LA NOUVELLE ÈRE DU VEDETTARIAT

Matthew Schaefer, Macklin Celebrini et Cole Caufield incarnent une époque où les joueurs sont plus que jamais mis de l’avant





Écrit par Amalie Benjamin
Stylisme par Courtney Mays
Préparation esthétique par Leila VonSleichter (Lei V Artist Agency)

HENDERSON, Nevada – Quand Matthew Schaefer débarque au Mustang Sally’s Diner à 14h03 un mercredi du début du mois de septembre, il est l’énergie en personne. Les cheveux léchés vers l’arrière, le jeune homme qui vient d’avoir 19 ans déborde de confiance et semble avoir le monde à ses pieds.

Il est en retard, donc la préparation pour sa séance photo se fait rapidement. On fait ses cheveux et son maquillage, et il enfile un jean pâle retroussé au-dessus de flâneurs noir et blanc, un chandail blanc déboutonné aux deux tiers de sa poitrine, un veston blanc et des lunettes de soleil teintées ocre.

Il s’amuse tellement qu’il sort de sa cabine d’essayage de fortune en dansant les claquettes.

« Comment ça va, mon ami? », lance-t-il à Kimber Auerbach, vice-président principal des communications chez les Islanders de New York, s’attirant un sourire amusé teinté de bienveillance.

Il y a peu de gens dans ce restaurant fermé d’Henderson, au Nevada, un petit public pour une personne qui peut en atteindre des millions. Schaefer a fait tourner les têtes à saison recrue dans la LNH l’an dernier, prouvant qu’il est aussi à l’aise sur la glace que sur les réseaux sociaux ou encore agenouillé sur le plancher à jouer avec les quatre enfants de Matt Martin ou en acceptant le trophée Calder à titre de recrue de l’année.

Il n’est pas seul.

Schaefer est à l’avant-garde de la nouvelle génération de joueurs de la LNH, des joueurs qui n’ont pas peur d’être eux-mêmes tout en démontrant à quel point ils sont dominants. Si à une certaine époque, on demandait aux jeunes joueurs de s’en remettre aux vétérans de leur équipe, avec peu d’espace dans les vestiaires pour les adolescents et les jeunes prodiges, c’est tout le contraire aujourd’hui.

Autant sur la glace qu’à l’extérieur.

« Je veux juste montrer aux gens quel genre de personne je suis, a lancé Schaefer. Je ne suis pas juste un joueur de hockey ennuyant. J’ai une personnalité, et derrière le joueur de hockey, il y a Matthew Schaefer. »

Porté par Schaefer : Veston Tom Ford. Chemise Banana Republic. Denim Levi’s. Souliers Thursday Boot Company. Lunettes rétro


Il y a Schaefer, qui a remporté le trophée Calder unanimement à l’âge de 18 ans, qui entend maintenant son nom dans les conversations au sujet des trophées Norris et Hart et qui a plus que justifié sa sélection au premier rang du repêchage 2025.

« Je veux juste montrer aux gens quel genre de personne je suis. Je ne suis pas juste un joueur de hockey ennuyant. J’ai une personnalité, et derrière le joueur de hockey il y a Matthew Schaefer. » -- Matthew Schaefer

Il y a l’ailier des Canadiens de Montréal Cole Caufield, qui a marqué 51 buts à sa cinquième saison dans la LNH à l’âge de 25 ans, remportant le trophée Lady-Byng et conduisant le Tricolore à la finale de l’Association de l’Est.

Porté par Caufield : Habit Valentino. Chemise en denim AGOLDE. Camisole Hanes. Souliers Vans. Montre Rolex. Bijoux David Yurman.


Voilà l’attaquant des Sharks de San Jose Macklin Celebrini, qui est devenu en juillet, à 20 ans, le plus jeune joueur à figurer sur une pochette du jeu vidéo NHL d’EA Sports. Celebrini est aussi devenu capitaine des Sharks vendredi dernier. La jeune sensation a presque mené son équipe à une participation surprise aux séries au printemps. Il a terminé la saison 2025-26 au quatrième rang de la LNH avec 115 points (45 buts, 70 passes), 56 de plus que son plus proche poursuivant chez les Sharks, Will Smith (59).

