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Patrick Roy et François Allaire reprennent le boulot

Les temps et les gestes techniques ont changé, mais pas la détermination de l'ancien gardien étoile

par Kevin Woodley / Correspondant LNH.com

VANCOUVER - Regarder l'entraîneur de l'Avalanche du Colorado Patrick Roy enfiler de nouveau l'équipement de gardien et travailler sur la glace avec son ancien entraîneur des gardiens de longue date François Allaire, c'était comme faire un voyage dans une machine à remonter le temps. Et c'était aussi l'occasion de mesurer à quel point la façon de jouer à ce poste a changé.

Ensemble à partir de la saison recrue de Roy avec les Canadiens de Montréal en 1986, ils ont transformé à jamais le métier de gardien de but, faisant du style papillon le standard par excellence que le reste du monde allait adopter suivre pendant les 30 années qui ont suivi. Trois décennies et cinq conquêtes de la Coupe Stanley plus tard (deux ensemble à Montréal, deux pour Roy au Colorado et une pour Allaire en tant que membre du personnel d'entraîneurs des Ducks d'Anaheim), la plus importante relation professeur-élève dans l'histoire du métier de gardien de but a été réactualisée, dimanche, pour aider Roy à se préparer en vue du Match des anciens de la Série des stades Coors Light 2016 contre les Red Wings de Detroit, vendredi, au Coors Field.

« J'ai passé pas mal de temps là-dessus. Je ne peux pas dire que j'ai travaillé extrêmement fort, mais j'ai eu du plaisir, a indiqué Roy. Certaines choses ont changé, surtout sur les tirs d'angles restreints, et j'ai dû m'ajuster, mais c'est plaisant de travailler avec lui. »

En observant le retour de Roy devant un filet, il devient vite clair que beaucoup de choses ont changé depuis qu'il a pris sa retraite, il y a 13 ans. Allaire et lui ont provoqué une révolution quand ils ont décidé de faire fi du style qui voulait, au milieu des années 1980, que les gardiens restent debout au lieu d'étendre les jambières pour couvrir le bas du filet; mais même à l'époque où Roy a conclu sa carrière en 2003, il y avait certains éléments qui avaient commencé à s'ajouter à l'approche de plusieurs gardiens, et que Roy n'avait pas ajoutés à son arsenal.

« Surtout dans les situations où les tirs proviennent d'angles réduits, a noté Roy. J'avais l'habitude de préconiser le style papillon tandis que maintenant, ils mettent plutôt un genou sur la glace, ou ils essaient de protéger le côté rapproché avec le haut du corps. Les choses ont changé et tu essaies de t'y adapter. »

En voyant Roy et Allaire travailler ensemble lors d'un récent entraînement matinal d'avant-match, il était facile d'imaginer de quoi avaient l'air les séances du genre auxquelles les deux hommes s'adonnaient il y a 30 ans : des exercices interrompus de nombreuses discussions où chacun apporte de l'eau au moulin afin de peaufiner la façon de jouer devant un filet. Des conversations qui ont lieu près de la zone du gardien, avec Allaire qui pointe vers différents endroits dans la zone, dans le but d'aider Roy à s'exercer à faire la transition entre les glissades de style papillon et la nécessité de bien protéger le filet sur des tirs provenant d'angles plus restreints - ce qui est là quelque chose qu'il n'avait pas fait souvent durant sa carrière de joueur.

« Évidemment c'est très plaisant, ça ramène plusieurs bons souvenirs », a déclaré Allaire à LNH.com en parlant de ses retrouvailles avec Roy. « Patrick voulait apprendre la nouvelle façon de bloquer la rondelle et il me posait des questions sur la façon d'aborder tel ou tel jeu; il voulait savoir comment les gardiens font de nos jours. J'avais donc encore le rôle d'enseignant, mais en même temps c'était très plaisant, il y a eu plusieurs occasions de sourire, j'ai vraiment savouré ces moments-là. »

Roy ne croyait pas que l'approche des gardiens avait changé à ce point depuis sa retraite, faisant allusion à des techniques de base comme la façon de couvrir ses angles, de lire le jeu et de se déplacer latéralement, qui demeurent encore valides de nos jours. Mais il a vite constaté qu'il devait changer certains mouvements simples quand il a affronté les tirs des joueurs qu'il dirige présentement chez l'Avalanche. L'homme de 50 ans a d'abord continué de se laisser tomber sur la glace, restant fidèle au style papillon qui lui était propre, mais ses mouvements pour se relever l'amenaient presque toujours à se relever sur ses patins d'abord, et bien souvent il commençait par la mauvaise jambe.

