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Bouchard : À Ottawa, la course contre la montre se poursuit

Les Sénateurs devront tenter de reproduire leurs succès en séries avant que le contrat de Karlsson prenne fin dans deux ans

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Peu de joueurs dans cette ligue ont autant d'impact sur leur équipe qu'Erik Karlsson. Le capitaine des Sénateurs d'Ottawa a deux saisons à écouler à son contrat, au terme duquel l'équipe sera manifestement à reconstruire. D'ici là, on réusine, on déplace les morceaux autour de Karlsson en espérant que les astres s'alignent, un peu comme au printemps dernier, quand les Sénateurs ont atteint la finale de l'Association de l'Est. 

Le site NHLnumbers.com nous apprend que les Sénateurs ont, depuis la saison 2013-14, dépensé 58, 58 et 65 millions $ en salaires, demeurant loin sous le plafond salarial de la LNH. Ce budget interne (ils ne sont pas les seuls) agit comme une contrainte additionnelle, qu'on peut contourner grâce au contrat de Karlsson. Payé 6,5 millions $ par saison, Karlsson ne gobe en effet pas beaucoup d'espace pour la contribution qu'il apporte à son équipe. Depuis 2013, Karlsson est le meilleur pointeur chez les défenseurs de la LNH et le deuxième plus utilisé, pas même une minute de moins que Ryan Suter . Il a, toujours depuis 2013, dopé le taux de tirs obtenus de son équipe de 5,1 pour cent, deuxième meilleur score parmi les défenseurs ayant joué au moins 100 matchs, derrière Mark Giordano

Vu les résultats affichés par l'équipe la saison dernière, on n'a pas cru bon remanier l'équipe en profondeur. Le départ de Marc Methot, repêché par les Golden Knights de Vegas, a permis de donner un peu de marge de manœuvre financière, utilisée pour donner des contrats à deux vétérans (Nate Thompson et Johnny Oduya) et, surtout, pour garder Jean-Gabriel Pageau avec l'équipe pour les trois prochaines saisons. 

En utilisant les indices développés par le blogueur Ryan Stimson (j'ai décrit la chose en détail dans cet article), on voit mieux jusqu'à quel point l'équipe est bâtie autour de Karlsson. 

En défense, trois des quatre types de défenseurs (en ordre d'importance : défensifs, tireurs, transition, complets) sont présents et, du groupe des tireurs en volume, on voit que Chris Wideman donne l'impression de pouvoir se démarquer un peu plus offensivement.

Mais on traîne aussi, pardonnez l'expression, quelques boulets. Mark Borowiecki se situe à un degré d'inaptitude offensive qui rend impossible un rattrapage sur le plan défensif. C'est bien beau, le jeu sans la rondelle, mais si on la redonne immédiatement une fois qu'elle a été récupérée, on n'avance pas. De même, le « bon vieux » Oduya semble au bout du rouleau. Un jeune comme Thomas Chabot peut-il s'imposer au camp d'entrainement? Ça reste à voir, la marche est haute du junior à la LNH, mais le fait est que le personnel de soutien des Sénateurs ne semble pas en mesure de défendre très férocement son poste. Si Chabot a de l'allant, il pourrait monter rapidement. 

Du côté des attaquants, l'intrigue se corse. Le cas le plus intrigant demeure celui de Bobby Ryan. Selon les données de Stimson, il fait partie du type d'attaquants le moins efficace offensivement, les attaquants dits « dépendants ». Mais Ryan a connu un tournoi printanier remarquable, au cours duquel il a obtenu 15 points en 19 matchs, convertissant 14 pour cent de ses tirs en but. Est-il enfin en train de rebondir sous la tutelle de Guy Boucher? Si c'est le cas, c'est une gigantesque épine qu'on enlève du pied du directeur général Pierre Dorion. Parce qu'avec encore cinq saisons à raison de 7,25 millions $ par campagne, son contrat commence à être drôlement toxique.

Les deux piliers du bas d'alignement demeurent Zack Smith et, surtout, Jean-Gabriel Pageau. Ce dernier a hérité de Mike Hoffman comme ailier à la mi-saison, à la fois un vote de confiance de Boucher et, admettons-le, une façon astucieuse de maximiser la contribution du meilleur buteur du club. 

Hoffman, pur franc-tireur aux aptitudes défensives fluctuantes, est ce genre de joueur qui rend bien des entraîneurs nerveux lorsqu'il se trouve sur la glace contre les meilleurs éléments adverses. Pourtant, Hoffman est, avec Karlsson, un des principaux créateurs offensifs de ce club. En un mot, c'est un marqueur. En sa présence, le nombre de buts marqués à l'heure passe de 2,2 à 3,2, le volume de tirs en tous genres passe de 53 à 57 et, de ces tirs, la part des buts passe de 4,1 à 5,6 pour cent. Il y a un élément significatif de croisement avec Karlsson, bien entendu, mais l'impact de Hoffman est indéniable. En l'associant à Pageau, Boucher se trouve donc à avoir un troisième trio offensif à déployer. Ça n'est pas un luxe. Outre Hoffman, Kyle Turris est le centre des grosses missions en tout genre alors que Mark Stone et Derick Brassard appartiennent à la catégorie la plus rare de la classification de Stimson, les fabricants de jeu.

On a donc affaire à un groupe qui, s'il est dépourvu de superstars, possède néanmoins quatre contributeurs de premier plan. Si Bobby Ryan retrouve sa forme des beaux jours, les Sénateurs pourraient faire encore bien du bruit cette saison. Mais on va avoir besoin d'un coup de piston en défense. Certes, Karlsson peut faire de tout, tout le temps, mais Dion Phaneuf n'est plus celui qui peut tirer le traîneau en attendant que le capitaine reprenne son souffle. Une pièce manque encore, donc. Reste à voir si elle viendra du club-école ou du marché des échanges.

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