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MONTRÉAL – Il était 1 h 30 du matin la veille du jour de l’An. Les Canadiens venaient tout juste d’arriver à leur hôtel à Raleigh après une remontée dramatique et une victoire en Floride.

L’endroit ressemblait davantage à une retraite fermée qu’à un typique arrêt de passage au centre-ville — au fin fond de la forêt, entouré de cornouillers, d’un lac calme et d’une fraîche brise de la Caroline du Nord. Une fontaine se faisait entendre au loin; le scénario idéal pour une bonne nuit de sommeil, quoi.

Mais pas pour Nick Suzuki. Pas ce soir-là, du moins.

« Je n’ai pas beaucoup dormi », a indiqué Suzuki le matin suivant, « anticipant que j’allais possiblement recevoir un appel. »

Il savait qu’environ six heures plus tard, son téléphone pourrait être transmetteur de l’appel le plus important de sa carrière — un appel qui pourrait lui indiquer sa sélection au sein d’Équipe Canada en vue des Jeux olympiques d’hiver 2026 de Milan-Cortina.

Lorsque le soleil s’est finalement levé, Suzuki s’est réveillé en sursaut, alarmé par son réveille-matin. Puis, ce qui devait arriver arriva.

« J’ai reçu un appel tôt ce matin, vers 8 h 00. Ç’a été une folle nuit, a-t-il dit. J’ai vu qu’un numéro de téléphone en provenance de Tampa Bay m’appelait, donc j’avais un bon pressentiment, mais je ne savais pas vraiment ce qu’on allait m’annoncer. Julien m’a dit que je ferais partie de l’équipe, et j’ai ressenti beaucoup d’émotions. Je ne pourrais être plus heureux et fier de faire partie de cette équipe. »

Ce matin-là, dans la salle à manger réservée à l’équipe, ses coéquipiers l’ont félicité discrètement, bien conscients de ce que ce moment représentait aux yeux de leur capitaine de 26 ans. Puis, lorsque Hockey Canada a fait l’annonce officielle vers midi, les joueurs qui étaient toujours présents au déjeuner se sont regroupés derrière Suzuki, se réjouissant lorsque la nouvelle a été confirmée sur le cellulaire de l’attaquant.

« Ça veut dire beaucoup, a reconnu Suzuki. Il y a beaucoup de grands athlètes, surtout au Canada, et de vivre les Jeux olympiques en tant qu’athlète, c’est quelque chose de très rare [...] Je suis très impatient de me rendre en Italie. C’est le rêve, et je ne réalise pas encore pleinement l’ampleur de tout ça. »

Le natif de Londres en Ontario, qui n’a pas été sélectionné pour représenter son pays à la Confrontation des 4 nations, entendait ne laisser aucun doute dans l’esprit de l’état-major de l’équipe nationale. Au moment de l’annonce, Suzuki comptait 44 points en 39 matchs –– désormais 65 points en 57 sorties –– avec le Tricolore et il concluait l’année civile 2025 (1er janv. au 31 déc.) au troisième rang pour le nombre de points (97) parmi les joueurs canadiens de la LNH, derrière Nathan MacKinnon (121) et Connor McDavid (115).

Suzuki n’ira pas à Milan-Cortina pour y cumuler les points –– du moins, pas seulement pour cette raison. Sa valeur réside dans l’ensemble de ce qu’il apporte. Alors qu'il semble se diriger vers une potentielle nomination pour le trophée Selke cette saison, il est devenu l’un des joueurs de centre de la LNH les plus fiables des deux côtés de la patinoire, capable de museler l’avantage numérique ennemi, d’affronter les meilleurs joueurs adverses et de laisser toute la place aux MacKinnon, McDavid et Macklin Celebrini de ce monde pour remplir le filet.

Quant à Suzuki, c’est exactement le rôle qu'il affectionne.

« Je veux simplement être moi-même. Je pense que je peux avoir un impact sur le jeu de plusieurs façons, donc je n’ai pas besoin de changer ma façon de jouer. Il y a une raison pour laquelle je fais partie de l'équipe, donc je veux simplement jouer à ma manière, et tout ce que l’équipe a besoin que je fasse, je vais le faire. »

20260211-juraj-slafkovsky-Vitor Munhoz_NHLI via Getty Images

JURAJ SLAFKOVSKY – SLOVAQUIE

La route vers l’équipe nationale de la Slovaquie pour Juraj Slafkovsky a été bien moins dramatique que celle de son coéquipier canadien.

