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Aller-simple vers Montréal

par Staff Writer / Montréal Canadiens

MONTRÉAL - Après plusieurs années à vivre dans ses valises, Paul Byron pourra dorénavant s’établir à un endroit fixe.

Si la vie de joueur de hockey présente de nombreux avantages, elle comporte également son lot d’inconvénients. Depuis ses débuts dans les rangs professionnels en 2009-2010 dans l’organisation des Sabres de Buffalo, Paul Byron a eu l’occasion de garnir sa banque de points Aéroplan en raison de ses nombreux va et vient entre la Ligue américaine et la Ligue nationale. Devant s’adapter à différents environnements rapidement, de Portland dans l’État du Maine et ensuite Buffalo, jusqu’à Calgary en passant par Abbotsford en Colombie-Britannique, l’attaquant originaire d’Ottawa en a vu du pays depuis qu’il a quitté la région de la capitale nationale.

En plus d’avoir à s’établir dans plusieurs logements au fil des années, il n’a jamais su d’avance lorsqu’une saison se terminait s’il allait devoir s’afférer à la recherche d’un nouveau logis l’automne suivant. C’est une situation avec laquelle un jeune joueur célibataire peut composer, mais lorsque vous êtes marié et père de deux jeunes enfants, devoir constamment être en mouvement peut être un peu plus délicat.

Contrairement aux quatre dernières saisons alors que les dirigeants des Flames ont toujours attendu le mois de juillet et presque le mois d’août avant de lui consentir des contrats d’un an, ceux des Canadiens ont offert quelque chose de tout nouveau à la famille Byron il y a quelques mois : de la stabilité.

« Nous avons tenté d’avoir une certaine stabilité à Calgary mais nous n’avons pas réussi. Vivre dans ses valises sans savoir où vous allez être à chaque année avec une famille de deux enfants est très difficile. J’en suis venu à la conclusion que de vouloir plus d’argent sur le marché des joueurs autonomes n’était pas ce que notre famille souhaitait », souligne Byron, qui a paraphé une nouvelle entente de trois saisons avec le Tricolore le 23 février dernier. « Nous aimons Montréal, nous aimons la ville, nous aimons l’équipe et nous adorons notre situation. Sarah est francophone, c’était donc idéal pour nous. Aller ailleurs n’a jamais été une question. Nous recherchions cette stabilité parce que nous voulions être à Montréal sans avoir à recommencer chaque année. »

Ayant la chance de s’établir à environ deux heures de route de leur région natale ne pouvait pas mieux tomber pour les Byron. Si Paul a été habitué aux nombreux déplacements au cours de sa carrière – autant pour des matchs que pour des rappels – sa femme Sarah a également dû s’acclimater à ce style de vie au cours des dernières années. Elle n’a pas hésité à suivre son mari à chaque endroit où le hockey l’a mené. Le rapide attaquant est conscient que cette situation n’a pas toujours été facile pour sa complice. Ils pourront maintenant poursuivre leur vie au même endroit pour au moins les trois prochaines années.

Voir quitter Paul Byron de Calgary a été très difficile pour Bob Hartley, mais le voir aboutir à Montréal avec son bon ami Michel Therrien l’a réconforté.

« Ma femme a emménagé avec moi à ma deuxième saison professionnelle, lorsque j’étais à Portland. Elle étudiait à l’Université d’Ottawa et elle avait une session de congé parce qu’elle était en transition vers un baccalauréat. Quand elle est retournée chez elle pour l’école quelques mois plus tard, elle a pris la décision d’étudier à distance et de venir dans l’Ouest avec moi », indique Byron, qui a rencontré sa future épouse alors que les deux allaient au même cégep en Outaouais. « De Portland à Ottawa ce n’est pas si loin, seulement sept heures de route. Mais d’Ottawa à Abbotsford est dans une autre catégorie et nous voulions faire évoluer notre relation. Elle a toujours été là pour moi et m’a toujours suivi. Elle a probablement fait encore plus de sacrifices que moi. »

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Si Paul et son clan sont heureux de la situation dans laquelle ils sont aujourd’hui, ils peuvent remercier d’une certaine façon les Flames de Calgary de l’avoir soumis au ballotage à quelques heures de l’ouverture de la dernière saison. Si cette décision a été difficile à avaler sur le coup pour Byron, elle lui aura permis d’obtenir un nouveau départ après quelques saisons difficiles, où il a été ralenti par de nombreuses blessures.

Malgré le fait qu’il ait justement raté 71 matchs entre 2012 et 2015 et que cette situation a joué un grand rôle dans le choix de la formation albertaine, le voir quitter sous d’autres cieux a été déchirant pour certains membres des Flames. Notamment pour son ancien entraîneur-chef, Bob Hartley.

