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MONTRÉAL – Dans une ligue où la carrière moyenne est de courte durée et où les Québécois se comptent sur les doigts d’une main, Benjamin St-Juste fait figure d’exception. 

À l’aube d’une sixième saison dans la NFL, le Montréalais continue de déjouer les pronostics. De passage au Centre Bell, le demi de coin des Packers de Green Bay s’est confié sur le lien qu’il entretient avec le hockey, le nouveau départ qui l’attend au Wisconsin et son rôle de modèle auprès des jeunes footballeurs du Québec. 

Veuillez noter que les questions et les réponses ont été modifiées à des fins de clarté et de concision. 

Avant toute chose, comme on est au Centre Bell, on n’a pas le choix de te demander : es-tu un partisan du Tricolore? 

J'ai toujours été un amateur de hockey. C'est le premier sport auquel j'ai joué quand j'étais tout jeune. J'ai continué de le pratiquer pendant plusieurs années, jusqu'à l’âge de 14 ans, quand j'ai commencé à prendre le football plus au sérieux. Chaque fois que les Canadiens étaient en séries éliminatoires, que ce soit à l’époque deP.K. [Subban], d’[Alexei] Kovalev, de [Saku] Koivu, de [Carey] Price, ou même tout récemment quand ils se sont rendus jusqu’en finale… j’ai suivi toutes ces séries éliminatoires. Puis, cette année, ils connaissent vraiment une belle saison et je les encourage de loin. C'est beau à voir.

Benjamin St-Juste propose un échange aux joueurs du Tricolore lors de l'échauffement

Est-ce qu’il y a des joueurs que tu aimes particulièrement regarder jouer?

[Ivan] Demidov, [Nick] Suzuki et Cole Caufield, qui a une année de feu. Ils inscrivent toujours de beaux buts et font partie des faits saillants que je vois sur les réseaux sociaux… Ces gars-là sont beaux à voir aller. 

Les Canadiens participent aux séries éliminatoires pour une deuxième année consécutive. Le hockey des séries, ça évoque quoi pour toi? En tires-tu des souvenirs marquants? 

Quand P.K. a marqué son but en échappée contre Boston, c'est resté gravé dans ma mémoire. Il y a aussi les séries contre les Flyers dont je me souviens. C'était toujours : ils gagnaient un match, on en gagnait un. C’était une très belle série. Je ne suis pas assez vieux pour avoir connu les belles années où l’on gagnait souvent lacoupe Stanley, mais il y a une belle histoire de partisans du CH dans ma famille. Ma grand-mère allait voir les matchs au Forum et ma mère allait voir les matchs au Centre Bell [alors appelé Centre Molson] quand il venait tout juste d’ouvrir. 

De ton côté, c’est la saison morte dans la NFL. À quoi ressemble concrètement ton quotidien en ce moment? 

On a une pause d’environ trois mois. J'utilise ce temps-là pour passer du temps de qualité avec ma famille et ma fille, mais aussi pour régénérer mon corps. Une saison de la NFL, c'est très physique, donc j'essaie d’utiliser ce temps pour prendre soin de petites blessures. Au quotidien, c'est un entraînement vraiment tôt le matin,suivi de réadaptation ou de traitements pour ensuite passer du temps avec ma famille. Après ça, je travaille sur d'autres trucs, comme ma fondation et les évènements qu'on a prévus cet été à Montréal. Donc, même en saison morte, je suis toujours très occupé. 

Cette saison morte est particulière compte tenu de ta signature avec les Packers. Comment envisages-tu ce changement d’adresse? 

Je pense que ça va être une belle transition. C'est une équipe solide, qui gagne souvent, et comme les Canadiens, c’est une organisation très historique. Elle a le plus de championnats du Super Bowl dans l'histoire de la NFL, comme le CH [dans la LNH]. C’est une équipe avec un bel esprit de communauté et de famille. J’ai très hâte de pouvoir performer avec un groupe comme ça et d’être en mesure d’avoir un impact dès mon arrivée.

Tu seras le seul Québécois chez les Packers, et vous êtes seulement trois dans la NFL actuellement. Au hockey, la réalité est complètement différente. Ta fondation, l’Originale, vise justement à développer le football d’ici. Pourquoi était-ce important pour toi de t’impliquer à cet égard?

Comme tu l'as mentionné, on a peut-être deux ou trois Québécois dans la NFL. Le but, c'est d'en avoir beaucoup plus. Je sais qu'on a beaucoup de jeunes joueurs de football ici qui sont très talentueux. Nos évènements et nos camps de football donnent de la motivation et de la visibilité à ces jeunes, ce qui leur donne l'espoir nécessaire pour atteindre le plus haut niveau. Le but ultime, c'est d'avoir un jeune qui se présente à l’un des évènements de la fondation et qu'il ait la fierté de dire : « Si je me rends au plus haut niveau, je vais prendre le flambeau et je vais continuer à faire des évènements ou une fondation, puis à redonner à ma communauté. »  

En ce sens, tu joues un rôle de modèle auprès des jeunes. Par le passé, tu t’es exprimé ouvertement au sujet des enjeux de santé mentale dans le sport. Aujourd’hui, sens-tu que les choses s’améliorent sur ce plan? Es-tu optimiste pour les générations à venir? 

Oui, absolument. Je pense qu'il y a eu un changement important dans plusieurs ligues professionnelles, que ce soit la LNH, la NBA ou la NFL, où la santé mentale a commencé à être un enjeu très prioritaire. Avant ça, on attendait un peu que les joueurs aient fini leur carrière pour constater les dommages mentaux causés par une carrière physique très exigeante qui nécessite beaucoup de sacrifices. Aujourd’hui, on retrouve beaucoup de spécialistes et de psychologues dans chaque équipe de la NFL pour nous aider à passer à travers ces embûches de notre carrière. Je pense que ça nous aide beaucoup; il y a énormément de partisans qui voient tous les faits saillants et les beaux moments, mais il y a beaucoup de sacrifices qu'on doit faire pour performer sous les projecteurs chaque dimanche sur le terrain de football ou chaque jour sur la glace. 

Comme tu l’as mentionné, les Packers, comme les Canadiens, sont une organisation mythique avec énormément d’histoire. Est-ce que tu vois des similitudes dans le fait d’évoluer dans un marché aussi chargé de traditions? 

Je trouve qu'un environnement du genre te force à maintenir le standard d’excellence. Tout ce qui est en deçà d’une participation en séries éliminatoires de la coupe Stanley ou du Super Bowl sera perçu comme une saison qui n'est pas productive ou qui ne répond pas aux attentes. Donc, d’être dans une équipe comme ça me donne vraiment une bouffée de motivation pour maintenir ce standard chaque jour. Ça me garde motivé à continuer de travailler, à fournir l'effort et à contribuer pour faire partie de l'histoire. Au final, c’est bien de parvenir à des réalisations individuelles, mais en tant que joueur, le but dans ta carrière est de gagner un championnat, une coupe Stanley ou un Super Bowl.