Le 16 juin dernier, il figurait parmi les six premiers joueurs sélectionnés de son pays — une décision qui n’a surpris absolument personne.

À l’aube de ses deuxièmes Jeux olympiques d’hiver à seulement 21 ans — et à titre de joueur par excellence du précédent tournoi — le natif de Kosice a élevé encore une fois son jeu d’un cran à sa quatrième saison chez les professionnels. Menant un trio complété par les recrues Ivan Demidov et Oliver Kapanen, Slafkovsky a produit 45 points en 57 matchs, dont 32 en 33 sorties depuis le 1er décembre.

Au sommet de sa forme dans la LNH, Slafkovsky propulsera à nouveau la Slovaquie sur la scène olympique, fort d’une récolte de 14 points et du titre de joueur par excellence lors de la conquête de la médaille de bronze en 2022 à Beijing.

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ALEXANDRE TEXIER – FRANCE

Si vous en êtes capables, nommez un Français qui est plus populaire qu’Alexandre Texier à Montréal en ce moment. Depuis son arrivée avec les Canadiens le 23 novembre dernier, il a récolté 17 points en 30 matchs, enregistré un tour du chapeau, signé une prolongation de contrat de deux ans et conquis le cœur des partisans du Tricolore, qui lui ont démontré leur amour soir après soir au Centre Bell.

Au mois de février, Texier va brièvement se tourner vers l’Europe qu’il connaît bien. Pendant deux semaines, il endossera de nouvelles responsabilités, alors qu’il sera appelé à guider la France vers l’Italie à titre d’unique joueur de la LNH au sein de sa formation.

« J’ai toujours eu en quelque sorte un rôle de leadership lorsque je jouais pour la France », a-t-il confié aux médias montréalais au début du mois de janvier. « J'ai des attentes envers moi-même, dont montrer la voie. Mais je n’y vais pas en tant que héros, non plus. Je ne veux rien sauver du tout. Je veux juste essayer de jouer simplement, d’apporter ma positivité et les petits détails du jeu de la Ligue nationale de hockey à l’équipe de France. »

Texier n’est pas sans connaître les compétitions internationales. Il a représenté la France à de nombreuses occasions au fil de sa carrière, dont cinq participations au Championnat du monde et aux qualifications des Jeux olympiques, où il a mené l’équipe avec six points en trois matchs.

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OLIVER KAPANEN – FINLANDE

Quelques jours après Noël, le téléphone d’Oliver Kapanen a sonné. À l’autre bout du fil se trouvait l’entraîneur-chef de la Finlande, Antti Pennanen, qui a changé du même coup la trajectoire de la saison du jeune homme de 22 ans, alors qu'on lui confirmait sa sélection au sein de l’équipe de la Finlande.

« Heureux, soulagé », a-t-il dit lorsqu’on lui a demandé de décrire ses émotions. « Je ne m’y attendais pas vraiment, à ce moment-là. »

À vrai dire, il ne s’y attendait pas du tout. À l’amorce du camp d’entraînement, les Jeux olympiques d’hiver n’étaient même pas dans sa mire, quoique tout ça ait changé bien rapidement. Lorsque Kapanen a réussi à se tailler une place dans la formation des Canadiens et qu’il y a aussitôt trouvé du succès, la possibilité de représenter son pays est devenue réelle, sans jamais se dissiper. Aux deux tiers de la saison, Kapanen est à égalité avec Beckett Sennecke au premier rang des buteurs parmi les recrues de la LNH.

Alors qu’il a l’occasion de porter les couleurs de son pays à nouveau, il ne peut contenir son enthousiasme.

« Chaque fois que j’aurai la chance de jouer pour la Finlande, je sauterai sur l’occasion », a-t-il confié à l’équipe de contenu du Tricolore. « Depuis que j’ai enfilé ce chandail dans les rangs mineurs, c’est un immense honneur. Et bien sûr, ce sera agréable pour moi de voir les meilleurs joueurs de l’équipe pour la première fois, donc je suis fébrile. »

Incertain pour le moment du rôle qu’il sera amené à jouer, il compte transposer les mêmes aspects de son jeu à la Finlande qui lui ont valu la confiance de ses entraîneurs à Montréal : marquer des buts, rester fidèle à lui-même et jouer de façon responsable sur les 200 pieds de la patinoire.

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