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Une Finale de la Coupe Stanley impliquant les Canadiens de Montréal, ça n'arrive pas tous les ans. Pour cette grande occasion, nos deux journalistes ont décidé de se partager le fruit de leurs réflexions. L'un possède l'expérience d'un grand sage et l'autre vient à peine de laisser derrière lui son statut de recrue, ce qui nous offre deux perspectives différentes qui se rejoignent tout de même sur certains points.

Monsieur Bob!
Vous savez que ma génération - les fameux 'milléniaux' qui raffolent des toasts aux avocats et des bols d'açaï - ainsi que les suivantes pataugent dans des eaux inconnues depuis que les Canadiens ont confirmé leur place en Finale de la Coupe Stanley pour la première fois en 28 ans. Ça commençait à faire un bail!
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Une grande finale à Montréal? Ça ne nous dit absolument rien. On ne l'a vécu que par procuration.
Au nombre de fois que l'on s'est fait raconter les séries miraculeuses de Patrick Roy en 1986, son clin d'œil en 1993 et la fameuse histoire de la palette de Marty McSorley, c'est comme si on avait été là. En réalité, nous étions encore aux couches et plusieurs n'étaient même pas encore considérés comme des projets!
On va encore accuser les jeunes de penser que tout leur est dû, mais je pense sincèrement qu'on le mérite. N'est-ce pas? Après tout, je fais partie des générations qui ont souffert le plus longtemps des ratés de l'équipe et qui n'ont eu que deux présences dans le carré d'as à se mettre sous la dent en près de trois décennies.
Il n'y a pas si longtemps, le simple fait de se qualifier pour les séries était synonyme de succès pour nous, et on croyait aussi que Jan Bulis était la réincarnation de Stéphane Richer après une soirée de quatre buts au mois de janvier. Imaginez à quel point on est loin de notre zone de confort en ce moment!
- Guillaume Lepage
Te dire, très cher jeune collègue (tu permets que je te tutoie?), à quel point je suis content pour vous, votre génération comme tu dis. On peut vous reprocher bien des choses, vous les 'milléniums' comme je vous appelle, comme vos goûts bizarroïdes pour les toasts aux avocats (je ne déteste pas les bols d'açaï, par contre) et votre impatience légendaire à tout vouloir tout de suite. Surtout ça.
Je le sais, j'ai deux enfants d'à peu près ton âge. Je te dis que si vous aviez eu les Canadiens comme parents, les 28 dernières années auraient été invivables! Ils n'ont pas été des parents gâteau, vos Habs, hein? Mais là, vous l'avez la récompense. Ça prenait peut-être ça pour que vous compreniez qu'on ne peut pas toujours avoir tout cuit dans le bec et qu'il faut mettre les efforts pour avoir ce qu'on veut. Et que l'attente vaut souvent le coût. Bon, j'arrête avant que tu me dises, 'Okay boomer'.
Je suis loin de penser que tout vous est dû. Vous méritez, à votre tour, de vous forger des souvenirs impérissables à raconter à vos enfants. Tu n'as pas idée, Gui, combien je suis heureux pour toi. SVP, ne boude pas ton plaisir. Je vais te confier un truc. Après le but d'Artturi Lehkonen jeudi soir, ma fille Rosalie m'a envoyé un texto de trois mots: « Tes enfants pleurent ». Ben sacremouille, le père est venu les yeux pleins d'eau. Tu vois, la bonne chose de ce super parcours des Canadiens, c'est qu'il va resserrer les liens entre toutes les générations.
Les Canadiens eux-mêmes nous donnent un bel exemple, avec leur mélange de jeunes et de vétérans. Tout est possible maintenant. Il s'agit d'y croire. Tu sais quoi? J'ai un sapré bon 'feeling' avec cette équipe-là. Je ne demanderais pas mieux que de voir toute votre génération pleurer de joie dans quelques semaines. Faut pas le dire, mais il se pourrait bien que je verse quelques larmes, moi aussi, Gui.
- Robert Laflamme
Tu me fais justement penser (oui, oui, tutoyons-nous) à une réflexion que j'ai eue en réécoutant la prolongation en revenant du Centre Bell, jeudi. Je me suis demandé quelle aurait été ma réaction, il y a 10 ans de cela, après le but de Lehkonen. Ç'aurait probablement ressemblé à ce qu'on a pu observer en sortant de l'aréna au petit matin.
Il y aurait eu le sentiment d'euphorie, et peut-être même une petite larme.
On ne se connaissait pas encore à l'époque, mais il fut un temps où je ne vivais à peu près que pour regarder les matchs de l'équipe. Que veux-tu, la passion pour le hockey et pour les Canadiens m'a rapidement été transmise... Je n'étais même pas né que mon père m'avait acheté mon premier chandail bleu-blanc-rouge!
Disons que la retenue et l'impartialité que requiert notre métier ont tué ça à petit feu dans les dernières années. Tu le sais mieux que quiconque, il en faut beaucoup pour nous énerver maintenant.
Peut-être qu'une 25e conquête sous mes yeux au Centre Bell, par exemple, réussirait à brasser quelques émotions. Le masque que nous devons porter me permettra probablement de camoufler le sourire de l'ancien partisan qui sommeille en moi.
Et je n'exclus pas d'aller rejoindre mes amis après le travail pour souligner l'exploit comme il se doit, après avoir enduré autant d'années de misère!
- Guillaume
Tu vois Gui, on est différents là-dessus. J'ai été jadis, dans mon enfance, un grand fan de Guy Lafleur et, par la bande, des Canadiens. Mais mon équipe à l'adolescence a été les Islanders de New York de Bryan Trottier et de Mike Bossy, tout juste avant le début de leur dynastie dans les années 1980.
Après, quand j'ai commencé dans le métier à la couverture des Nordiques de Québec (tu connais?), mes allégeances de jeunesse ont pris le bord. Je suis devenu un fan de hockey. Mais bon, on s'écarte un peu. Je comprends d'où tu viens. Tu es le cas typique du gars de Montréal endoctriné par son paternel. Tu ne dois pas lui en vouloir, il a fait ça pour bien faire!
Blague à part, je peux témoigner de ton grand professionnalisme comme journaliste parce que nous avons souvent la chance de travailler ensemble.
Je pourrais toutefois comprendre que, du haut de tes 6 pieds 4 pouces, tes genoux fléchissent un brin advenant que ce soit l'année de la 25e conquête. Tu serais tout pardonné. Même que ça se pourrait bien que je m'invite pour la bière après. On l'aurait bien méritée.
En attendant Gui, si ça te tente de jaser en cours de route, sache que ma porte est toujours ouverte. On se souhaite une belle Finale!
- Robert