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Le hockey en chiffres : le dilemme des Blues

Ken Hitchcock doit trouver une façon de libérer Vladimir Tarasenko du jeu défensif de Marc-Édouard Vlasic

par Olivier Bouchard / Chroniqueur LNH.com

L'entraîneur des Blues de St. Louis Ken Hitchcock n'est pas né de la dernière pluie. Au-delà des bons mots d'usage, on doit donc supposer qu'il savait bien, après le premier match de la série finale de l'Association de l'Ouest, que tout ça n'allait pas se régler en trois coups de cuillère à pot. Après avoir battu les Sharks de San Jose 2-1 lors de ce premier affrontement, les Blues ont été blanchis deux fois avant d'enfin coller une deuxième victoire. Lundi soir, ils ont laissé filer deux maigres avances et ont vu les hommes de Peter DeBoer enfoncer le clou en troisième période.

Aux chances de marquer, les Blues n'ont jamais eu un avantage définitif. Seul le troisième match les voit aller chercher une toute légère avance. Mais les Sharks se sont adapté et ont depuis repris le dessus, menant la série 3-2 avec le match no 6 à San Jose mercredi (21h HE; TVA Sports, CBC, NBCSN). 

On semble, chez les Blues, incapable de s'adapter à l'échec avant des Sharks. Pire, ceux-ci sont manifestement en train de prendre la mesure de leur adversaire et gagnent en efficacité au fil de la série. La fréquence à laquelle les Sharks ont récupéré des rondelles en échec avant a connu une forte augmentation depuis le troisième match.

Lorsqu'on fait un ratio de ces rondelles récupérées sur le total des rondelles rejetées en territoire ennemi, le contraste est plus que net.

Encore plus remarquable, cet effort est, chez les Sharks, le fruit d'un effort partagé entre tous les trios. Chaque trio compte un des quatre meilleurs joueurs de l'équipe en récupération de rondelle. Du côté des Blues, les meneurs à ce chapitre jouent tous dans le top-6. Une belle illustration de l'équilibre remarquable de l'attaque des Sharks, bâtie autour de quatre trios tous capables de contribuer au pointage.

Cet équilibre, on le retrouve aussi du côté de la défensive de San Jose. Les deux premiers duos défensifs sont chargés du gros du travail, alors que la troisième paire voit son temps de jeu diminuer au à chaque ronde de séries éliminatoires.

Brent Burns et Paul Martin ont, on s'en doute, un rôle plus offensif. C'est en leur présence que les Sharks obtiennent le plus de chances de marquer (19 par heure jouée) mais, aussi, qu'ils en accordent le plus, soit 14 par heure jouée.

Marc-Édouard Vlasic et Justin Braun forment quant à eux un tandem à vocation plus défensive. On leur demande de couvrir le plus possible Vladimir Tarasenko, un travail dont ils s'acquittent de manière remarquable.

Le graphique ci-dessus ne rend pas tout à fait justice aux exploits de Vlasic et Braun. Lorsqu'ils sont réunis, ils n'ont accordé que quatre chances de marquer en plus d'une heure de jeu à 5 contre 5. En fait, ces quatre chances ont été infligées lors des 35 minutes jouées en présence de Tarasenko. Loin du #91 des Blues, Vlasic et Braun n'ont accordé aucune chance de marquer depuis le début de la série.

Ça n'est pas un petit problème pour Ken Hitchcock. Il ne peut espérer gagner sans une certaine contribution de son joueur étoile. Il est donc tentant de chercher à le soustraire à Vlasic et Braun. Seulement, s'il procède ainsi, il accepte alors de voir son équipe tomber au neutre absolu lorsqu'elle joue contre ces deux joueurs. La solution ne passe donc pas, du moins à mon sens, par un jeu de chat et de souris visant à libérer Tarasenko de ses tourmenteurs. Il me semble que le salut des Blues passe plutôt par une combinaison d'attaquants susceptibles de permettre au jeune Russe de mettre un peu plus de pression sur le blocus défensif des Sharks. 

Je soupçonne que la solution existe, et qu'elle se trouve sur le quatrième trio des Blues. Après avoir passé deux matchs à regarder le trio de Kyle Brodziak, Steve Ott et Scottie Upshall se faire varloper par les Sharks, Hitchcock a décidé de remplacer, à partir du troisième affrontement, les deux vétérans ailiers par deux joueurs plus jeunes, plus habiles et plus rapides.

Magnus Paajarvi et Dmitrij Jaskin ont donné un sérieux coup de piston à leur trio. Après n'avoir créé qu'une maigre chance de marquer en deux matchs, la quatrième ligne a, au cours des trois derniers affrontements, obtenu sept chances de marquer et n'en a concédé que deux. Et c'est surtout Jaskin qui s'est démarqué, en obtenant deux chances de marquer et, surtout, pas moins de huit sorties de zone défensive en contrôle du disque.

Une part importante du succès des Sharks contre Tarasenko s'explique par leur capacité à l'attaquer physiquement. Parce qu'il aime « peser » sur ses adversaires pour se faire de l'espace, Tarasenko recherche ces confrontations. Mais il a besoin d'aide. Jori Lehtera et Jaden Schwartz sont deux joueurs fort habiles, mais il est évident qu'à ce stade-ci, ils peinent à aider Tarasenko à établir des attaques durables en zone ennemie du simple fait qu'ils n'ont pas la capacité de pousser l'aspect physique du jeu. Jaskin, qui n'est pas privé d'habiletés (il a marqué 20 buts en 63 matchs dans la Ligue américaine de hockey), est rapide et, surtout, apte au jeu rude dans les tranchées. Son combat avec Roman Polak était sur ce point révélateur : le jeune n'en finissait plus de brasser le vétéran qui, à bout de nerfs, a cherché à s'imposer autrement.

La manœuvre n'est pas évidente. Faire monter Jaskin aux côtés de Tarasenko implique, après tout, de descendre Schwartz sur la deuxième ligne et, de là, repousser un autre vétéran un peu plus bas. Geste difficile à imaginer dans des circonstances aussi tendues. 

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