MONTRÉAL – « Ils finissent par drainer ton énergie mentalement et physiquement. »
Nick Suzuki a décortiqué en une petite phrase l’un des secrets des Hurricanes de la Caroline, les champions de la Coupe Stanley.
À l’ouverture des portes du vestiaire, deux joueurs seulement attendaient devant leur casier : le capitaine Suzuki et l’un des adjoints, Mike Matheson.
Suzuki et Matheson ont tenté d’expliquer le déraillement sur le plan défensif dans ce revers de 6-4 contre la bande à Rod Brind’Amour.
« Je trouve que nous contrôlions assez bien la rondelle, mais ils exercent tellement une bonne pression qu’ils te compliquent la vie, a noté Suzuki. Tu cherches à respirer et à réfléchir. Il y a trop de jeux où nous n’arrivions pas à respirer ou à réfléchir. Ils t’étouffent.
« Si tu te retrouves coincé avec une longue présence, ton cerveau perd de l’oxygène et tu ne parviens pas à contrer leur pression, a poursuivi Suzuki. Ils n’arrêtent jamais. Nous aurions dû apprendre de nos nombreux matchs contre eux en séries. »
Depuis l’élimination en cinq matchs lors de la finale de l’Est contre les Canes, le Tricolore a décrit ses tombeurs comme le modèle à suivre. Pour y arriver, Martin St-Louis et ses hommes ont consacré plusieurs enseignements aux détails.
Pour ce premier match devant ses propres partisans au Centre Bell, le CH n’avait pas encore déniché la potion magique. Juraj Slafkovsky, qui se retrouvait un brin orphelin à l’aile gauche du deuxième trio en l’absence d’Ivan Demidov, a passé la soirée à perdre la rondelle. Le Slovaque cherchait le jeu compliqué plutôt que l’option la plus simple.
À la ligne bleue, le duo formé par Arber Xhekaj et Jayden Struble a connu un troisième match pénible d’affilée. Le Corsi (pourcentage de tentatives de tirs) des deux défenseurs l’illustrait à merveille avec 5 % pour Struble et 6,25 % pour Xhekaj.
Mais ils n’étaient pas les seuls coupables. À 5-contre-5, seuls Zachary Bolduc, qui a marqué deux buts, et Alexandre Texier, qui a récolté deux passes, ont terminé avec un indicateur supérieur à 50 % dans cette catégorie des statistiques avancées (60 % pour Texier et 52,6 % pour Bolduc).
« Les Hurricanes te font mal paraître sur la glace, a noté le centre Phillip Danault. Ils te font sentir comme si tu n’étais pas un bon joueur. Ils coupent toutes les options pour le porteur de la rondelle. Ils te sautent dessus constamment. »
À l’image de la finale de l’Est de l’an dernier, les Hurricanes n’ont pas juste dominé dans la colonne des buts. Ils ont malmené leurs rivaux 34-20 pour les tirs et 68-38 pour les tirs tentés.
Invité à décrire ce qu’il aimerait revoir dans ce match, Suzuki a murmuré une réponse des plus honnêtes.
« Notre avantage numérique doit être meilleur (1-en-6). Notre désavantage numérique doit être meilleur (5-en-6). Notre jeu à 5-contre-5 doit être meilleur. Je changerais plusieurs choses. »
Noah Dobson, un autre défenseur qui s’est fait étourdir à plusieurs reprises par la pression constante des Hurricanes, avait un discours tout aussi franc.
« C’est notre faute, nous apprendrons de ce match. Je trouve qu’ils gagnaient toutes les batailles, autant en zone offensive que défensive. Ils sortaient avec la rondelle. Nous devons aussi mieux contrôler la rondelle. Il y a plusieurs trucs à corriger. »
En conférence de presse après le match, Martin St-Louis a corroboré les dires de ses joueurs.
« Ils ont une très bonne équipe, mais tu ne peux pas faire trop de revirements et tu dois gagner tes batailles. Nous n’étions pas assez bons dans les deux départements. »
Jakub Dobes n’a pu sauver les meubles devant le filet, accordant cinq buts sur 33 tirs.
Pauvre Huguette
Un premier match à Montréal revêt toujours un cachet particulier. Il y a toujours une ambiance spéciale. C’était encore le cas cette année. Martin St-Louis a reçu une immense vague d’amour tout juste avant la présentation des joueurs.
Après une période, on s’attendait à une belle soirée. Bolduc avait marqué deux buts en première période, Nick Suzuki avait aussi déjoué Brandon Bussi et les locaux menaient 3-2.
Le château de cartes s’est effondré à partir de la deuxième période. Le Tricolore n’a jamais réussi à trouver ses repères contre les Canes, multipliant les revirements.
En troisième période, la foule a connu un regain de vie grâce à une dénommée Huguette. La dame en question, qui s’est retrouvée à l’écran géant en compagnie de membres de sa famille, portait un chandail où on lisait qu’elle célébrait ses 90 ans. Les partisans ont même scandé son prénom pour célébrer l’événement.
Huguette aurait souhaité une victoire comme cadeau d’anniversaire. Les Hurricanes en ont décidé autrement. Ils ont le don de gâcher le party. Mais ils méritaient de sortir de Montréal avec les deux points.


