Ils arrivent sous les projecteurs de la LNH plus prêts que bien des joueurs avant eux. Ils sont préparés à répondre aux exigences de la LNH sur la glace, mais aussi à celles des partisans à l’extérieur. Ils connaissent les codes d’Instagram, alors que leurs pairs réclament avec impatience les prochaines interactions entre Celebrini et Smith, toutes plus divertissantes les unes que les autres, la prochaine vidéo de Schaefer avec la marmaille Martin et le prochain tir de Caufield dans la lucarne.

Porté par Celebrini : Veston et chemise AllSaints. Chandail Uniqlo. Pantalon Helmut Lang. Souliers Dr. Martens.


« Année après année, tu vois un ou deux gars le faire, et j’ai l’impression que ça devient normal », a affirmé le centre des Penguins de Pittsburgh Sidney Crosby. « Il ne faudrait pas qu’on s’y habitue, mais c’est rendu normal. Il y a plusieurs jeunes joueurs qui sont prêts et qui obtiennent une occasion.

« Auparavant, tu aurais pu voir un jeune joueur, mais au sein d’une équipe où il ne cadre pas parfaitement. Il n’aurait pas obtenu la même opportunité, mais je pense que les équipes sont plus rapides pour leur donner de plus grandes responsabilités rapidement.

« Et les jeunes en tirent le maximum. Ce n’est pas quelque chose qui est trop gros pour eux. Ils ont saisi l’opportunité, et c’est ce qui fait qui ils sont. »

Le VUS noir file à toute allure sur l’autoroute, d’Henderson à Summerlin, où Celebrini sera envoyé d’une pièce à l’autre pour répondre aux demandes des médias, qui lui accordent la même attention que celle portée sur les autres grandes vedettes de la LNH comme Crosby, Connor McDavid et Nathan MacKinnon. 

Mais d’abord, il doit retirer les étiquettes sur ses vêtements.

Celebrini, fraîchement sorti de l’avion qui l'a transporté de San Jose à Las Vegas, arrivait pour la séance photo dans sa meilleure tenue sportive-décontractée : avec des shorts et un T-shirt. Il en est ressorti métamorphosé : pantalon foncé avec une chemise à carreaux noir et blanc portée hors du pantalon, un soupçon de T-shirt blanc visible au niveau du col, mocassins noirs aux pieds, une allure à la James Dean, les étiquettes encore accrochées.

Il ne reste plus que quelques heures avant la parution de sa couverture pour The Hollywood Reporter – une séance photo réalisée avec Belmont Cameli, de la série Off Campus – qui illustre le renouveau d'une Ligue connaissant un engouement médiatique sans précédent, porté par des événements et des programmes tels que la Confrontation des 4 nations ainsi que les séries à succès Heated Rivalry et Off Campus, qui ont placé ce sport à l’avant-plan.

Il existe plus de moyens que jamais de voir les joueurs de la LNH, plus de façons de les apercevoir et de découvrir les facettes d'eux-mêmes qu'ils acceptent de partager avec le monde entier : qu'il s'agisse de leur style vestimentaire – rehaussé par l'abandon du code vestimentaire imposant costume et cravate au début de la saison dernière –, de leurs activités de jeux vidéo, de leurs partenariats ou de leurs amitiés.

C’est une nouvelle ère très appréciée par la majorité des plus jeunes de la Ligue.

« Le hockey n’a jamais vraiment été le type de sport dans lequel tu peux avoir ta propre marque et de la développer de cette façon, comme ça peut l’être au football ou au basketball, a remarqué Caufield. Mais je pense que tranquillement, les gens commencent à apprendre à connaître le joueur et la personne. Ceux qui ne sont pas nécessairement des amateurs de hockey commencent à découvrir les personnalités que nous avons dans ce sport, et je pense que la plus jeune génération se développe tranquillement en partisans de hockey. »


Cette génération présente-t-elle donc la LNH, et le hockey, sous un meilleur angle?

« C’est ce que j’allais dire, est intervenu Celebrini. J’allais amener le terme 'plaisant'. Les générations précédentes de joueurs de la LNH avaient aussi du plaisir, mais ce n’était pas exposé. Rien n’était partagé sur les réseaux sociaux. Les choses que l’on fait avant les matchs, je suis persuadé qu’ils faisaient pareil. Mais ça ne se retrouvait pas partout sur Instagram. Je pense qu’aujourd’hui, c’est présenté sous un angle différent que par le passé. »


C’est un aspect qui a frappé Celebrini à mesure qu’il rencontrait de plus en plus de joueurs pendant ses débuts dans la LNH. Il a découvert, chez ceux qu’il admirait depuis longtemps et qu’il avait observés toute sa vie, des facettes de leur personnalité qu’il n’aurait jamais imaginées – des joueurs drôles, extravertis et charmants.

