Pourquoi les joueurs étoiles font rarement de bons entraîneurs ou tout simplement qu'ils n'ont pas ce don d'enseigner, de diriger? À cette question, Julien répond : «Un gars comme moi, qui a roulé sa bosse dans les mineures, commencé au bas de l'échelle comme coach, a profité de toutes ces années pour apprendre la game. On regarde tout ce qui se fait, on écoute plus attentivement que les joueurs doués, au bout du compte on devient des écoliers et quand on a appris le jeu de cette façon, on dirait que c'est plus facile de transmettre ce bagage.»
En lui mentionnant qu'il avait été obtenu de l'organisation des Oilers en compensation d'un choix au repêchage et la promesse de la tenue d'un match hors-concours à Edmonton en septembre, Julien rigole et mentionne que ce n'est pas une situation totalement inusitée pour lui. «Lorsque les Blues ont demandé aux Nordiques la permission de négocier avec Jacques Demers, c'est finalement Gord Donnely et moi qui avons été cédés en guise de compensation aux Nordiques», raconte Julien.
L'entraîneur réalise pleinement que le job ne laisse aucun répit, qu'il est littéralement sous les feux de la rampe et ce, à chaque jour. Pas du genre nerveux, même pas à son premier match derrière le banc de l'équipe, le 18 janvier (2003), il est du même moule qu'André Savard, avec qui il a d'ailleurs joué une saison avec les Nordiques, en 1984-1985.
«La stratégie est une chose, mais avant même l'application des systèmes de jeu ou d'un plan de match, ce sont les rapports entre les individus qui priment. Je le compare à l'instituteur et ses étudiants, avant qu'ils comprennent la matière, il doit y avoir une complicité», dit julien, qui ne cache pas que c'est là que le succès commence.
Dire que Claude Julien est impressionné par toute la tradition autour du Tricolore, l'omniprésence de l'histoire sur les murs du corridor qui mène à son bureau et les membres du Temple de la renommée qui ont les yeux rivés sur les joueurs dans le vestiaire pourrait sembler désobligeant, mais pour celui qui portait fièrement son petit uniforme rouge des Canadiens quand il était encore haut comme trois pommes et qui a, pour la première fois, mis les pieds au Forum en tant que joueur, c'est l'aboutissement de toute une vie consacrée au hockey. Une passion qui a commencé à Orléans alors que déjà, il défendait les couleurs du Bleu-Blanc-Rouge en jouant contre son frère aîné. Quand on est Glorieux dans l'âme, on le reste pour toujours et il n'y a qu'à voir la joie sur le visage de Claude Julien pour tout comprendre.
Le petit gars d'Orléans n'a pas réalisé son vœu de jouer avec les Canadiens, il se «contente» plutôt d'être leur entraîneur, un rêve qu'il n'a même jamais osé avoir.