Mercuri-Duhamel-LNH

LAVAL, Qc – « Ce que ça donne, c’est un gars qui, parfois, était laissé de côté en début d’année passée et qui finit la saison sur nos deux premiers trios et notre avantage numérique. »

Dans un couloir de la Place Bell la semaine dernière, Joël Bouchard décrivait la trajectoire du Montréalais Lucas Mercuri depuis son arrivée dans les rangs professionnels au printemps 2025.

Mercuri, 24 ans, vient de laisser une belle carte de visite au camp du Lightning de Tampa Bay. Le joueur de centre de 6 pi 3 po et 227 lb a d’abord fait sentir sa présence sur le plan physique au camp des recrues, contre les meilleurs espoirs des Predators et des Hurricanes.

Une blessure mineure a reporté le début de sa participation au camp principal, mais une fois rétabli, il n’a pas mis de temps avant d’inscrire un but en match préparatoire. Après neuf petites minutes d’audition, Mercuri a reçu une savante passe de Nick Abruzzese dans l’enclave, et son tir n’a laissé aucune chance au gardien des Panthers Akira Schmid.

TBL@FLA: Mercuri déjoue Schmid et fait 1-0

« C’était incroyable d’obtenir le feu vert à temps pour disputer un match préparatoire, a soutenu Mercuri en entrevue avec LNH.com. J’ai été en mesure de jouer et faire bonne impression, et j’en suis reconnaissant.

« L’été, tu travailles pendant quatre mois avec l’objectif de laisser une bonne impression auprès de ton organisation, et c’est ce que j’ai pu faire. »

Le Lightning l’a gardé dans ses rangs jusqu’à la toute fin. Il a fait partie du tout dernier couperet de l’équipe floridienne à la veille du coup d’envoi de la saison régulière.

Selon Bouchard, son entraîneur-chef avec le Crunch de Syracuse dans la Ligue américaine, ce n’est pas un hasard si ce lointain choix de sixième tour des Hurricanes au repêchage de 2020 a si bien fait en si peu de temps au camp.

« La qualité première de Lucas, c’est qu’il veut être un joueur de hockey, a-t-il affirmé. Il veut aller au maximum de son potentiel, il va se donner toutes les chances. C’est un individu extraordinaire, un compétiteur. Il est ouvert d’esprit, engagé.

« Cette année, il n’a pas perdu son temps et il est arrivé au camp en parfaite condition physique. Il s’est donné une chance de progresser pour devenir la meilleure version de lui-même. »

Chaque été, Mercuri rentre à Montréal pour s’entraîner avec d’autres confrères de l’Ouest-de-l’Île dans les installations des Lions du Lac-Saint-Louis (M18AAA) à Dollard-des-Ormeaux. Il s’est également entouré du préparateur physique Don White au CoreXcellence, dans le quartier Côte-des-Neiges.

S’il accorde une telle importance à cette préparation en gymnase, c’est parce qu’il sait très bien que sa charpente pourrait lui servir de gagne-pain. Il a complété sa saison recrue dans la LAH avec 26 points (14 buts, 12 passes), mais surtout 132 minutes de punition, au 12e rang du circuit à ce chapitre. Encore samedi, il en venait aux coups avec l’espoir des Canadiens de Montréal David Reinbacher dès le deuxième match de sa campagne 2026-27.

Dans une organisation qui mise sur du talent de pointe à la tonne, il est bien conscient que c’est en jouant le rôle d’attaquant de puissance – ou de matamore, à la rigueur – que les portes de la LNH s’ouvriront.

« Je sens que mon style de jeu est en voie de disparition, a-t-il expliqué. Je ne crois pas que beaucoup de gars veulent faire ce genre de choses. Je suis quelqu’un qui carbure à protéger mes coéquipiers, distribuer de grosses mises en échec, marquer des buts…

« Je ne veux pas être un joueur que je ne suis pas, a poursuivi Mercuri. Je n’essaie pas de devenir un joueur de premier trio aux habiletés fines. Je reste fidèle à mes racines de joueur. Je suis réaliste avec moi-même en me concentrant sur le jeu physique et sur mon intensité en poursuite de rondelle. »

Une décision pivot

Lucas Mercuri est l’un de ces joueurs québécois ayant opté pour la NCAA plusieurs années avant l’allégement des règles entre la LCH et le circuit universitaire américain.

C’est donc dès l’âge de 16 ans qu’il a quitté le domicile familial dans la région métropolitaine pour poursuivre sa carrière au sud de la frontière, à l’école préparatoire de Salisbury au Connecticut – aux côtés de Matt Coronato (Flames) et Justin Hryckowian (Stars), notamment.

La décision n’a pas été simple, dit-il. Les Foreurs de Val-D’Or avaient fait de lui l’un de leurs choix au repêchage de la LHJMQ et son père, Joe Mercuri, avait lui-même connu du succès dans les rangs juniors québécois avec les Cataractes de Shawinigan et les Chevaliers de Longueuil au début des années 80.

« Mais je ne crois pas qu’il me pensait prêt pour la LHJMQ à 16 ans, et je ne crois pas que je l’étais non plus, a-t-il avoué. J’étais très élancé, pas très fort physiquement. Aller à une école préparatoire et dans l’USHL m’a permis de consacrer des heures en gymnase et devenir le joueur que je suis aujourd’hui. Cette décision m’a aidé pour le futur que j’espère avoir. »

S’en suivirent quatre ans à l’Université du Massachusetts à Amherst, 150 km à l’ouest de Boston. Quatre années qui lui ont non seulement permis de décrocher un diplôme en administration des affaires et une mineure en psychologie, mais aussi de gravir les échelons chez les Minutemen jusqu’à devenir l’un des meilleurs attaquants de puissance de l’Association Hockey East. Il a terminé sa saison de quatrième année avec 31 points (10 buts, 21 passes) et une fiche de +14 en 40 matchs.

« Je n’aurais changé ces années pour rien au monde, a-t-il conclu. L’organisation des Minutemen m’a aidé à devenir un hockeyeur professionnel. C’est cliché, mais ça prend beaucoup de gens et une éthique de travail [pour réaliser ses objectifs]. J’ai mis plusieurs heures de travail pour pouvoir faire bonne impression chez les pros. »

Le voilà maintenant dans la cour des grands, en attente d’une première chance avec le Lightning.