« Je pense qu’il est important que la personnalité des joueurs de hockey soit mise un peu plus de l’avant, a-t-il dit. Je pense qu’une grande partie de cela a été mise de côté et qu’on n’a jamais vraiment montré le hockey sous son vrai jour. Il y a tellement de gars incroyables et de belles personnalités au sein de notre sport qu’on n’a pas la chance de voir. »

« Les gens commencent à apprendre à connaître le joueur et la personne. Ceux qui ne sont pas nécessairement des amateurs de hockey commencent à découvrir les personnalités que nous avons dans ce sport, et je pense que la plus jeune génération se développe tranquillement en partisans de hockey. »    -- Cole Caufield

C’est peut-être une transformation entraînée par la génération Z. En 2025-26, pas moins de 61 pour cent des joueurs de la Ligue étaient issus de cette tranche démographique qui s'étend des joueurs de 29 ans à l'apogée de leur carrière aux jeunes de 14 ans qui regardent les matchs et qui espèrent y accéder un jour, pratiquant leur « Michigan » pendant des heures sur la patinoire extérieure.

Il n’y a pas si longtemps, ces nouvelles vedettes de la LNH étaient ces enfants, avec ces rêves. Maintenant, ils sont la preuve que ces rêves peuvent devenir réalité.

« Ce que nous faisons est différent de ce que les enfants font, mais nous voulons montrer que c’est encore ce sport pour les jeunes que tout le monde aime, que ça peut encore l’être parce que le hockey va dans cette direction », a dit Caufield à propos des messages qu’il transmet à ces jeunes qui lui ressemblent, lui qui a déjà été l’un d’eux.

« Ces jeunes tentent simplement d’être les prochains, et je pense que c’est ce qui est génial avec notre génération. Aujourd’hui, les jeunes arrivent et sont déjà tellement talentueux. »

Ils sont talentueux. Mais ce n’est pas tout. Ils ont la confiance pour exposer ce talent, pour connaître leur place dans le monde du hockey et tout faire pour l’atteindre – peu importe leur âge.

« Ils font leur place beaucoup plus rapidement qu’ils ne le faisaient dans le passé, et je pense que c’est excellent pour le sport, a commenté le commissaire adjoint de la LNH, Bill Daly. C’est excitant pour notre avenir. »

« Je pense qu’il est important que la personnalité des joueurs de hockey soit mise un peu plus de l’avant. Je pense qu’une grande partie de cela a été mise de côté et qu’on n’a jamais vraiment montré le hockey sous son vrai jour. Il y a tellement de gars incroyables et de belles personnalités au sein de notre sport qu’on n’a pas la chance de voir. »  

-- Macklin Celebrini

Les portes sont ouvertes. Les joueurs, les adolescents, arrivent en masse.

« Les temps ont un peu changé, a soutenu l’attaquant des Predators de Nashville Filip Forsberg. Dans le passé, ça en prenait davantage pour obtenir ta chance. Mais aujourd’hui – on n’a qu’à regarder la dernière année – comment serait-il possible de ne pas faire immédiatement une place pour un Schaefer ou un Celebrini quand ils sont déjà des joueurs d’impact? Ça ne sert à rien de vouloir y aller en douceur quand ils sont clairement déjà prêts. Et c’est le cas pour plusieurs jeunes joueurs. »


Mais aucun d’entre eux ne verse dans la complaisance malgré les honneurs, les accomplissements, les trophées. Il y a encore tant à faire, croient-ils. Il reste encore 10, 12, voire 20 années à leur carrière respective.

« C’était évidemment une bonne année, mais je crois que j’ai encore beaucoup de choses à prouver et que je peux encore m’améliorer dans plusieurs aspects du jeu, a indiqué Schaefer. Chaque soir, chaque fois que j’embarque sur la glace, je veux être dominant. »

Schaefer et certains de ses confrères ont déjà atteint d’impressionnants sommets, gravi des montagnes auparavant réservées aux joueurs d’expérience, qui avaient déjà payé leur dû.

