CALGARY – Raphaël Pouliot se souvient encore des discussions animées qu’il avait dans le bureau de son père Mario, alors entraîneur-chef des Gaulois du Collège Antoine-Girouard dans le midget AAA, quand il était à peu près haut comme trois pommes.
« J’avais six ou sept ans, et mon père m’amenait dans son bureau quand c’était le temps de faire son équipe », raconte le dépisteur de 34 ans, rencontré à Calgary en marge du Défi des espoirs LCH-USA. « Il me demandait toujours mon opinion. Ça m’arrivait de le contredire et je lui remettais parfois des choix sur le nez. »
L’anecdote peut paraître anodine, mais elle le devient moins quand on sait que Pouliot en est maintenant à sa première saison en tant que directeur du dépistage amateur des Golden Knights de Vegas. Il a obtenu cette promotion après neuf saisons passées comme dépisteur au sein de l’équipe d’expansion.
Après le dernier encan, son mentor Bob Lowes souhaitait alléger sa charge de travail, et il a vu en Pouliot les qualités nécessaires pour lui succéder. L’offre n’a pas été difficile à accepter.
« Ce n’est pas le genre de choses à laquelle tu dis non », rigole-t-il de l’autre côté de la table.
Le natif de Saint-Hyacinthe connaît tous les rouages chez les Golden Knights de Vegas. Il est avec l’équipe depuis le jour 1 et il a activement contribué à bâtir la banque d’espoirs de l’organisation. L’état-major lui a d’ailleurs témoigné sa confiance en lui donnant de plus en plus de responsabilités au fil des ans.
Autrefois dépisteur dans la LHJMQ, il s’est promené partout en Amérique du Nord et en Europe au cours des trois dernières années pour participer aux évaluations croisées du groupe de dépisteurs. Le voilà maintenant responsable de la gestion de son équipe et de la révision des rapports. Et aussi des décisions finales.
« Il y a un peu plus de pression que quand tu es dépisteur régional, mais je ne vois pas ça comme une grosse affaire, a-t-il évoqué. Ça vient avec l’enjeu et c’est un travail d’équipe. […] J’ai une bonne relation avec mon équipe, je veux les écouter et les aider. Je pense qu’ils apprécient ça dans mon approche. »
Pouliot s’est aussi fait un devoir de ne pas tout changer en arrivant en poste : sa philosophie reste la même que celle de son prédécesseur, et il y apportera quelques changements en cours de route. Une chose est sûre, c’est qu’en neuf saisons à Vegas, il a appris à ne pas trop s’attacher aux espoirs de l’organisation.
Ainsi va la vie dans une équipe qui est aspirante depuis sa première année d’existence. Sept des huit choix de premier tour de l’organisation ont été impliqués dans une transaction – de ce groupe sélect, il ne reste que Trevor Connelly, le 19e choix au total de l’encan 2024, dans la banque d’espoirs.
De l’autre côté du spectre, ces espoirs de premier plan ont notamment permis de faire les acquisitions de Mark Stone, Jack Eichel, Ivan Barbashev et Tomas Hertl, tous devenus des joueurs clés de la formation.
« Il y a plusieurs façons de voir ça, mais c’est important de se détacher pour ne pas trop tomber dans les émotions, a-t-il souligné. Quand tu te laisses prendre par les émotions, ça peut brouiller ta vision. […] C’est emballant d’être dans le mix année après année, même si tu ne vois pas toujours le fruit de ton travail. »
De bonnes influences
Cette grande opportunité survient assez tôt dans sa carrière – une tendance qui s’est observée à chaque étape de sa rapide ascension. Il a commencé à épier les jeunes espoirs à 21 ans pour le compte des Huskies de Rouyn-Noranda, tout de suite après la fin de son parcours de joueur dans la LHJMQ.
C’est deux saisons plus tard qu’est survenu l’élément déclencheur : quand André Tourigny, alors propriétaire de l’équipe, et l’entraîneur-chef et directeur général, Gilles Bouchard, lui ont offert le poste de dépisteur-chef.
« Si tu m’avais dit qu’ils m’invitaient à souper pour m’offrir ça, je ne t’aurais jamais cru, dit-il. J’avais 23 ans, c’était un méchant gros tremplin pour moi. Je ne m’y attendais pas du tout. »
Il a occupé ce poste pendant deux saisons avant de recevoir le coup de fil des Golden Knights, après la conquête de la Coupe Memorial de la formation abitibienne en 2016. Quand il jette un œil à son parcours, il n’hésite d’ailleurs pas à souligner l’apport des hommes de hockey qui l’ont forgé.
À commencer par son père Mario, deux fois champion de la Coupe Memorial, mais aussi par Tourigny, Bouchard et ceux qui l’ont dirigé à ses trois saisons dans la Q : Éric Veilleux à Shawinigan, Joël Bouchard, Pascal Vincent et Dominique Ducharme à Montréal ainsi que Jean-François Houle à Blainville-Boisbriand.
On souligne l’évidence ici, mais il s’agit d’une liste qui pourrait difficilement être plus garnie.
« J’ai eu énormément de bons entraîneurs, et ça m’a aidé à forger ma vision des choses, a-t-il conclu. Je pense avoir toujours eu cet œil analytique. C’était parfois même négatif comme joueur parce que je pensais trop, mais je suis convaincu que ça m’aide maintenant dans le travail que je fais aujourd’hui. »


















