jour transformer une équipe prétendante en une équipe championne de la coupe Stanley.
Évidemment, le Repêchage de la LNH est rarement une affaire de résultats immédiats.
Contrairement à la NFL, où les choix de premier tour sont appelés à contribuer dès leur arrivée, les espoirs au hockey requièrent généralement quelques années de développement avant d’être prêts à faire sentir leur présence au plus haut niveau. Au moment où les membres des Canadiens issus de la cuvée de 2026 chercheront à intégrer la LNH, la formation montréalaise et ses besoins pourraient être bien différents.
C’est pourquoi repêcher en fonction des besoins immédiats peut s’avérer un jeu dangereux. Repêcher en fonction d’une identité, en revanche, se révèle plus fructueux.
« Compte tenu de la composition actuelle de l’équipe et de ses performances en séries, il est évident que certains besoins sont bien connus », a dit Nick Bobrov, le co-directeur du recrutement amateur du Tricolore. « Mais notre mandat au repêchage consiste à sélectionner le meilleur joueur disponible, donc on ne peut s’éloigner de ce principe. »
Peu importe l’évolution d’une formation, chaque équipe qui prétend aux grands honneurs a de la place pour un joueur redoutable à affronter, qui aime batailler dans les endroits ingrats de la patinoire, qui s’impose physiquement et qui peut changer l’allure d’un match sans avoir besoin de la rondelle à chaque présence.
En choisissant Gleb Pugachyov 26e au total, les Canadiens croient avoir trouvé ce genre de joueur. Attaquant de puissance aux allures de Tom Wilson des Capitals de Washington, le joueur de 18 ans de 6 pi 3 po et 225 lb a une soif inassouvissable de robustesse, en plus de posséder un véritable potentiel offensif. Pugachyov a enregistré 10 buts et 24 points en 36 matchs dans la meilleure ligue junior russe, convainquant Montréal que son style robuste s’accompagne des habiletés nécessaires pour produire offensivement.
Cette combinaison était assez attrayante pour Bobrov, Martin Lapointe et l’état-major des Canadiens pour s’avancer de deux rangs afin de s’assurer d’obtenir le joueur.
« Ce gars est unique. On adore sa façon de jouer, présence après présence. Les détails dans son jeu sont rares pour quelqu’un de son âge », a lancé avec enthousiasme Lapointe, directeur du personnel des joueurs et du recrutement amateur de Montréal. « Donc, jouer dans la KHL, bloquer des lancers, plonger pour bloquer des tirs, se replier intensément en défensive, finir ses mises en échec en zone offensive et foncer au filet avec la rondelle... c'est tout ce qu'on peut souhaiter d'un joueur. On avait le sentiment que c'était le gars dont on avait besoin, il était disponible, et je me trouve chanceux qu'on ait pu mettre la main sur lui. »
Quant à elle, la description de Pugachyov offerte par Bobrov était beaucoup plus directe : il est fait pour Montréal.
Et il semblerait qu’il ne soit pas le seul. Lors de la deuxième journée du repêchage, les Canadiens ont continué de chercher des joueurs qui correspondent à leur philosophie. Par-dessus tout, un détail primait : le gabarit. Incluant Pugachyov, les huit choix de Montréal en 2026 mesuraient tous au moins six pieds. Parmi ces derniers, quatre d’entre eux étaient des défenseurs : Timofei Runtso, Cooper Cleaves, Brayden Klimpke et Jean-Samuel Daigneault.
« Comme Marty [Lapointe] l’a dit, les défenseurs sont toujours très recherchés. On parle souvent de nos différents bassins d’espoirs, lesquels sont pleins et lesquels se vident. Donc, on repêche en fonction de nos besoins, a expliqué Bobrov. Et c’est différent de repêchage en repêchage. Parfois, il peut y avoir davantage de grands attaquants que de défenseurs. Donc, dans le cas présent, le hasard a simplement voulu que les défenseurs soient les meilleurs joueurs disponibles. »
Sélectionné au deuxième tour, Runtso est le défenseur le plus en vue du groupe. Natif de Los Angeles, en Californie, il a mené les défenseurs des Royals de Victoria, dans la WHL, au chapitre des buts (11), des mentions d’aide (33) et des points (44) en 68 matchs disputés en 2025-2026. Runtso s’est engagé auprès de l’Université de Miami (Ohio) en vue de la campagne 2026-2027.
Les autres sélections ont été consacrées à l'offensive, alors que les Canadiens ont ajouté trois attaquants. Parker Trottier (petit-fils de Bryan Trottier, sextuple champion de la coupe Stanley à titre de joueur), un patineur rapide, énergique et direct, Wesley Royston, un autre attaquant de puissance explosif, et Tyler Deakos, un ailier qui aime décocher son tir, ont été choisis aux sixième et septième tours, complétant la brigade de jeunes talents de cette année.
De la sorte, le Tricolore a refermé les livres sur un autre repêchage, une édition qui a servi à rappeler à quel point les choses ont changé à Montréal récemment.
Il y a à peine quatre ans, les Canadiens montaient sur le podium du Repêchage 2022 de la LNH avec le tout premier choix au total. Certes, il s’agissait d’une journée emballante, mais également d’un symbole du long chemin qui attendait encore l’organisation. Mais, après des années d’une reconstruction menée avec patience, le mot « reconstruction » ne fait plus partie du discours.
La coupe Stanley, en revanche, oui.


