« Ça prouve à quel point la ligue change. Elle est plus jeune, plus rapide. Ces jeunes joueurs arrivent et ont un impact immédiat sur leur équipe, a constaté l’attaquant des Canucks de Vancouver Brock Boeser. Ce que Schaefer et Celebrini font, c’est impressionnant. C’est incroyable, même. Ils seront des joueurs générationnels. »

Ces mots semblent relever de l’hyperbole, mais il n’en est rien.

Car tout est plus élevé dans la LNH de nos jours, du nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux aux zéros sur les contrats des joueurs. Tout est format géant, comme ce contrat de cinq ans et 94 M$ qu’a paraphé Celebrini, avec un désir qu’il fasse plus, qu’il soit plus et qu’il en montre plus.

« La barre ne cesse de s’élever d’année en année. C’est quelque chose que l’on aime voir, a affirmé l’attaquant des Golden Knights de Vegas Mitch Marner. Je crois que c’est pour cette raison que la valeur des contrats augmente et que les joueurs sont mieux payés. Il y a une frénésie autour du sport. Les gens regardent plus de hockey et aiment de plus en plus notre sport.

« Et ces jeunes joueurs ne font qu’élever la barre. Ils veulent constamment s’améliorer. Tu le vois avec la manière dont ils s’entraînent, et par leur éthique de travail. Ils n’arrêtent jamais, ils veulent être les meilleurs. »

Et ils étaient prêts pour la LNH, de tous les points de vue possibles. Ils ont passé des milliers d’heures sur la glace, ils ont collaboré avec des experts du patinage et des habiletés, ils ont consulté des nutritionnistes et des préparateurs mentaux. Ils ont aussi grandi à l’ère des réseaux sociaux, avec une aisance à l’idée de montrer leur vie et leur personnalité à l’écran. Une réalité bien différente de celle qu’ont vécue Crosby et compagnie à l’époque, quand les projecteurs se sont braqués sur eux de manière soudaine à un jeune âge.

« Je suis souvent étonné par mes interactions avec les espoirs au repêchage. Ils sont si matures, si ‘adultes’, prêts à passer à cette étape de leur carrière, a énuméré Daly. J’avais l’habitude de les voir comme des enfants qui commençaient une longue aventure, et aujourd’hui, je parle à des adultes matures qui passent à la prochaine étape de leur carrière. C’est impressionnant! »

Il n’y a pas si longtemps, Schaefer rêvassait pendant son cours d’anglais. Il pensait constamment à la LNH. Il scrutait les réseaux sociaux, à la recherche d’indices quant à ce que ressemblerait son futur. Il visitait les plateformes numériques des Islanders, qui venaient d’obtenir le premier choix au total du repêchage.

« Je voulais tout voir. Leur vestiaire, leurs installations, ce que les joueurs font, a décrit le jeune défenseur. J’ai l’impression que les gens trouvent ça très cool lorsqu’ils peuvent en savoir plus sur les Islanders, avec du contenu où on voit les gars être eux-mêmes et avoir du plaisir. »

Schaefer peut encore être un adolescent, mais un adolescent avec un emploi très demandant et scruté à la loupe.


« C’est fou, assurément, a-t-il convenu. Ce sont deux modes de vie différents. Tu es simplement un jeune, mais tu es aussi dans la LNH. »

C’est pourquoi il retrouve son cœur d’enfant lorsqu’il rentre à la maison et qu’il joue avec les enfants des Martin. Qu’il prétend être un singe en se gambadant sur le plancher du sous-sol. Mais c’est pourquoi, aussi, il prend plaisir à se présenter au monde extérieur avec style, un lait frappé à la main et un sourire pour la caméra.

« Tu ne peux pas être seulement axé sur le hockey, a-t-il opiné. Tu dois rester qui tu es. Tu dois faire des choses que tu aimes, plaisanter de temps à autre. Tu ne peux pas changer ta personnalité en arrivant dans la LNH, car les gens vont t’aimer pour qui tu es. »

Il va sans dire : les amateurs adorent Matthew Schaefer pour qui il est. Sur la glace comme dans les autres sphères de sa vie.

Avec la collaboration de Shawn P. Roarke, directeur de la rédaction NHL.com, Nick Cotsonika, chroniqueur NHL.com, et Dan Rosen, journaliste principal NHL.com.