goalies_050420

On sait tous que les gardiens sont différents. C'est dans leur nature.

Jordan Binnington a obtenu son premier boulot à l'âge de 8 ans, quand il a tenté sa chance avec les Rangers de Vaughan, dans la ligue de hockey du Grand Toronto. Il a reçu un lancer au visage et n'a pas flanché. L'entraîneur s'est dirigé vers son père et lui a dit que Jordan venait de se tailler une place au sein de l'équipe.

« Il devait se dire : "Ce jeune est complètement fou, donc il sera notre gardien" », a lancé Binnington.

Mais ce qui est encore plus fou en ce moment, c'est que Binnington et ses comparses ne peuvent pas faire face à des lancers. La saison de la LNH est en pause depuis le 12 mars en raison des inquiétudes entourant le coronavirus.

Binnington, des Blues de St. Louis, Braden Holtby, des Capitals de Washington, et Matt Murray, des Penguins de Pittsburgh - les trois derniers gardiens à avoir remporter la Coupe Stanley - ont discuté de la pause lors d'une vidéoconférence organisée par la LNH, lundi, et il était évident pour eux que les gardiens sont affectés de façon unique par la situation.

Les joueurs de la LNH sont en isolement volontaire depuis plus de sept semaines, incapables de s'entraîner au complexe d'entraînement de leur équipe. À l'exception de quelques joueurs en Europe, ils n'ont pas été en mesure de patiner, encore moins de s'entraîner.

Au moins, les attaquants et les défenseurs peuvent faire du patin à roues alignées. Ils peuvent manier la rondelle et décocher des tirs sans être sur la glace. Certains ont une glace synthétique. Plusieurs ont des buts et des cibles.

Les gardiens? Ils ont toutes les difficultés du monde à recréer les conditions de leur position. Il n'y a rien comme tenter de stopper un morceau de caoutchouc qui s'amène vers toi à toute vitesse en restant en équilibre sur deux lames d'acier.

Holtby est resté chez lui à Washington et il se tient occupé avec ses deux enfants.

« Honnêtement, je ne fais pas grand-chose en ce moment, a admis Holtby. Durant l'été, je prends quelques mois de congé de toute façon. J'essaie de ne pas penser au hockey pendant ce temps. Ce sera donc difficile quand il y aura un plan de match. »

Murray passe le temps dans sa maison au bord de l'eau au nord de Toronto et il se garde occupé avec ses deux chiens. Il a expliqué que l'une des raisons pour lesquelles il s'est rendu là-bas est le gymnase qu'il y a aménagé.

« Je suis un peu dans la même situation que Holtby, a confié Murray. C'est tranquille de mon côté aussi. Je m'entraîne avec une balle de tennis sur le mur de temps en temps. J'essaie de garder mon corps en bonne condition physique afin d'être prêt lorsque nous reviendrons au jeu. »

Binnington reste dans son condo de la région de St. Louis, il prend des marches et apprend à jouer de la guitare.

« Au départ, je m'entraînais un peu, pensant que ça allait être une courte pause, a dit Binnington. Puis, tu réalises que ça va être un peu plus long, donc j'ai pris du temps pour moi-même et décidé de donner une pause à mon esprit. Je fais ce que je peux. Comme on dit, nous sommes tous dans le même bateau. Il faut être créatif dans ce que nous faisons. »

Avec tout ça, imaginez revenir à l'entraînement et faire face au célèbre tir sur réception du cercle gauche de l'attaquant des Capitals Alex Ovechkin.

« Ça ne se passe pas comme tu veux, a mentionné Holtby. C'est comme un lanceur au baseball qui lancerait une balle papillon à 95 milles à l'heure. Ça bougerait beaucoup trop. »

Imaginez maintenant devoir affronter Ovechkin dans une situation de match.

« Je suis d'accord avec Holtby, ce serait comme une balle papillon, a affirmé Murray. C'est probablement en raison de la courbe de la lame de son bâton. Parfois, la rondelle descend d'environ un pied. D'autres fois, la rondelle se dirige vers le haut du filet du côté de la mitaine et elle revient du côté du bouclier. C'est incroyable de voir le mouvement et la vitesse qu'il donne à la rondelle. »

Comment faire pour demeurer prêt à faire face à ces tirs dans ces circonstances? Tu ne peux pas, c'est impossible.

Et c'est l'une des raisons pour lesquelles la LNH va prendre son temps si la saison reprend.

La LNH et l'Association des joueurs de la LNH (AJLNH) ont mis sur pied un comité de retour au jeu formé de dirigeants et de joueurs pour discuter de problèmes comme ceux-là. Le commissaire de la LNH Gary Bettman a indiqué qu'il y a deux préoccupations quant à la santé des joueurs : d'abord, il faut les protéger du coronavirus, mais il faut aussi s'assurer qu'ils soient dans une condition physique optimale pour recommencer à jouer des parties.

La première étape vers un retour au jeu serait que les joueurs s'entraînent en petits groupes dans les complexes d'entraînement des équipes. Même dans ces circonstances, il serait difficile pour les gardiens de faire face à des lancers comme ceux qu'ils reçoivent dans un match. Mais la prochaine étape serait un camp d'entraînement d'environ trois semaines.

« Ça va être difficile, a dit Holtby. Mais nous allons tous être dans la même situation, donc je pense que tout le monde va en tirer le maximum et tenter de faire le mieux possible. »

Binnington ne flanche pas. Est-il nerveux?

« Je pense que nous aurons amplement le temps de nous replonger dans le hockey quand le temps viendra », a-t-il conclu.