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Bouchard: Un premier été occupé pour John Chayka

Notre chroniqueur revient sur la première saison morte du nouveau DG des Coyotes

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Les Coyotes de l'Arizona ont pris le monde du hockey par surprise en mai. Éternels éconduits au classement, les Coyotes ont décidé de chambouler leur personnel de direction, en embauchant le plus jeune directeur général de la LNH, John Chayka, âgé de 26 ans. L'âge du candidat a certes fait sourciller, mais c'est surtout son parcours qui a retenu l'attention.

Après une carrière écourtée par les blessures, Chayka a continué de travailler dans le hockey. Àl'œuvre dans une école de hockey alors qu'il n'a encore que 19 ans, Chayka réalise que l'analyse vidéo permet non seulement d'observer le comportement des joueurs, mais aussi de recueillir des données à leur sujet. C'est autour de ce principe qu'il va bâtir son entreprise, Stathletes, qui visait à procurer aux équipes professionnelles des données et des analyses poussées pour améliorer leurs processus décisionnels.

En lui permettant de sauter ainsi la clôture, on peut soupçonner que les Coyotes n'ont pas tant été séduit par la possibilité d'être dirigés par un amant du boulier, que par le désir de confier le poste à une personne qui amène un regard neuf sur les processus de prise de décision qui sont au cœur de l'organisation.

Si c'est le cas, il s'agit à mon sens d'un geste plus radical qu'on ne le croie. Le hockey me laisse souvent l'impression d'un milieu conservateur, où l'évaluation des manières de faire passe souvent au second plan, les décideurs ayant plutôt tendance à s'entourer de « leur monde ».

Chayka n'est pas un outsider total (il avait des contacts avec différents DG par son entreprise ainsi qu'avec des agents de joueurs), mais il ne fait certainement pas partie de la vieille garde.

C'est pourquoi ce premier été à la barre des Coyotes s'est révélé être fort intéressant. Chayka a été très actif et on l'a vu travailler à maximiser ses maigres ressources. Sa principale innovation a été, selon moi, de trouver le moyen de transformer une limitation réelle de l'équipe (son manque de moyens financiers) en levier lui permettant d'acquérir des ressources qui lui sont plus utiles.

Les Coyotes sont une franchise démunie, on le sait tous. Concrètement, ça veut dire qu'année après année, on y cherche à dépenser le moins d'argent possible en salaires, en frôlant autant que se peut le plancher salarial. Chayka a repris cette logique et l'a poussée un cran plus loin.

Parmi les limites imposées à tous les clubs, deux doivent être rappelées pour bien comprendre ce que Chayka a fait. Premièrement, les équipes ne peuvent pas avoir plus de 50 joueurs professionnels sous contrat, seuls les contrats de recrues jouant encore dans les rangs mineurs sont exclus (exemple : Mikhail Sergachev pour les Canadiens de Montréal). Deuxièmement, l'espace occupé par un joueur sous le plafond salarial est déterminé par la valeur totale de son contrat, divisée par sa durée. Shea Weber va recevoir 12 millions $ en salaire lors de la prochaine saison, mais occupe 7,8 millions $ d'espace sous le plafond, son contrat lui rapportant 110 millions en 14 saisons.

Quand des joueurs ne peuvent plus jouer ou ne veulent plus jouer, les choses se complexifient pour l'équipe qui les emploie. C'est ce genre de situations que les Coyotes ont appris à utiliser au fil des saisons, un avantage que Chayka a poussé à son maximum cet été.

Le cas de Datsyuk était aussi exceptionnel qu'intéressant. Désireux de retourner dans la KHL, il a accepté de renoncer à sa dernière saison de contrat. Selon les règles de la LNH, cela signifie que les Red Wings devaient quand même réserver l'espace salarial de ce contrat sous leur plafond. À 7,5 millions, ça n'est pas un détail, même si l'équipe n'a pas à débourser un sou.

Chayka a bien entendu sauté sur l'occasion. En envoyant un choix de première (le 20e) et de deuxième ronde ainsi que l'attaquant Joe Vitale contre Datsyuk et le choix de première ronde des Red Wings, Chayka s'est non seulement trouvé à améliorer son rang au repêchage, mais il s'est aussi, par la bande, débarrassée d'un salaire d'un million promis à un joueur blessé. Vitale, victime d'une commotion cérébrale l'an dernier, ne semble pas pouvoir revenir au jeu l'an prochain.

Vient ensuite le cas de Dave Bolland. Incapable de revenir au jeu et titulaire d'un contrat excessivement lourd (5,5 millions par saison pour les trois prochaines campagnes), Bolland pesait de plus en plus lourd chez les Panthers de la Floride, où on cherche à mettre sous contrat les jeunes joueurs au cœur de la relance de l'équipe.

Ici encore, Chayka a utilisé le fait qu'il possède une plus grande marge de manœuvre sur le plan financier pour acquérir des actifs. Pour se débarrasser de cet encombrant contrat, les Panthers ont dû céder Lawson Crouse aux Coyotes, contre un choix de troisième ronde et un autre, conditionnel, de septième ronde.

Choisi au 11e rang du repêchage de 2015, il n'est pas dit que Lawson Crouse sera un joueur d'impact dans la LNH, mais il semble de plus en plus clair qu'il sera, d'ici peu, prêt à passer des auditions pour un poste de régulier sur un troisième trio. Ayant encore trois saisons à écouler à son contrat de recrue, rendu à la porte de la LNH, Crouse a une réelle valeur pour une équipe comme les Coyotes, qui cherche à articuler un virage jeunesse autour des Max Domi et Anthony Duclair. S'il s'établit rapidement, Chayka pourra le mettre sous contrat une deuxième fois avant d'avoir à risquer de le soumettre à l'arbitrage salarial. Bref, on vient probablement de récupérer quatre bonnes saisons à prix minimal.

Ce genre de manœuvre n'est pas sans risques. Ayant déjà Chris Pronger comme joueur fantôme ainsi que deux contrats rachetés (ceux de Mike Ribeiro et d'Antoine Vermette), les Coyotes trimballent beaucoup d'argent « mort ». À regarder Chayka aller, on peut soupçonner que les contrats de Pronger et Bolland sont, ne serait-ce qu'en partie, couvert par des assurances.

Mais il reste fascinant de voir comment ce jeune DG a décidé de redoubler d'ardeur quant à l'utilisation de l'espace dont dispose l'équipe sous le plafond salarial. Ces contrats « toxiques » s'achèvent tous d'ici trois ans, soit avant que les jeunes vedettes du club ne commencent à pouvoir exiger des salaires importants. On a donc décidé d'utiliser ces trois saisons pour extorquer des ressources supplémentaires en personnel aux équipes aux prises avec des ententes toxiques.

Alors que les premiers gros contrats signés à l'ère du plafond salarial arrivent à terme (et que les joueurs qui les ont signés s'avèrent moins aptes à donner un rendement acceptable pour le prix payé), mais aussi alors que des contrats à long terme continuent d'être offerts à des agents libres âgés de 30 ans et plus chaque été, parions que ce marché secondaire des contrats toxiques ne fait que commencer à se déployer.

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