Les gardiens d'urgence sont toujours aux aguets
Kyle Konin est passé bien près de vivre une situation semblable à celle de David Ayres

Puisqu'il est le gardien d'urgence du Lightning, il avait une bonne idée de la raison de ces appels, et il avait vu juste… en partie.
Un des appels venait du directeur général du Lightning Julien BriseBois, qui ne l'appelait toutefois pas à propos de sa propre équipe, mais plutôt pour l'adversaire du Lightning lors de cette soirée, les Blues de St. Louis, qui venaient de placer le gardien Jordan Binnington sur le protocole de la COVID-19. Le gardien auxiliaire Ville Husso allait obtenir le départ, mais les Blues n'étaient pas en mesure de rappeler un gardien de la Ligue américaine de hockey puisqu'ils auraient dépassé le plafond salarial de la LNH. Ils avaient besoin de Konin.
« Cinq minutes après avoir parlé à BriseBois, le (directeur général des Blues) Doug Armstrong et (l'entraîneur-chef Craig) Berube sont entrés en contact avec moi et m'ont expliqué la situation, ils m'ont souhaité la bienvenue et ils m'ont dit qu'ils allaient me voir ce soir », a raconté Konin.
Il a finalement pris part à la séance d'échauffement et il s'est assis au bout du banc, mais il n'a pas joué dans la défaite de 4-2 face au Lightning.
Vous savez maintenant à quoi ressemble la vie d'un gardien d'urgence de la LNH auquel les équipes peuvent faire appel selon le règlement 5,3, qui dit que si les deux gardiens ne sont pas en mesure de s'habiller pour jouer, toute personne devient alors admissible pour prendre leur place. Si les deux gardiens se blessent, le gardien d'urgence obtient le temps nécessaire pour s'habiller, ainsi qu'une période d'échauffement de deux minutes (sauf dans une situation de lancer de pénalité). Si le gardien d'urgence est déjà sur le banc quand le deuxième gardien se blesse, il doit alors sauter dans la mêlée et jouer immédiatement.
Depuis la saison 2016-17, la LNH oblige les équipes à avoir une liste de gardiens d'urgence locaux qui pourraient prendre la relève pour elles, mais aussi pour le club visiteur. Cette règle a été utilisée depuis, sauf lors de la saison 2020-21, puisqu'en raison de la pandémie de la COVID-19, les équipes devaient avoir une escouade de réserve sur laquelle devait se trouver un cerbère.
Toutefois, en raison de la recrudescence des cas de COVID-19, la LNH et l'Association des joueurs de la LNH ont accepté la formation d'escouades de réserve, qui seront actives du 26 décembre jusqu'au dernier match de chaque équipe avant la tenue du Week-end des étoiles de la LNH, les 4 et 5 février. Un maximum de six joueurs sera permis sur ces escouades, et elles permettront aux clubs d'avoir à portée de main des joueurs prêts à être rappelés, limitant ainsi les chances d'une équipe de jouer avec une formation réduite ou de devoir reporter un match en raison des problématiques liées à la pandémie.
Mais les gardiens d'urgence demeureront utiles. Dimanche, le Lightning a placé Andrei Vasilevskiy et Brian Elliott sur le protocole de la COVID-19, et c'est Konin qui était sur la glace pour l'entraînement, lundi.
La plupart des gardiens d'urgence jouent avant tout dans des ligues de garage, mais la majorité a déjà joué à un niveau plus élevé, que ce soit chez les juniors ou à l'université. Certaines équipes ont une liste de plusieurs portiers potentiels. C'est le cas de l'Avalanche du Colorado, qui en compte plus de cinq.
Avant la saison 2016-17, c'était habituellement un entraîneur ou un membre du personnel de l'équipe qui occupait le poste. Robb Tallas, qui a défendu la cage des Bruins de Boston et des Blackhawks de Chicago, s'est habillé d'urgence à deux occasions quand il était l'entraîneur des gardiens des Panthers de la Floride.
