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Matthews et Laine pourraient devenir de grands rivaux

Le centre des Maple Leafs et l'attaquant des Jets disputeront le premier de nombreux matchs l'un contre l'autre mercredi soir

par Dan Rosen @drosennhl / Journaliste principal NHL.com

Auston Matthews et Patrik Laine partagent un contexte qui risque de les lier à jamais, comme il faut s'y attendre dans le cas de Connor McDavid et Jack Eichel, comme on l'a vu dans le cas de Sidney Crosby et Alex Ovechkin, et comme on se souvient de l'avoir vécu dans le cas de Wayne Gretzky et Mario Lemieux.

Matthews, 19 ans, et Laine, 18 ans, qui ont respectivement été les deux premiers choix du repêchage 2016 de la LNH, sont des recrues. Ils occupent des positions différentes. Ils ne jouent pas dans la même association, Matthews s'alignant avec les Maple Leafs de Toronto dans l'Association de l'Est et Laine, avec les Jets de Winnipeg dans l'Association de l'Ouest.

Rien ne semble favoriser une rivalité entre eux, et pourtant ce sont bel et bien des rivaux. C'est pourquoi ils sont liés et c'est pourquoi leur présence pourrait avoir des retombées positives dans la LNH pendant de nombreuses années.

Quand le nom de l'un est mentionné, le nom de l'autre suit inévitablement quelques secondes plus tard. Quand l'un d'eux réalise quelque chose de spécial, comme Matthews l'a fait à l'occasion de sa prestation historique de quatre buts à ses débuts dans la LNH, mercredi dernier, tous les yeux se tournent vers l'autre pour voir s'il pourra faire la même chose, et comment il y arrivera.

La table est donc mise en vue de mercredi soir, quand Matthews et Laine s'affronteront pour la première fois dans la LNH alors que les Jets recevront les Maple Leafs au MTS Centre (20 h (HE); SN, NHL.TV).

Les feux de la rampe qui seront braqués sur eux à Winnipeg brilleront un peu moins fort que les projecteurs qui seront dirigés vers eux tout au long de leurs carrières, un peu moins que les projecteurs qui éclairent tous les grands talents « générationnels » lorsqu'ils s'amènent dans la LNH en même temps ou lorsqu'ils sont à leur sommet au même moment.

Crosby et Ovechkin ont vécu ce phénomène depuis qu'ils ont fait leurs débuts dans la LNH ensemble en 2005-06. Chaque match entre les Penguins de Pittsburgh et les Capitals de Washington revêtait une atmosphère spéciale parce qu'ils étaient là.

Ils se sont affrontés deux fois en séries éliminatoires de la Coupe Stanley, alors que Crosby et les Penguins ont eu le dessus sur Ovechkin et les Capitals à chaque fois. Crosby a remporté la Coupe Stanley à deux reprises tandis qu'Ovechkin n'est jamais allé au-delà du deuxième tour éliminatoire.

Sur le plan individuel, Crosby est le meneur chez les joueurs actifs et il occupe le cinquième rang chez les joueurs ayant pris part à plus de 650 matchs au chapitre de la moyenne des points par match en carrière, soit 1,33 (983 en 707 rencontres). Ovechkin est le meneur chez les joueurs actifs pour les buts par match, avec une moyenne de ,624 (525 en 841 rencontres).

Les discussions ayant but de déterminer qui, de Crosby ou Ovechkin, est le meilleur se poursuivent depuis qu'ils ont fait la pluie et le beau temps en tant que recrues dans la LNH, il y a 12 saisons. Le fait qu'il s'agisse d'un débat injuste en raison des différents rôles qu'on leur donne semble n'avoir aucune importance. Les palabres de cette nature continueront bien après leurs retraites respectives.

Au risque d'aller trop vite en affaires, il pourrait fort bien arriver la même chose dans le cas de Matthews et Laine.

Gretzky et Lemieux peuvent en témoigner, et ce, même si Lemieux n'a fait ses débuts dans la LNH qu'en 1984, après que Gretzky eut remporté le premier de ses quatre championnats de la Coupe Stanley avec les Oilers d'Edmonton.

Gretzky est « The Great One » avec ses 61 records de la LNH, mais bon nombre d'experts affirment que Lemieux était meilleur. Plusieurs d'entre eux se demandent s'il aurait affiché des statistiques égales ou supérieures à celles de Gretzky si sa carrière n'avait pas été écourtée par de graves maux de dos et le cancer.

Gretzky a affiché des moyennes de ,601 but et 1,92 point par match durant sa carrière (894 buts et 2857 points en 1487 matchs), comparé à des moyennes de ,754 but et 1,88 point par rencontre pour Lemieux (690 buts et 1723 points en 915 rencontres).

