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Le hockey en chiffres : Le jeu d'échecs commence

Bouchard : L'entraîneur Mike Sullivan a trouvé une façon de protéger ses éléments les plus faibles

par Olivier Bouchard / Chroniqueur LNH.com

L'entraîneur Mike Sullivan n'a pas mené les Penguins de Pittsburgh en Finale de la Coupe Stanley en jouant le livre. Le premier affrontement de cette série, une victoire de 3-2 face aux Sharks de San Jose lundi, nous a permis de le constater.

Si le score final est serré, les Penguins ont dominé les Sharks aux chances de marquer. Selon mes propres décomptes, ils ont eu l'avantage 19-12 à 5 contre 5 et 3-2 sur les unités spéciales.

Les Sharks sont un adversaire coriace, dont les forces sont bien connues. Deux excellentes paires de défenseurs et trois trios capables de contribuer offensivement sur une base régulière, pratiquant un système de contre-attaque basé sur un contrôle méthodique de la zone neutre.

Les Penguins ont l'avantage d'avoir trois attaquants d'élite qui ne jouent presque jamais ensemble, mais leur défensive, une fois passé Kristopher Letang, est pour le moins suspecte. Dans ce contexte, il est fascinant de voir qui, au cours du premier match, a été sur la glace lorsque les Penguins ont eu l'avantage aux chances de marquer. Si on classe les joueurs en fonction du différentiel de l'équipe aux chances en leur présence, on obtient le graphique suivant :

Je l'avoue, j'ai éclaté de rire lorsque j'ai vu ce graphique; Justin Schultz superstar! À mon sens, Schultz est le point faible de la défensive des Penguins, notamment parce qu'il se comporte à mes yeux de manière plus que douteuse dans son territoire. Seulement voilà : +9/-0 aux chances de marquer? Contre les puissants Sharks? C'est d'autant plus surprenant qu'il ne m'a pas semblé au cœur de l'action au cours de ce match…
On n'assiste pas à une métamorphose soudaine, mais bien au résultat d'un travail soigné de Sullivan et ses adjoints. Comment cacher un point faible aussi évident? Couper dans son temps de glace? On surexposerait alors les deux autres droitiers de l'équipe, Ben Lovejoy et Letang. Lovejoy, on le voit ci-dessus, en a déjà plein les bras et Letang, qui pratique un style de jeu basé sur une exploitation continue de son coup de patin explosif, joue déjà près de 30 minutes par match.
Il semble, pour dire les choses simplement, qu'on a décidé de cacher Schultz (et Ian Cole) en plein jour.
On demande de toute évidence à Letang et Brian Dumoulin de couvrir les meilleurs éléments adverses, soit le trio de Joe Thornton. On leur demande aussi de passer un peu de temps contre le deuxième trio des Sharks, celui de Logan Couture, mais celui-ci est surtout l'affaire d'Olli Maatta et Lovejoy.
Schultz et Cole sont, dans ce contexte, appelés à jouer principalement contre le troisième trio, celui de Chris Tierney.

Au final, Letang a légèrement calé contre Thornton pour se reprendre contre les autres trios, alors que Maatta et Lovejoy ont donné un peu plus qu'ils n'ont pris contre un peu tout le monde.

Schultz et Cole ont quant à eux annihilé le trio de Tierney. C'est assez fantastique, sur le plan graphique :

Bon, alors, la clé de l'énigme? C'est tout simple. Sullivan n'a pas que cherché à coller ses défenseurs à des trios adverses définis, il a aussi jumelé ses propres trios à ses propres défenseurs. Schultz et Cole ont été, sur ce point, en Cadillac. Des 13 minutes jouées par cette paire de défenseurs, 10 l'ont été en compagnie des trios réguliers de Sidney Crosby et Evgeni Malkin.

Letang, on le voit, a quant à lui travaillé avec tout le monde sauf Malkin, Maatta et Lovejoy ont eu à se démerder avec qui était disponible quand leur tour arrivait. On comprend que pour isoler Schultz et Cole, mais aussi pour appuyer Letang correctement (notez la prééminence du trio de Cullen, spécialiste des mises en zone défensive), quelqu'un quelque part devait jouer le rôle d'agneau sacrificiel. 

 

Il est évident que les Penguins ont basé cette formule sur une utilisation maximale du levier principal donné par le fait de jouer à domicile, soit le privilège de décider après son adversaire des joueurs qu'on enverra sur une mise en jeu. Jugez-en par vous-mêmes. 

 

En tenant Schultz et Cole loin des deux premiers trios sur les mises en jeu et en s'assurant de les jumeler aux deux premiers trios des Penguins lorsqu'ils étaient sur la glace, on a gagné en flexibilité pour organiser le travail du reste de la défensive. Il est impressionnant de voir à quel point Letang colle, dans ces occasions, aux patins de Thornton. De même, le rôle de Maatta et Lovejoy apparaît ici encore plus clairement.

Ce genre de manœuvre est fascinant, mais ça n'est qu'un (brillant) coup d'envoi. Les Penguins ont beaucoup usé du dégagement pour sortir la rondelle de leur territoire (62 dégagements contre 34 sorties en contrôle du disque; San Jose a fait 55 dégagements pour 48 sorties), signe qu'on continue sur la lancée tactique établie contre Tampa Bay. S'il y a eu adaptation, c'est qu'on ne semble pas avoir cherché à pratiquer un échec avant féroce. Les Penguins ont plutôt cherché, tout au long du match, à utiliser la vitesse de leurs attaquants pour déstabiliser les Sharks en leur enlevant des options de passe.

La bande de barbus de la Californie en a vu d'autres. Une première réponse va se manifester, mais si les finales d'associations nous ont enseigné quelque chose, c'est qu'on en a encore pour deux ou trois matchs à s'ajuster l'un à l'autre.

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