Bucko Stubbs badge

Au début des années 1960, Wilfred Kennedy « Bucko » McDonald a fait la connaissance d'un joueur qui allait changer le hockey et qu'il a profondément influencé : un certain Bobby Orr.

Une véritable brute sur patins, McDonald a joué des années 1930 aux années 1940 avec les Maple Leafs de Toronto, les Red Wings de Detroit et les Rangers de New York, gagnant des championnats avec Detroit en 1936 et 1937, puis avec Toronto en 1942.
Il a participé au plus long match de l'histoire de la LNH, alors qu'il était en uniforme avec Detroit lors de leur gain de 1-0 en sixième prolongation dans la soirée du 24 au 25 mars 1936. Ce soir-là, il avait empoché un bonus de 185$ de la part d'un loyal partisan des Red Wings, qui lui avait offert 5$ pour chacune des 37 mises en échec qu'il avait allègrement distribuées aux joueurs des Maroons de Montréal.
Bucko a dirigé dans les rangs mineurs professionnels à Rochester, dans l'État de New York, et à Sault Ste. Marie, en Ontario. Trente et un ans après sa mort, le 21 juillet 1991 à l'âge de 79 ans, il est encore une légende de crosse au Canada, ayant été intronisé au Temple de la renommée de ce sport en 1971.
Il a été un acteur important en politique fédérale également. Il a été élu deux fois comme député de la circonscription Parry Sound-Muskoka. Il a pris sa retraite en 1957, après 12 ans, sans jamais avoir été défait.

Bucko chest lacrosse

Mais Bucko, surnommé ainsi lorsqu'il était petit dans sa ville natale de Fergus, en Ontario, en raison de sa force et de ses qualités athlétiques naturelles, a laissé un héritage bien plus grand que tout ça. En effet, McDonald a dirigé un jeune prodige du nom de Bobby Orr pendant deux saisons à Parry Sound, transformant l'attaquant en défenseur et laissant le jeune adolescent jouer au hockey avec la créativité et l'instinct qu'on lui connait aujourd'hui.
Grâce à cette liberté chez les Generals d'Oshawa dans les rangs juniors, puis éventuellement avec les Bruins de Boston, Orr allait réinventer la position de défenseur. Il a porté le style de jeu de Doug Harvey, la vedette des Canadiens de Montréal dans les années 1950, à un autre niveau.
« Bobby Orr est le joueur qui a eu le plus grand impact parmi tous ceux que j'ai côtoyés dans ma vie », a écrit le défunt Jean Béliveau dans son autobiographie parue en 1994. « Il a mérité sa place dans l'histoire du hockey en changeant à lui seul le style joué à mon époque pour celui que l'on voit aujourd'hui. Selon moi, il ne peut pas y avoir plus grand héritage. »

Bucko Orr Parry Sound 1 July 1967

Orr a décrit de manière élogieuse l'impact qu'a eu McDonald sur sa carrière, qui l'a conduit au Temple de la renommée du hockey.
« Bucko McDonald était un géant avec tout un caractère, quelqu'un qui semblait toujours faire les choses à sa façon », a-t-il écrit dans son autobiographie publiée en 2013. « Il agissait souvent comme entraîneur et chauffeur pour les joueurs, si ces derniers n'avaient personne pour les conduire à l'aréna pour un entraînement ou un match.
« J'entendais le camion de Bucko se stationner devant la maison, où je l'attendais patiemment sur la galerie, puis nous nous rendions ensuite dans notre halte routière favorite, juste à l'extérieur de la ville le long de l'autoroute 69.
Nous allions toujours là pour le repas d'avant-match, afin d'engloutir toutes sortes de choses plus délicieuses les unes que les autres : des hamburgers, des frites, de la crème glacée. Vous savez, tous ces aliments bons pour la santé? Avec les standards d'aujourd'hui, on peut difficilement qualifier cela de repas d'avant-match acceptable, mais Bucko n'en avait rien à cirer. Il disait toujours que l'important n'était pas ce que tu avais dans l'estomac en jouant, mais plutôt ce que tu avais dans le cœur. »

