William Trudeau rookie lap badge Chaumont

BROSSARD – William Trudeau cherche encore ses mots pour décrire ce qu’il vit depuis les dernières semaines. 

Après quatre saisons avec le Rocket de Laval dans la Ligue américaine, sans ne jamais obtenir un match avec les Canadiens, le défenseur gaucher de 23 ans a enfin réalisé son objectif, celui d’atteindre la LNH. Il a participé à ses deux premiers matchs avec les Predators de Nashville. 

Trudeau croyait probablement obtenir cette seconde chance avec les Rangers de New York. Les Rangers l’avaient acquis le 26 juin dernier du CH contre l’attaquant Brett Berard. Il n’aura finalement pas eu le temps de poser ses valises à Manhattan ou à Hartford, ville du club-école des « Blue Shirts », puisque les Predators l’ont réclamé au ballottage le 26 septembre. 

À sa sortie d’un entraînement sur la deuxième glace au complexe sportif de Brossard, Trudeau a fait un court retour dans le passé pour décrire le fil des événements. 

« Je venais d’arriver à l’aréna à Hartford et je me préparais pour un entraînement, a-t-il expliqué. C’est là que j’ai su que les Predators m’avaient réclamé. En deux ou trois heures, j’étais déjà dans l’avion en route vers Nashville. J’étais sur un mode pilote automatique. J’ai reçu mon billet d’avion et j’ai suivi les indications. Je dirais que c’était de bonnes émotions en peu de temps. » 

« Ils m’ont expliqué qu’ils aimaient mon niveau de compétition et mon jeu défensif. Je peux aussi bien bouger la rondelle. »

Rayé de la formation pour le premier match de la saison des Predators le 1er octobre, Trudeau a réalisé le rêve de tous les joueurs de hockey deux jours plus tard. Andrew Brunette lui a trouvé une place à la ligne bleue pour la visite des Stars de Dallas au Bridgestone Arena de Nashville. 

Il n’oubliera jamais la date du 3 octobre 2026. Ce soir-là, il a joué un peu plus de 12 minutes (12:15) dans un gain de 2-1 des Predators face aux Stars. 

« Hum, il y avait plusieurs choses qui me passaient par la tête, a mentionné Trudeau pour revenir sur ses débuts dans la grande ligue. Je voulais vraiment profiter de cette journée. J’ai joué mon premier match devant toute ma famille et ma copine. J’ai partagé ce moment-là avec eux. C’était incroyable. C’est la LNH. C’est incroyable. C’était vraiment cool. »

Roman Josi, le capitaine des Predators, a ajouté une autre touche féérique à son baptême dans la LNH. Après le match, Josi lui a remis un casque de pilote automobile, un honneur décerné au joueur de la rencontre.

« C’était vraiment spécial. C’est Roman Josi aussi, a dit Trudeau avec des étoiles dans les yeux. Je le regardais beaucoup dans ma jeunesse comme défenseur. Je n’ai pas tant les bons mots pour l’expliquer. J’ai vraiment vécu une belle soirée avec mon premier match. J’ai trouvé que c’était une belle marque de reconnaissance. »

Dans un corridor du centre d’entraînement à Brossard, Josi a parlé d’une décision naturelle et spontanée.  

« Un premier match dans la LNH, c’est toujours gros, a affirmé le Suisse. J’ai encore en tête mon tout premier match dans la LNH même si ça remonte à loin (26 novembre 2011). William venait de vivre une journée émotive et il avait joué un bon match. Nous avions gagné et j’étais heureux de lui donner le casque. » 

« Quand nous avons réclamé William au ballottage, j’ai posé des questions à son sujet à certaines personnes dans l’organisation, a-t-il enchaîné. J’ai reçu de bons mots à son sujet. On me disait qu’il méritait sa chance de jouer dans la LNH. Il n’a joué que deux matchs pour nous, mais je vois déjà en lui un défenseur du calibre de cette ligue. » 

Trudeau, quant à lui, n’avait pas une explication logique à savoir comment il avait réussi à tomber dans l’œil des Predators pour qu’ils le réclament au ballottage. 

« Je m’en doute un petit peu, je pense qu’ils me regardaient depuis quelque temps », a simplement mentionné Trudeau. 

Chris MacFarland, le nouveau directeur général des Predators, a placé le défenseur Justin Barron au ballottage le même jour où il a acquis Trudeau via ce système. 

« Je l’avais déjà dit, mais j’avais besoin de changer de place pour obtenir une chance de jouer dans la LNH. Je crois et je croyais en mes chances de jouer dans la LNH, mais ça reste une question d’opportunité et de timing. Je ne dirais pas que Montréal ne croyait pas en moi. Mais je reçois une autre occasion avec les Predators. Les équipes n’ont pas toutes les mêmes besoins. »

Un souvenir de Jean-François Houle

Trudeau, un choix de quatrième tour du CH au repêchage de 2021, se retrouvait coincé dans l’organigramme à Montréal. 

« Vous en parlez tout le temps, mais il y a plusieurs bons défenseurs et bons attaquants à Montréal, a-t-il rappelé. Et c’est la même chose à Laval. J’ai fini par me retrouver ailleurs et j’ai gagné une place. »

De son passage de quatre saisons au sein de l’organisation du CH, Trudeau avait procuré l’une des bonnes citations de Jean-François Houle, ancien entraîneur du Rocket de Laval. Pendant un tournoi des recrues qui se déroulait à Buffalo au mois de septembre 2023, Trudeau avait été décrit comme un joueur qui « runnait la patente » par Houle. 

Trois ans plus tard, Trudeau n’aura pas comme mission de dicter le jeu à Nashville, mais bien de s’y établir comme un défenseur fiable.  

Jonathan Marchessault, qui a également bûché pour atteindre la LNH, se réjouissait pour son jeune coéquipier. 

« On n’en voit plus beaucoup d’histoires comme celle de William, a dit Marchessault. On donne plus des chances à d’anciens choix de premier tour, des joueurs avec de bons contrats ou des espoirs de la NCAA. William a travaillé et il a gravi les échelons. Il connaît son rôle. Il peut être bon dans plusieurs sphères différentes. Il joue avec du mordant et nous avions besoin d’un joueur comme lui. » 

À moins d’une surprise, Trudeau aura maintenant le bonheur de connaître un premier match sur la glace du Centre Bell jeudi soir. Il le fera dans un rôle de visiteur. 

« Oui, je sais qu’il s’agira d’un match spécial pour William, a noté Andrew Brunette, l’entraîneur en chef. Il appartenait à l’organisation des Canadiens et il est originaire du Québec. Même pour un jeune de l’Ontario comme moi, je trouvais ça grandiose de jouer à Montréal au Centre Bell. Je ne peux même pas imaginer à quel point il sera excité s’il est en uniforme. Ça représenterait une belle histoire. »

Même si l’échantillon demeure faible après deux rencontres, Brunette a aimé ce qu’il a vu pour l’instant de son jeune défenseur. 

« Il est un très compétitif, il se bat pour la rondelle et il se déplace très bien. À mon avis, il pourrait nous montrer un peu plus d’offensive dans son jeu. Ça viendra, mais il cherche encore à assimiler notre système de jeu. Il est un bon jeune. Il n’hésitera pas à défendre ses coéquipiers. Nous sommes chanceux de compter sur lui et nous travaillerons avec lui pour le voir grandir. »