« Ça a été très difficile de le voir partir. Quand on lui a annoncé qu’on allait le placer au ballotage, j’avais de gros doutes qu’une équipe irait le chercher. Ayant un énorme respect pour Paul, j’étais très divisé face à cette situation parce que je me disais que si une équipe allait le chercher, elle ferait un super bon coup. Elle aurait non seulement un excellent joueur de hockey, mais aussi une meilleure personne dans son entourage », atteste Hartley, qui a dirigé Byron durant trois saisons à Calgary. « On espérait qu’il ne soit pas réclamé parce qu’on voulait le garder. Je savais qu’il aurait eu un rôle important au sein de notre équipe. Quand on a appris qu’il était réclamé, Paul et moi nous nous sommes parlé dans mon bureau et nous avons eu une discussion très émotive.

« Je l’ai beaucoup aimé. On a vraiment bien travaillé ensemble et j’ai vraiment apprécié chaque moment qu’on a passé ensemble », poursuit le lauréat du trophée Jack-Adams dans la LNH en 2015. « J’étais déçu de le voir partir, mais d’un autre côté, je savais qu’il allait dans une excellente organisation et ça me réconfortait beaucoup. »

S’il a été surpris par cette décision des Flames, il la comprend, sachant que c’est la nature du hockey dans la LNH. Il a été toutefois beaucoup moins compréhensif une dizaine d’années plus tôt lorsque toutes les formations de la Ligue de l’Ontario l’avaient ignoré au repêchage de l’OHL… à deux reprises. Même s’il était un des meilleurs joueurs de son âge de son secteur depuis plusieurs années, aucune équipe du circuit ne lui a offert une chance de se faire valoir en raison de sa petite taille. Pas même les 67’s d’Ottawa, de qui l’aréna n’était qu’à quelques kilomètres de son domicile.

Convaincu du potentiel de Byron, la décision de Benoit Groulx de le jumeler à Claude Giroux a rapidement porté fruits puisque le duo a joué un grand rôle dans la conquête de la coupe du Président des Olympiques de Gatineau, en 2007-2008.

Réussissant à se tailler un poste avec une formation Junior B après avoir été retranché du Junior A parce qu’il – vous l’aurez deviné – était jugé trop petit, ses excellentes performances ont piqué la curiosité de la formation junior majeure qui évoluait de l’autre côté de la rivière des Outaouais. L’entraîneur-chef des Olympiques de Gatineau Benoit Groulx avait obtenu plusieurs rapports favorables sur Byron, mais comme plusieurs avant lui, il avait des doutes à son endroit.

« On est finalement allé le voir jouer et en arrivant là, on a vu qu’il mesurait 5-pieds-7 et pesait 132 livres. Mais ma première impression a été qu’il était le meilleur joueur sur la glace. Je n’en revenais pas. Il pesait 130 livres! Comment allait-il survivre! Lors du match, son équipe avait gagné quelque chose comme 10 à 9 et il avait terminé sa soirée avec deux buts et sept passes », se souvient Groulx, qui a eu Byron sous ses ordres durant deux saisons dans la LHJMQ. « Il avait 16 ans et il réussissait à se démarquer dans une ligue Junior B où ça brassait pas mal. On se demandait s’il allait être capable de s’adapter au junior majeur. Il est arrivé à notre camp, il a connu une belle progression et à Noël j’ai échangé un joueur plus âgé pour lui faire de la place dans notre Top 6. »

Devenant l’un des piliers offensifs des Olympiques, c’est justement au cours de son séjour à Gatineau que Bryon a ajouté une corde à son arc, la même qui a été sa marque de commerce cette année à Montréal. Groulx a voulu inculquer à son attaquant l’importance du jeu défensif en l’utilisant dans différentes situations de jeu, notamment en infériorité numérique. Et c’est dès qu’il l’a jumelé à la vedette de son équipe, Claude Giroux, que Byron a pris son envol et le duo a joué un grand rôle dans l’incroyable parcours des Olympiques, qui s’est conclu au tournoi de la coupe Memorial en 2008.

En plus de se mériter un contrat de trois saisons, les efforts de Byron ont été soulignés en fin de saison lorsqu’il a été choisi lauréat du trophée Jacques-Beauchamp-Molson pour la saison 2015-2016.

