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Marc Bergevin et Steve Yzerman lancent le bal

Les Canadiens et le Lightning ont procédé à la première transaction d'importance jeudi

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

On s'attend, avec raison, à beaucoup d'action d'ici le premier juillet. Après tout, le seul fait du repêchage d'expansion force bien des équipes à bouger rapidement pour éviter de perdre pour rien des joueurs qui ont une certaine valeur sur le marché. Marc Bergevin et Steve Yzerman ont ouvert les festivités en grande pompe.

Au Lightning de Tampa Bay: Mikhail Sergachev

Joyau de la couronne du repêchage de l'an dernier pour les Canadiens, Sergachev avait manifestement beaucoup de valeur sur le marché des échanges. Il arrive au sein d'une brigade défensive encore passablement encombrée de vétérans coûteux, ce qui suggère qu'on ne sera pas nécessairement pressés de le lancer dans le feu de l'action.

Avec encore deux années d'admissibilité dans les rangs juniors, on n'est donc pas dans l'urgence de lui faire une place dès l'an prochain. À terme, c'est un défenseur qui risque fort d'être, dans le pire des cas, un solide top-4 capable de contribuer à l'attaque qu'on vient d'acquérir.

J'ajoute que le développement continu de Sergachev dans les rangs junior rend plus que probable qu'il soit capable de contribuer significativement dans la LNH dès sa saison recrue chez les professionnels, ce qui donnerait à Yzerman un défenseur à coût minimal pour trois saisons et sous contrôle de l'équipe pour sept. Ce n'est pas un détail.

Reste à voir ce que Sergachev accomplira dans la LNH. Pour l'instant, il n'a encore rien prouvé, mais l'excellent travail d'analyse du blogueur Mitch Brown nous indique que Sergachev est, de par son style, taillé sur mesure pour la LNH parce qu'il excelle dans l'art d'empêcher l'adversaire d'atteindre sa zone défensive en contrôlant la rondelle, sinon en coupant agressivement les attaques ennemies en zone neutre.

Aux Canadiens de Montréal : Jonathan Drouin

C'est un euphémisme que d'affirmer que l'arrivée de Drouin sème l'excitation dans la métropole québécoise. Drouin est, par sa réputation, le rêve éveillé des amateurs montréalais : un attaquant explosif, créatif, qui entame à peine les meilleures années de sa carrière. Et, prime importante pour l'équipe culte : un francophone. L'équipe de mise en marché du club doit se frotter les mains.

Drouin est encore extrêmement jeune, ce qui n'a pas empêché Marc Bergevin de lui faire immédiatement parapher un contrat à long terme : six ans, 5,5 millions par saison. En soi, l'entente reste un pari, Drouin a 95 points (0,58 par match) dans la LNH, dont 36 en avantage numérique au sein d'un groupe de joueur qui a, au cours de ces trois saisons, marqué 158 buts, le 4e plus haut total de la ligue.

Alex Galchenyuk, au cours de ses trois premières saisons, a obtenu 104 points (0,54 par match) dont 23 en avantage numérique. Et il a ajouté 100 points (31 en avantage numérique) au cours des deux dernières saisons. Bref, Galchenyuk a été plus productif à forces égales, accusant surtout un retard en avantage numérique. Si Marc Bergevin entend le garder dans sa formation à long terme, la facture s'annonce salée.

Mais revenons à Drouin. Les données publiées par Micah Blake McCurdy nous indiquent que l'an dernier, il a accumulé des points à un rythme effarant en avantage numérique, mais beaucoup moins rapidement à forces égales, ou son 1,2 point principal (buts + premières passes) par heure s'apparentait encore à la récolte d'un joueur de troisième trio.

Je ne crois pas que la chose soit inquiétante outre mesure. Drouin a joué avec bien des coéquipiers différents, mais fort peu avec les meilleurs éléments de son équipe. Ses principaux coéquipiers furent Alex Killorn, Valtteri Filppula et Bryan Boyle. On l'a tenu loin, très loin des Tyler Johnson, Ondrej Palat et Nikita Kucherov.

Ça va changer à Montréal, évidemment. Le portrait n'est pas encore clair : Bergevin souhaite-t-il échanger Galchenyuk? Chose certaine, l'arrivée de Drouin bouche dans le top-6 un trou créé par le départ probable d'Alex Radulov. Même si Drouin reste à l'aile gauche, on peut très bien voir Artturi Lehkonen jouer sur le flanc droit, position que Brendan Gallagher va lui aussi occuper dans le top-6. Avec Max Pacioretty, les Canadiens ont un quatuor d'ailiers de premier plan sous la main. On devrait, d'ici le premier juillet, être fixés sur la suite des choses au centre.

Un dernier élément doit être analysé. A-t-on sacrifié l'avenir du club pour lui permettre de passer la barre à court terme? Honnêtement, je ne crois pas. Sergachev est voué à un brillant avenir, mais tout indique que Drouin, qui a à peine 22 ans, va connaître d'excellentes saisons dès l'an prochain, ce qui n'était pas nécessairement le cas pour le défenseur russe.

Or, le présent contrat de Carey Price prend fin après la saison 2017-18. S'il est peu probable que Price ne soit pas mis sous contrat dès le premier juillet, il est pour ainsi dire certain qu'on lui érigera un pont d'or, ce qui réduira alors la marge de manœuvre financière de Bergevin pour la suite des choses. On devait donc frapper fort pour continuer à pousser au maximum lors de la prochaine campagne.

Ça, c'est pour le court terme. Pour le long terme, si on garde Galchenyuk, lui, Drouin et Lehkonen forment selon moi un trio d'attaquant de premier plan pour encore plusieurs saisons.

Il faudra bien trouver le moyen de rajeunir la défensive qui vieillit à vitesse grand V, mais encore là, les problèmes ne sont pas immédiats : Jordie Benn a excellé aux côtés de Jeff Petry en séries, ce qui entrebâille la porte à un possible dans le top-4. S'il peut effectivement s'acquitter de ces tâches, il donne à Claude Julien le temps d'essayer à son tour de replacer Nathan Beaulieu sur le droit chemin.

L'heure tourne, bien sûr, parce qu'Andrei Markov (39 ans) et Shea Weber (32 ans) ne sont plus « de jeunes poulets », mais on voit clairement une voie de passage à moyen terme qui permet de voir ce que des joueurs comme Jakub Jerabek, Noah Juulsen ou Victor Mete peuvent éventuellement apporter au club.

J'ajouterais que, de Jeff Petry à Jordie Benn, en passant par Mark Barberio, ou encore Mike Weaver, Bergevin et ses sbires ont prouvé à de nombreuses reprises qu'ils savent soutirer aux autres équipes de bons défenseurs à des prix imbattables. Si on parie sur la capacité du groupe de dépisteurs en place pour pallier au départ de Sergachev, on peut faire pire que de se fier à leurs états de services en défensive.

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