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Bouchard: des confrontations critiques apparaissent

Après deux matchs, nous commençons à avoir une idée nette des confrontations à surveiller

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

S'il est un peu difficile de décoder des tendances à partir d'une seule partie, les séries éliminatoires ont des affrontements tellement serrés qu'on peut, dès la troisième partie, avoir une idée nette des confrontations à surveiller. Pour trois des quatre séries qui se poursuivent aujourd'hui, on a atteint ce seuil critique.

Blues de St-Louis contre Blackhawks de Chicago (1-1)

On a eu droit à un changement de la garde cette saison à Chicago. Brent Seabrook, sbire attitré de Duncan Keith depuis toujours, a désormais été surclassé par Niklas Hjalmarsson. C'est ce dernier, tout d'abord avec Seabrook puis avec Keith à partir du deuxième match, qui est attitré à la couverture de Vladimir Tarasenko.

Quelque chose de similaire semble s'être passé à St. Louis. Si Alex Pietrangelo et Jay Bouwmeester ont été assignés à couvrir Patrick Kane et Artemi Panarin, c'est bien à Carl Gunnarsson et Colton Parayko qu'on a demandé de surveiller Jonathan Toews. Joel Edmunston et Kevin Shattenkirk ont quant à eux essentiellement joué contre les deux derniers trios adverses.

L'avantage de la patinoire passe aux mains de Joel Quenneville au cours des deux prochains matchs et il sera intéressant de voir quelle confrontation il cherchera à éviter. Keith et Hjalmarsson ont fait jeu égal aux tirs contre Tarasenko, mais c'est moins évident dans le cas de Seabrook. En compagnie de Viktor Svedberg, il a connu un premier match du tonnerre (+15/-4 aux tirs tentés à forces égales), mais un deuxième match affreux (+1/-12), toujours contre le même trio, celui de David Backes. Par contre, Trevor van Riemsdyk, surtout avec Seabrook, s'en est fort bien tiré contre le trio de Paul Stastny.

Ken Hitchcock doit lui aussi tenir à l'œil ses duos défensifs. Shattenkirk, avec Edmunston, affiche après deux matchs un ronflant différentiel de tirs de +28/-8 à 5-contre-5. Mais Parayko et Gunnarsson sont à +17/-32, essentiellement à cause de Jonathan Toews. Les choses se sont particulièrement compliquées pour ce duo en troisième période lors de chacun des deux premiers matchs (Parayko et son collègue y affichent un différentiel de +1/-14). On roule donc les dés avec ce duo qui semble avoir de la misère à composer avec le cocon défensif d'une fin de match serrée.

Les Blackhawks ont été du bon côté de deux jeux bizarres en troisième période lors du match de vendredi, après avoir eu longtemps l'air dans les câbles, peinant à faire autre chose que d'espérer un but sur un jeu miraculeux du tandem Panarin-Kane. Quenneville semble par contre bien décidé à ce que la chose se règle « force contre force », Toews ou Kane étant mobilisés sur toutes les mises en zone offensive et ramassant la part du lion de temps de jeu. Il n'est donc pas dit qu'il y aura beaucoup d'ajustements de ce côté.

Panthers de la Floride contre Islanders de New York (1-1)

Si la série est égale, les Panthers me semblent en position enviable. En gros, les Islanders comptent sur une seule et unique ressource particulière : le trio formé de John Tavares, Frans Nielsen et Kyle Okposo. Ces trois-là ont tenté 43 tirs à 5-contre5 et n'ont accordé que 21 essais à l'adversaire. Mais après eux, pour reprendre l'expression consacrée, c'est ça qui est ça. Tous les autres trios et duos déployés par Jack Capuano sont dans le rouge au chapitre des tirs tentés.

C'est l'inverse pour les Panthers. Seul le trio composé de Jiri Hudler, Teddy Purcell et Rocco Grimaldi peine à prendre l'avantage du jeu. On suppose que si Vincent Trocheck revient éventuellement, ce sera un dernier trou de bouché (mais on ne l'annonce pas avant le cinquième match). Je souligne aussi que Tavares a fait l'essentiel de ses dommages contre le trio d'Aleksander Barkov, Jonathan Huberdeau et Jaromir Jagr. Ce trio affiche un différentiel de -9 aux tirs contre Tavares, mais +25 contre le reste des Islanders.

Capuano semble donc coincé. Reilly Smith, Nick Bjugstad et Jussi Jokinen ont fait la pluie et le beau temps lors du deuxième match et il n'est pas évident, à regarder l'alignement des Islanders, de voir qui peut s'opposer à eux. Gerard Gallant a donc beau jeu de « sacrifier » Barkov aux mains de Tavares, le reste de son alignement est probablement à même de faire la différence. Et c'est sans compter sur la possibilité, bien réelle, d'une montée en régime du jeune Finlandais. Si Tavares s'éloigne de lui pour contrôler Bjugstad, la réplique ne tardera pas.

Les Islanders me semblent coincés, condamnés à espérer des contre-performances de Roberto Luongo. Je peux me tromper, mais ça ne me semble pas être une position enviable.

Lightning de Tampa Bay contre Red Wings de Detroit (Tampa mène 2-0)

Je croyais le Lightning vulnérable. Tu parles. C'était mal juger quelques éléments déterminants. J'en retiens d'emblée deux : Tyler Johnson n'est franchement pas à l'article de la mort, et Jonathan Drouin est plus que prêt à faire sa marque dans la LNH. Victor Hedman est peut-être encore un peu amoché, mais je soupçonne que s'il semble un peu débordé, c'est d'abord et avant tout parce qu'on lui demande de suivre Henrik Zetterberg et Pavel Datsyuk à la trace, en compagnie du valeureux (mais inadéquat) Matthew Carle. Faute de pain, on mange de la galette.

Le sacrifice (Hedman est -13 aux tentatives de tirs contre Datsyuk) n'est pas inutile. Jason Garrison connaît un fort début de série dans un rôle hybride : avec Andrej Sustr, il joue contre les deuxième et troisième trios adverses avec, en plus, une surdose de mises en zone offensive. Tout ça pour dire, +19 aux tirs tentés en deux matchs, un score diablement intéressant.

Pour les Red Wings, le retour à Detroit est essentiel. C'est à peine si on a pu coller Niklas Kronwall sur le top-6 de Tampa Bay en début de série, Danny DeKeyser et Kyle Quincey passant un mauvais quart d'heure.

Mais il y a plus intéressant encore. Alors qu'on voit généralement des confrontations défenseurs/attaquants, Jon Cooper a choisi de marquer Datsyuk avec le trio de Drouin, Valtteri Filppula et Ondrej Palat. Sur les 26 minutes jouées par Datsyuk à 5-contre-5, ces trois joueurs ont été présents pour 20 minutes. Aux tirs, ils ont fait jeu égal avec le magicien russe. Jeff Blashill cherchera-t-il à libérer Datsyuk? Ce serait inhabituel, ce dernier étant historiquement un champion de ces confrontations. Mais l'âge nous rattrape tous. Reste que la manœuvre est risquée; qui jette-t-on alors entre les griffes de ce trio? Drouin agit ici comme une vraie carte cachée : son émergence est quelque peu chaotique (il a, disons, la mèche courte), mais profondément disruptive, un talent qui s'exprime dans les trois zones. Je croyais les Wings capables de surprendre le Lightning. Je n'y crois plus.

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