Les gardiens d'urgence doivent toujours être prêts.
Lors de la même journée où Konin est venu en aide aux Blues, Casey Sherwood, qui vit à Dallas, a reçu un appel similaire de la part des Blue Jackets de Columbus. L'équipe était en ville pour se mesurer aux Stars, et ils avaient besoin d'un gardien pour l'entraînement matinal puisque Elvis Merzlikins et Joonas Korpisalon étaient malades (non relié à la COVID-19).
Il ne s'est finalement pas habillé pour la rencontre puisque Daniil Tarasov, qui avait été rappelé des Monsters de Cleveland de la Ligue américaine de hockey, est arrivé à temps pour le match, et que Merzlikins s'est dit assez en forme pour être son adjoint.
« Tu as droit à une montée de dopamine quand quelqu'un t'appelle pour te dire qu'il a besoin de toi pour l'entraînement! », a souligné Sherwood, qui est propriétaire d'une compagnie de construction à Dallas. « Il y a plusieurs choses qui te passent par la tête, tu ne sais pas ce qui va se passer, et tu espères le mieux, tout en étant un peu nerveux. Tu es fébrile. »
La plupart du temps, le gardien d'urgence va assister au match, mais il ne quittera jamais la galerie de presse.
Justin Goldman occupe ce poste pour l'Avalanche depuis 2016-17, et il dit se préparer chaque soir comme s'il allait jouer.
« La dernière chose que tu veux, c'est de te faire prendre alors que tu n'es pas prêt », a souligné Goldman, qui dirige un organisme sans but lucratif, la Goalie Guild, une fondation qui aide à soutenir, éduquer et inspirer les gardiens et leurs entraîneurs. Il travaille aussi à temps plein comme directeur des partenariats sportifs pour mindSpark Learning, un OSBL situé à Lakewood, au Colorado.
« J'agis comme si j'étais le gardien auxiliaire. Je vais sur la glace, je fais les choses habituelles avant un match, je fais une sieste l'après-midi, j'arrive tôt à l'aréna, je suis le code vestimentaire. C'est une expérience unique pour quelqu'un qui est obsédé par les gardiens depuis qu'il est un jeune enfant. Ce n'est pas une situation normale, et assurément surréelle, mais c'est un incroyable honneur et une chose que personne ne pourra jamais m'enlever. »
Le défi est surtout de jongler entre le rôle de gardien d'urgence et celui de faire du 9 à 5 chaque jour au travail. Dustin Smith, qui a ce poste chez les Predators de Nashville, travaille pour une compagnie d'aviation, mais il explique que son horaire est flexible.
« Je fais deux quarts de travail en une journée, de 5 h à 22 h, pendant deux jours, puis je travaille une autre journée, et par la suite, j'ai congé pendant quatre jours. Je peux donc me rendre aux matchs des Preds, jouer dans une ligue de garage, participer aux entraînements matinaux, a affirmé Smith. Nous avons une liste de gars, et c'est habituellement moi qui choisis en premier, et il y aura toujours quelques parties ici et là où je ne serai pas en mesure d'y être. Si c'est le cas, on descend dans la liste. »
Konin possède lui aussi son entreprise, Nujax, une compagnie de création et d'aérographie de masques de gardiens depuis 2010, ce qui lui permet de créer son propre horaire. Mais en tant que seul gardien d'urgence du Lightning, avec 41 matchs à domicile, il est toujours prêt.
« Il y a certains moments où c'est plus difficile, comme lorsque tu as trois matchs dans la semaine et que tu reviens tard à la maison. Mais sinon, j'adore tout de cette expérience. Il y a un match en décembre auquel je ne pouvais pas être présent, donc ils ont trouvé quelqu'un pour me remplacer.