Ce n'était pas chose rare dans la LNH quand Roy a pris sa retraite; mais même à cette époque, quand plusieurs des meilleurs gardiens de la Ligue se relevaient encore en n'utilisant pas la bonne jambe, pratiquement tous les jeunes gardiens se voyaient déjà enseigner la bonne technique dans ce contexte, c'est-à-dire : se relever avec la jambe opposée à la direction qu'ils devaient prendre, pour ainsi commencer à pousser avec le patin plus rapidement.

Il arrivait parfois, à ce moment-là, d'entendre des gardiens de la LNH parler de jeunes de 12 ans évoluant dans les écoles de hockey estivales qui avaient déjà une meilleure technique de base qu'eux.

Maintenant, ces jeunes de 12 ans ont atteint la mi-vingtaine et la technique qu'ils ont apprise a mené à ce qu'Allaire a qualifié d'âge d'or pour les entraîneurs de gardiens de but.

« Nos athlètes sont meilleurs alors c'est beaucoup plus facile maintenant », a indiqué Allaire qui, à 56 ans, n'est l'aîné de Roy que par six ans. « Les exercices que nous pouvons faire aujourd'hui, on ne pouvait pas les faire dans les années 1980 et 1990. Les gardiens n'étaient pas prêts, mentalement ils n'étaient pas prêts pour ça, mais maintenant les jeunes qui s'amènent dans la Ligue sont prêts à faire tout ce qu'il faut et ils sont capables de le faire, et c'est là la différence. Ils sont beaucoup plus costauds, beaucoup plus forts et ils sont bien entraînés, alors c'est l'âge d'or des entraîneurs de gardiens de but en ce moment parce qu'il y a tellement d'athlètes doués à notre disposition. C'est incroyable le niveau de jeu qu'on voit chez les gardiens maintenant.

La mentalité des gardiens a également changé, a fait remarquer Allaire. Il y a moins de résistance à son endroit qu'à l'époque où il est devenu le premier entraîneur des gardiens dans l'histoire des Canadiens.

« Tu peux vraiment pousser dans la bonne direction avec ces gars-là et ils sont ouverts à l'idée d'apporter des changements, a-t-il dit. C'est une nouvelle génération de gardiens, tandis qu'à l'époque où j'ai commencé dans les années 1980, tout était très statique et vraiment rigide et on ne laissait aucune place à l'amélioration, aucune place aux changements. Maintenant, c'est le contraire. Il y a des jeunes qui s'amènent et peu importe ce que tu leur dis, ils sont prêts à l'essayer. »

Allaire, qui est devenu l'entraîneur des gardiens de l'Avalanche peu après que Roy soit devenu l'entraîneur-chef de l'équipe en 2013, estime que l'évolution constante du métier de gardien est attribuable aux avancées de la technologie.

« Les choses changent beaucoup en ce moment en raison de l'Internet, a fait remarquer Allaire. On avait l'habitude, Patrick et moi, de faire différentes choses quand on a commencé dans les années 1980; et on pouvait bien exploiter nos innovations pendant quatre ou cinq ans avant que quelqu'un finisse par le remarquer. Maintenant, quand quelqu'un innove, deux mois plus tard tout le monde est au courant et l'enseigne aussi. C'est un monde très différent, le hockey est différent, ce qui est bien parce que tu dois constamment rester au courant. »

Même s'il a innové au point de vue technique, c'est d'abord et avant tout le féroce sens de la compétition de Roy qui lui a permis de connaître une carrière qui l'a mené au Temple de la renommée et de remporter à trois reprises le trophée Conn-Smythe et le trophée Vézina. Cette qualité était encore tout à fait évidente lorsqu'il a plongé tête première, d'un côté à l'autre de la zone du gardien, pour faire l'arrêt devant ses jeunes attaquants de l'Avalanche durant cette récente séance d'entraînement, oubliant la technique qui est devenue sa marque de commerce dans le but de tenter l'impossible pour garder le disque en dehors de sa cage.

« Il a encore ça dans le sang, ça fait partie de son ADN de tout donner sur tous les tirs », a souligné Allaire.

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