Bucko Orr 20 Dec 1964 Dennis Gibson

Le système de jeu de McDonald - ou plutôt l'absence de système de jeu - était tout aussi révolutionnaire, surtout quand il était question d'un jeune joueur au talent illimité.
« Bucko m'a permis de jouer avec mon instinct sur la glace : ne jamais te débarrasser de la rondelle quand tu peux la contrôler. Garde-la et laisse le jeu s'ouvrir devant toi, a écrit Orr. C'était tellement plus facile de créer des jeux lorsque j'étais en mouvement, et Bucko a renforcé ce concept chez moi.
« Le meilleur jeu au hockey demeure le passe-et-va, et tu ne peux pas faire ce jeu si au moins un joueur n'est pas en mouvement. …] Je crois que Bucko et tous mes autres entraîneurs ont contribué à ma carrière en me permettant de faire confiance à mon instinct et de patiner avec la rondelle. »
McDonald s'est toujours émerveillé devant les habiletés d'Orr et sa vision hors du commun. Et Orr a toujours attribué du mérite à son entraîneur dans les niveaux bantam et midget pour le rôle crucial qu'il a joué dans sa carrière. Son mentor a d'ailleurs été intronisé au Temple de la renommée Bobby Orr de Parry Sound en 2016.
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Bucko avait été particulièrement élogieux en mars 1966 lors d'une visite au Forum de Montréal. Il avait conduit plus de 300 kilomètres pour voir le capitaine des Generals d'Oshawa, alors âgé de 17 ans, se mesurer aux Canadiens juniors de l'entraîneur Scotty Bowman.
Orr allait faire ses débuts avec les Bruins sept mois plus tard, et le hockey allait changer à jamais.
« Il était déjà un garçon exceptionnel la première fois que je l'ai vu », a dit McDonald, alors que Bowman avait affirmé que « personne n'arrive à la cheville de Orr » quand il est question du coup de patin.
« Il avait tous les atouts nécessaires, il était bon avec son bâton et il était intelligent, en plus d'être bon à l'école. Je l'ai nommé capitaine aux niveaux bantam et midget, puis il a été accepté comme capitaine par des garçons qui étaient plus vieux que lui. Il était l'idole des enfants à Parry Sound.
« Il est la copie conforme de Doug Harvey, et je considère Harvey comme le meilleur de tous les temps. Bobby peut patiner plus rapidement et il a un tir plus puissant que Harvey. »
Puis, comme une prophétie, il avait lancé : « Gardez en tête que Bobby est encore dans les rangs juniors, mais il a le potentiel de devenir l'un des plus grands joueurs de tous les temps. Il pourrait attirer les foules dans la LNH et être le leader que les Bruins cherchent depuis que Milt Schmidt a pris sa retraite. »

Bucko Leafs Rangers split

McDonald en avait vu des joueurs de talent comme défenseur au sein de 10 équipes différentes. Sa carrière s'est étendue des rangs juniors avec Ottawa en 1931-32 jusqu'à l'équipe senior des Beavers de Sundridge en 1949-50. Dans l'intervalle, il a joué avec trois équipes de la LNH et fait des arrêts dans la Ligue internationale de hockey et dans d'autres ligues mineures professionnelles américaines. Il a été entraîneur et dépisteur également. C'est simple, le hockey lui coulait dans les veines.
Bucko était « un grand communicateur », selon Orr, une aptitude qu'il avait apprise en débattant au Parlement et avec ses patrons dans le hockey, avec qui il a eu des accrochages à plusieurs reprises.
McDonald avait une charpente de 5 pieds 10 pouces et presque 200 livres, et il était reconnu pour être l'un des joueurs les plus robustes dans l'histoire de la LNH. Il était bâti en forme de baril et il était un véritable puits sans fond quand venait le temps de s'asseoir pour manger.
« Bucko tire sa force de tous les hamburgers qu'il mange », avait écrit le journaliste Dal MacDonald au sujet du défenseur des Red Wings dans un article paru en 1936. « On rapporte qu'il en a récemment mangé 15 en un seul repas. Quand le mot s'est passé, il a reçu d'innombrables offres de restaurateurs de Detroit pour venir manger à volonté, afin de faire une apparition dans un restaurant. »