« J'ai oublié quand c'était exactement, mais j'ai dû, à une occasion, descendre au niveau de la glace, m'habiller et passer la soirée dans le vestiaire. J'avais été surpris de vivre cette expérience. Mais de me retrouver assis dans le vestiaire, ça m'avait calmé. C'était surtout excitant plus qu'autre chose. »
Au Minnesota, le nom du gardien d'urgence vous dira peut-être quelque chose. Il s'agit de Connor Beaupre, le fils de Don Beaupre, qui a joué 666 matchs dans la LNH avec les North Stars du Minnesota, les Capitals de Washington, les Sénateurs d'Ottawa et les Maple Leafs de Toronto. Il raconte que le plus près qu'il est passé d'entrer dans la mêlée a été le 12 décembre 2017, quand l'ancien du Wild Devan Dubnyk a subi une blessure au bas du corps lors de la première période. Alex Stalock a pris sa place devant le filet, alors Beaupre a enfilé son équipement. La partie s'est terminée en tirs de barrage.
« J'étais assis avec Zach Parise, je regardais les tirs au but, et Johnny Gaudreau a effectué une feinte et Al est resté étendu au sol, a raconté Beaupre. À ce moment, je me suis dit, "vais-je devoir embarquer sur la glace pour un seul tir de barrage?" Cette possibilité ne m'avait jamais traversé l'esprit. Peut-être en troisième période, ou plus tôt, mais jamais n'avais-je imaginé que je pourrais sauter sur la patinoire pour un seul tir de barrage, et que le match se jouerait sur ce jeu. »
Quoiqu'il en soit, il y a toujours cette possibilité de devenir le prochain Scott Foster ou David Ayres. Foster, un comptable, a servi de gardien d'urgence pour les Blackhawks de Chicago contre les Jets de Winnipeg le 29 mars 2018 à la suite de la blessure à Anton Forsberg avant le match. Quand Collin Delia s'est blessé en troisième période, Foster s'est amené dans le match et a stoppé les sept tirs dirigés vers lui dans la victoire de 6-2 contre les Jets.
Ayres, un responsable des opérations de maintenance pour les Maple Leafs de Toronto, a enfilé l'uniforme des Hurricanes de la Caroline contre les Maple Leafs le 22 février 2020 quand les gardiens James Reimer et Petr Mrazek se sont tour à tour blessés. Ayres a sauté sur la glace alors que les Hurricanes menaient 3-1 et il a réalisé huit arrêts sur 10 lancers dans une victoire de 6-3. Il est ainsi devenu le premier gardien d'urgence de l'histoire à être crédité d'une victoire dans la LNH.
« Scott avait été incroyable. Il n'était pas le plus élégant, mais il a fait de bons arrêts et a mis son équipe en confiance », a dit Beaupre.
« Je me souviens de la soirée à Toronto, [les Maple Leafs] ont marqué contre Ayres et je me suis dit que c'était le pire des scénarios. Tu ne patines pas tous les jours. Réalistement, il est très possible que tu te fasses battre à maintes reprises. Même les gardiens de la LNH accordent six ou sept buts dans une soirée à l'occasion. Mais il a fini par signer la victoire, c'était une histoire complètement folle. »
Le gardien d'urgence a signé le gain des Hurricanes
Qu'ils soient envoyés ou pas dans la mêlée, les gardiens d'urgence sont satisfaits par la simple idée que ce soit une possibilité.
« C'est un rêve qui devient réalité, a mentionné Goldman. J'ai grandi au Texas au beau milieu de nulle part et je ne savais pas que le hockey existait avant que les Stars arrivent du Minnesota. Rêver de jouer dans la LNH quand tu grandis au Texas était un rêve futile. J'ai rapidement compris que c'était un rêve plus inatteignable qu'autre chose, mais j'ai été dévoué envers la position de gardien de but toute ma vie. C'est une expérience surréelle parce que tu sais qu'il y a 99,99 pour cent de chances que rien ne se produise. Mais il y a toujours ce 0,01 pour cent. »

















