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Sans Letang, les Penguins retiennent leur souffle

Pittsburgh pourrait trouver impossible la tâche de remplacer la production du défenseur de premier plan

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Les défenseurs de premier plan sont probablement les joueurs les plus difficiles à remplacer dans un alignement. Même si une superstar comme Sidney Crosby apporte à son équipe une contribution unique, un entraîneur peut, en redivisant le travail parmi son groupe d'attaquants, compenser vaille que vaille. Mais en l'absence un défenseur qui, comme Kristopher Letang, joue 25, voir 27 minutes par match, le trou est immense.

Sur le strict plan de la construction d'un alignement, parce qu'un entraîneur dispose de 12 attaquants, il peut s'arranger pour compenser la perte d'un joueur de premier plan en s'assurant d'avoir quelques spécialistes sous la main. C'est ainsi qu'un joueur somme toute marginal, Jonathan Marchessault, profite ces jours-ci de l'absence de Jonathan Huberdeau pour faire fort belle figure dans le top-6 des Panthers de la Floride.

Marchessault n'est pas une étoile jusqu'ici ignorée, il est un joueur de soutien, mais un joueur soutien à vocation offensive. Un centre de moindre envergure, comme Brian Boyle, avec qui il a joué l'an dernier, ne saurait faire fructifier son talent offensif. Mais lorsqu'on l'associe à un attaquant de premier plan comme Aleksander Barkov, soudainement, les points s'accumulent! Marchessault ne roulera pas éternellement à ce train d'enfer et Huberdeau n'est pas en train de perdre son poste, mais pour l'instant, il permet à son équipe de tenir le coup.

Pour peu qu'une organisation accepte de garder, parmi ses joueurs de soutien, des attaquants à vocation offensive au lieu de simplement cumuler les spécialistes du tir bloqué, un entraîneur peut donc jouer d'astuce et trouver des buts « bonis ».

En défensive, c'est une autre paire de manches. Et c'est encore plus vrai pour les Penguins de Pittsburgh, dont la défensive est essentiellement constituée de joueurs honnêtes qui ont pour mission d'accomplir leur besogne sans causer de soucis. Letang y est la véritable bougie d'allumage, l'homme à tout faire par qui on passe pour que les travaux ingrats s'accomplissent proprement.

J'en discutais à l'amorce de la Finale de la Coupe Stanley l'an dernier : en sortie de zone défensive, les attaquants des Penguins sont surutilisés et c'est par Letang qu'on apporte un peu de diversité dans ces schémas autrement traditionnels.

La chose se mesure d'ailleurs. Depuis la saison 2007-08, seules les blessures empêchent Letang de cumuler une quantité remarquable de points. Les deux graphiques ci-dessous l'illustrent : en avantage numérique comme à forces égales, Letang cumule les points à un rythme qui s'approche systématiquement de l'élite de la ligue. Le simple inventaire des points ne suffit pas, il faut regarder les proportions; il obtient 80 à 90 pour cent des meilleurs scores affichés au cours des 10 dernières saisons par des défenseurs, tant en avantage numérique qu'à forces égales.


Les performances de Letang à forces égales sont d'ailleurs les plus saisissantes. Comme tous les défenseurs mobiles et agressifs avec la rondelle, on tend à le voir comme « à risque », comme un joueur qui laisse l'adversaire prendre l'avantage en zone défensive parce qu'il mise tout sur l'attaque. Dans les faits, ça n'est pas du tout ce qui se passe.

Letang dope bel et bien l'attaque de son équipe à forces égales. Le taux de tirs tentés par son équipe lorsqu'il est sur la glace n'est jamais inférieur à celui obtenu par les Penguins lorsqu'il est au banc.

Malgré un léger déclin ces dernières saisons, il est remarquable de constater à quel point ces gains offensifs ne sont pas vraiment répercutés sur le plan défensif.

Letang n'est pas une bougie d'allumage, mais bien un pilier, pour ne pas dire une large part de la fondation de l'édifice. Avec seulement six défenseurs en uniforme, un entraîneur ne peut que transférer ses responsabilités sur d'autres joueurs aux aptitudes bien plus inégales. C'est à se demander si, en l'absence du no 58, on ne devrait pas emprunter une page au livre de trucs du Lightning de Tampa Bay et habiller plutôt sept défenseurs, histoire de varier les profils des trois derniers joueurs et ainsi trouver un peu plus de marge de manœuvre pour s'adapter aux différentes situations d'un match.

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