En raison des discussions à leur sujet, la rivalité entre Gretzky et Lemieux est restée bien vivante plusieurs années après qu'ils eurent cessé de jouer. Et ce, même si tout ce qu'on dit à leur sujet n'a aucun impact sur l'héritage qu'ils ont chacun laissé.

Steve Yzerman et Joe Sakic ont arraché les projecteurs à Gretzky et Lemieux au milieu des années 1990 et les ont gardés sur eux jusqu'au début du nouveau siècle, alors qu'ils se sont retrouvés à l'avant-plan de la grande rivalité entre les Red Wings de Detroit et l'Avalanche du Colorado.

Les Red Wings et l'Avalanche se sont rencontrés en séries éliminatoires de la Coupe Stanley à cinq reprises de 1996 à 2002 et, ensemble, ils ont remporté cinq des Coupes Stanley qui ont été octroyées durant cette période de temps. Yzerman et Detroit l'ont emporté en 1997, 1998 et 2002; Sakic et le Colorado ont tout raflé en 1996 et 2001.

Le fait qu'Yzerman et Sakic aient été repêchés à quatre ans d'intervalle (Yzerman en 1983 et Sakic en 1987) n'a jamais eu d'importance alors que la rivalité entre les deux clubs était à son sommet.

En fait, ils y sont allés de prestations quasi identiques durant les 17 saisons où ils ont joué en même temps dans la Ligue (1988-2006), alors que Sakic a inscrit 1,20 point par match en moyenne (1489 points en 1237 matchs) et Yzerman, 1,18 point par rencontre (1375 points en 1159 sorties).

De la même manière, les sept ans qui séparent les gardiens Patrick Roy et Martin Brodeur ont peu d'importance quand vient le temps de mettre en relief le lien qui les unit. Il est impossible de tenir une discussion sur l'identité du meilleur gardien de tous les temps sans mentionner les deux.

Roy est arrivé avant et il a établi la marque de 551 victoires en carrière, ce qui était un record de la LNH à l'époque. Motivé par les exploits de Roy, Brodeur a pulvérisé cette marque en complétant sa carrière avec 691 victoires - un chiffre qui semble désormais impossible à atteindre.

Brodeur a remporté 363 matchs et décroché la Coupe Stanley trois fois, tandis que Roy a signé 326 victoires et soulevé la Coupe à deux reprises durant les 10 saisons où ils ont joué dans la Ligue en même temps (1993-2003).

Retournez encore plus loin en arrière, jusqu'à l'époque des six équipes originales et vous retrouverez un Gordie Howe qui s'établit comme le grand rival de Maurice « Rocket » Richard à la fin des années 1940 et dans les années 1950, puis qui se dresse devant Bobby Hull dans les années 1960 et 1970.

Howe a marqué 446 buts comparativement à 426 pour Richard durant les 14 campagnes où ils ont joué en même temps dans la Ligue (1946-60). Hull a enregistré 554 buts dans la LNH et Howe, 443 lors des campagnes qu'ils ont eues en commun, de 1957 à 1971. Howe avait toutefois 29 ans déjà quand Hull a fait ses débuts dans la LNH à l'âge de 18 ans en 1957.

Au fil du temps et s'ils atteignent leur potentiel, Matthews et Laine risquent de se pousser l'un l'autre à mieux faire et ils chercheront sans aucun doute à répliquer aux exploits de l'autre ; c'est ainsi que leur rivalité demeurera intacte et que le lien qui les unit restera solide, comme on l'a vu de nombreuses fois par le passé dans la LNH avec d'autres joueurs de premier plan.

Ils n'ont pas demandé à se retrouver au centre de tout cela. C'est leur talent et leurs dates de naissance qui ont donné lieu à une telle situation. Ils ne peuvent y échapper, par contre. Le lien est réel, le lien est solide et c'est tant mieux pour la LNH.

« On dirait bien qu'on voit ça régulièrement, a déclaré Gretzky la semaine dernière à Edmonton. Quand Mario [Lemieux] a pris sa retraite et quand Mess [Mark Messier] a pris sa retraite, on demandait qui allait assurer la relève ensuite. Et puis sont arrivés Crosby et Ovechkin, et ensuite on s'est demandé, "OK, quel âge ont-ils maintenant et qui seront les suivants?"

« Le hockey a toujours été en bonne santé à ce point de vue, nous finissons toujours par dénicher tous les 10 ou 15 ans des joueurs qui sont non seulement bons, mais qui sont aussi de vraies bonnes personnes. C'est ce qui rend notre sport si spécial et unique. »

 

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