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Bouchard : L'heure de la reconstruction au Colorado?

L'Avalanche connaît une saison de misère, mais l'équipe doit résister à la tentation de se débarrasser de ses joueurs clés

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

L'Avalanche du Colorado a connu une saison exceptionnelle à l'arrivée de Patrick Roy à la tête du club en 2013-14. Mais depuis, la situation se dégrade irrémédiablement. L'heure semble venue de passer définitivement à la reconstruction, un projet qui s'annonce pénible.

Rappelons d'emblée que les succès récents du club n'ont jamais été basés sur une fondation solide. En gros, le club de 2013-14 doit ses succès à deux facteurs : l'opportunisme des tireurs (l'équipe convertit près de 9 pour cent de ses tirs en buts à 5 contre 5) et une saison exceptionnelle du gardien Semyon Varlamov. Mais le taux de tirs obtenu reste quant à lui famélique, l'équipe obtenant 47 pour cent des tirs tentés lors de cette saison. Ce taux va baisser à 44, puis 43 pour cent lors des saisons subséquentes, avant de retourner à 46 pour cent pour la présente saison.

Les taux de conversion vont tenir le coup en 2013 et 2014, et s'effondrent depuis : 8,8, 8,7, puis 7,7 et enfin 6,7 pour cent pour la campagne actuelle. Varlamov et ses adjoints tiennent le fort pendant trois ans. Depuis 2013, le taux d'arrêts de l'équipe à 5 contre 5 oscille, mais reste toujours largement supérieur à la moyenne : 0,929, 0,926, 0,927. Depuis le début de la saison 2016-17, l'édifice s'est effondré, avec un taux de 0,908.

Bien des gestes posés depuis trois ans n'ont tout simplement pas rapporté les dividendes espérés. On a laissé partir Paul Stastny sur le marché des joueurs autonomes pour mettre l'argent ailleurs, notamment sur les jeunes qui montaient. En soi, c'était une bonne idée. Mais on n'a pu s'empêcher de donner des sommes faramineuses à d'autres agents libres aux états de services moins convaincants. Jarome Iginla, mis sous contrat en 2014, a donné des saisons de 59 et 47 points, alors que Carl Soderberg, arrivé l'été suivant, a donné une saison de 51 points au club. Seulement, ces deux joueurs reçoivent un salaire combiné de plus de 10 millions $, et si Iginla en est à la dernière saison de son contrat, Soderberg (31 ans) a encore quatre ans à écouler au sien. Et Iginla est aujourd'hui le plus prolifique des deux, ayant obtenu 11 points contre 10 pour Soderberg.

Même problème en défensive : on a donné un contrat de trois ans à François Beauchemin. Le vétéran de 36 ans a répondu avec une de ses meilleures saisons en carrière l'an dernier (36 points). Mais il n'a que huit points cette saison et, selon Corsica.Hockey, le taux de tirs obtenu de l'équipe passe de 47 à 44 pour cent lorsqu'il saute sur la glace. Fort de tous ces gestes, on a échangé l'an dernier Ryan O'Reilly, obtenant en retour un défenseur prometteur (Nikita Zadorov) et un espoir offensif ayant besoin d'un nouveau départ (Mikhail Grigorenko). Zadorov voit lui aussi le taux de tirs obtenu de son équipe glisser de 47 à 44 pour cent lorsqu'il saute sur la glace, alors que Grigorenko semble incapable de s'établir comme un joueur de top-9 productif.

Le plus décourageant reste probablement le fait que la meilleure chose à faire, présentement, est justement de ne rien faire. Si une autre équipe semble intéressée à un vétéran, alors qu'on l'échange pour laisser de la place à des joueurs qui sont du groupe d'âge de Landeskog (24 ans), Duchene (25 ans) et MacKinnon (21 ans). Mais autrement, il est inutile d'échanger ces jeunes talents, qu'on devra alors remplacer.

Outre Tyson Barrie et Erik Johnson, François Beauchemin est le seul membre de la brigade défensive encore sous contrat l'an prochain. En attaque, le contrat de Soderberg est le seul à représenter un poids significatif, les autres ne sont pas des sommes considérables. Enfin, Semyon Varlamov n'a certainement pas, à 28 ans, oublié comment garder les buts.

Bref, on doit s'abstenir de paniquer au Colorado et tirer pleinement parti du prochain repêchage, qui pourrait leur rapporter un des cinq premiers choix, peut-être même le premier. Outre le Suédois Timothy Liljegren, la cuvée 2017 s'annonce plutôt maigre en défenseurs, mais si on réussit à mettre la patte sur ce bel espoir, les choses pourraient rapidement prendre une tournure plus intéressante.

Les bonnes équipes ne sont pas que constituées de joueurs d'élite, elles ont de la profondeur. L'Avalanche a en main une série de pièces maîtresses, qu'on a tenté d'entourer et soutenir via le marché des joueurs autonomes, où on a fait l'acquisition de vétérans au prix fort. On a dû, pour ce faire, sacrifier un des jeunes piliers de l'équipe (O'Reilly). Ce plan a échoué lamentablement, mais les pièces maîtresses sont encore dans la fleur de l'âge pour quelques saisons. La première vraie échéance survient dans trois ans, lorsque Duchene aura écoulé la dernière année de son contrat. D'ici là, si on peut réchapper Zadorov, voir même Éric Gélinas, on peut consolider la défensive et redonner un peu de tonus à l'équipe. Mais il me semble surtout que, vu l'absence de profondeur de l'équipe à l'attaque comme en défensive, qu'on doit éviter à tout prix de se départir de membres du noyau d'attaquants pour amener du renfort à d'autres positions.

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