Bucko 1938-39 action

Bucko était un excellent de joueur de crosse amateur et professionnel. Il a notamment joué pour une équipe que Conn Smythe opérait au Maple Leaf Gardens. Quand les rangs professionnels se sont effondrés et qu'il n'était plus admissible à jouer au niveau amateur, il a reçu une invitation de Smythe à participer au camp d'entraînement de son équipe de la LNH en 1933, même si son coup de patin laissait à désirer.
McDonald allait être envoyé dans les mineures avec les Bisons de Buffalo, mais comme il ne faisait que réchauffer le banc, il a demandé à être libéré.
Smythe a répliqué avec un télégramme cinglant : « Tu es aussi moche que la température de janvier ». Il a ainsi exaucé le désir de Bucko en l'échangeant aux Red Wings.
McDonald a disputé six saisons avec Detroit, remportant la Coupe Stanley à deux reprises, puis il a été échangé à Toronto en décembre 1938, étant de toute évidence moins « moche » que Smythe le croyait. Un troisième titre de la Coupe Stanley a suivi en 1942 avant que son contrat ne soit vendu aux Rangers en novembre 1943 pour ses deux dernières saisons dans la LNH.
Le DG des Red Wings Jack Adams s'est moqué du défenseur trapu durant sa dernière saison à Toronto, répliquant aux quelques flèches que McDonald avait lancées à son endroit.
« McDonald? Ça me dit quelque chose, a dit Adams sarcastiquement. Est-ce le gars bedonnant qui se tenait sur la glace hier soir devant (le gardien de Toronto) Turk Broda? Je pensais qu'il s'agissait d'un partisan qui voulait avoir une meilleure vue sur le match. Ce gros bonhomme avait l'air d'un policier qui s'occupe de la circulation, dirigeant le trafic vers le but de Toronto. Il ne stoppait pas grand-chose. »

Bucko Gordie Drillon Hap Day 1941

Au total, McDonald a joué 446 matchs dans la LNH, inscrivant 123 points (35 buts, 88 passes) et ajoutant sept points (un but, six aides) en 50 parties additionnelles en séries éliminatoires.
Bobby Orr avait deux ans lorsque Bucko a disputé son dernier match de hockey organisé, s'alignant pour Sundridge au niveau senior alors qu'il siégeait au Parlement. Mais leurs chemins allaient se croiser à Parry Sound au début des années 1960, McDonald étant alors dépisteur pour les Red Wings.
« Je me demande combien de jeunes ont joué sous les ordres d'un entraîneur qui a été un joueur de la LNH et un membre du Parlement », s'est questionné Orr dans son livre. « Une fois son équipe assemblée, McDonald était le genre de personne qui pouvait regarder l'ensemble du portrait et il avait ce talent qu'ont tous les bons entraîneurs de s'arranger pour que tout le monde ait sa place dans l'équipe. »
Des mois avant les débuts d'Orr dans la LNH, McDonald faisait l'éloge d'un défenseur junior qui fait aujourd'hui partie de toutes les discussions à propos du plus grand joueur de hockey de tous les temps.
« Chaque fois qu'il a la rondelle, il devient le centre d'attention de tout le monde, avait dit McDonald. Très peu de joueurs ont cet atout, seulement les Frank Mahovlich, Rocket Richard et Gordie Howe. Bobby est toujours au bon endroit au bon moment, et grâce à ça, la rondelle semble toujours se coller à lui. Il semble avoir ce sixième sens. »