« Beaucoup de joueurs ne réalisent pas l’importance d’être bon dans les trois zones de la glace. On a donc commencé à utiliser Paul en désavantage numérique et plus ça avançait, plus il devenait un joueur complet. Dès qu’on l’a mis avec Claude, ils sont devenus un duo explosif. Ils ont été phénoménaux et ils ont marqué plusieurs gros buts pour nous durant les séries éliminatoires. Lorsqu’ils évoluaient ensemble en désavantage numérique, il y a des soirs où l’équipe adverse n’était vraiment pas confortable à 5 contre 4 avec Paul et Claude sur la glace », atteste Groulx en riant, qui a vu la paire amasser 83 points en 19 sorties éliminatoires en 2007-2008, 32 provenant de Byron. « Il a toujours suivi les étapes. Il n’a jamais vu sa petite taille comme un handicap. Quand il est sur la glace, il se voit gros, il patine et il a confiance en lui. Ça paraît tout le temps lorsqu’il est sur la patinoire. »

C’est par contre à sa dernière saison à Gatineau qu’il a connu sa meilleure production offensive, et ce, sans la présence de Giroux à ses côtés. Il voulait constamment prouver à ses détracteurs qu’ils avaient tort de le sous-estimer. Sa dernière campagne dans la LHJMQ a été savoureuse pour plusieurs raisons. En plus de prouver qu’il pouvait être un élément important sans supervedette dans les parages, il a également démontré qu’il méritait une chance de continuer son ascension vers les niveaux supérieurs. Ce que plusieurs par le passé n’ont pas voulu lui offrir.

« En y repensant, oui c’était comme une vengeance. Les 67’s étaient dans ma cour et un de leurs recruteurs assistait à presque tous mes matchs, mais ils ne m’ont jamais parlé. C’était dur à prendre, mais en même temps, ça m’a permis d’avoir l’opportunité d’être avec une équipe et dans une ligue qui m’a transformé en meilleur joueur que je ne l’aurais été dans l’OHL », exprime Byron, qui a ensuite amorcé son ascension chez les professionnels dans l’organisation des Sabres, eux qui l’avaient repêché en sixième ronde en 2007. « Beaucoup de personnes ont douté de mes habiletés offensives. Certains pensaient que c’était simplement Giroux, Giroux et toujours Giroux. Ma dernière saison a été cruciale parce qu’elle a démontré que j’étais un catalyseur à l’attaque pour mon équipe et que ce n’était pas seulement Claude qui marquait tous les buts. »

Malgré tous les succès qu’il a connus dans les rangs Juniors, six années se sont écoulées avant que Byron ne fasse véritablement sa niche dans la LNH. Ses passages à Buffalo et Calgary ont été ponctués de malchance et de mauvaises circonstances. Aujourd’hui âgé de 27 ans, il a prouvé en 2015-2016 que les dirigeants du Tricolore avaient raison de lui avoir fait confiance. En plus de réaliser de nouveaux sommets dans la Ligue en disputant 62 parties et en inscrivant 11 buts, il a été utilisé dans presque chaque situation de jeu possible. Et puisqu’il a répondu présent chaque fois, on a voulu qu’il continue de le faire encore quelque années à Montréal.

Paul, sa femme Sarah et leur deux jeunes enfants Elianna et Brysen s’établiront sur une base permanente à Montréal cet été.

« C’est très mérité, mais d’un autre côté je ne pense pas que son instabilité l’affectait trop. Ça a été l’histoire de toute sa carrière. Ce n’était pas quelque chose de nouveau pour lui », fait remarquer Hartley, qui avait vanté les mérites de Byron à son bon ami Michel Therrien lorsque le Tricolore s’est vu octroyer ses services. « Mais de nos jours, avec le fait qu’il est marié et père de deux jeunes enfants, avoir été capable d’aller chercher un contrat de trois ans augure bien pour lui et c’est pleinement mérité. »

Puisqu’il sait où il sera en octobre prochain, Byron a décidé de s’établir sur une base permanente à Montréal au cours de la saison estivale. Même s’il s’est éloigné d’Ottawa, il pourra tout de même continuer de compter sur sa famille et celle de sa femme s’ils ont besoin de faire garder les enfants. Après tout, ses proches n’auront jamais été aussi près d’eux depuis plusieurs années que maintenant. Cette nouvelle stabilité comporte plusieurs avantages qui n’ont tout simplement pas de prix.

« Ce sera la première fois que je ne serai pas stressé en juillet, me demandant où j’aboutirai. Cette sécurité est nouvelle pour moi et j’ai hâte de simplement pouvoir m’entraîner ici durant la saison morte », conclut Byron, qui a été nommé récipiendaire du trophée Jacques-Beauchamp-Molson en 2015-2016, pour avoir joué un rôle déterminant au sein de l'équipe durant la saison régulière, sans toutefois en retirer d'honneur particulier. « Une journée vous pouvez être à un endroit et le lendemain vous pouvez être ailleurs. Je suis content que tout se soit bien passé et je ne pourrais pas être plus heureux d’être à Montréal. C’est la meilleure chose qui ne me soit jamais arrivé. »

Hugo Fontaine écrit pour canadiens.com.

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