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Bouchard : Le cas Vladimir Tarasenko

Notre chroniqueur se penche sur le temps d'utilisation de l'explosif attaquant des Blues

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Les Blues de St. Louis ont fini par venir à bout des Blackhawks de Chicago. On peut dire qu'ils ont eu besoin de tout leur petit change pour parvenir à leurs fins, gagnant le septième match par un but. Mais un des événements les plus intéressants de cette série est survenu hors du jeu, lorsque Vladimir Tarasenko, lors du sixième match, a semblé envoyer promener son entraîneur lors de son retour au banc. La saute d'humeur n'est pas en soi un événement marquant, mais il a eu le mérite de porter notre attention sur un élément particulier, soit le temps de glace relativement restreint que l'entraîneur des Blues donne à son meilleur attaquant.

Il y a là une question de méthode. Depuis l'arrivée de Hitchcock à la barre des Blues, les attaquants de l'équipe passent en moyenne 41 secondes sur la glace par présence (toutes situations confondues). Au cours de trois des cinq dernières saisons, les Blues ont ainsi affiché le temps de jeu par présence le plus bas de la LNH, terminant 28e et 29e lors des deux autres saisons.

 

Les Blackhawks ne mangent pas de ce pain-là. Ils sont, bon an mal an, tout au mieux dans la grosse moyenne de la ligue et ont tendance à être parmi les équipes dont les attaquants ont les présences les plus longues.

Mais comme l'indiquait Ken Hitchcock en expliquant le cas Tarasenko, il y a la longueur des présences et il y a le nombre de présences. Parce que son jeune attaquant étoile pratique un style physique qui demande un haut niveau d'intensité, Hitchcock préfère l'obliger à des présences courtes, mais nombreuses.

Et lorsqu'on regarde le nombre de présences par match à 5-contre-5 depuis le début des séries, le contraste est des plus intéressants :

Les deux équipes envoient leurs meilleurs éléments sur la patinoire à peu près le même nombre de fois, entre 23 et 27 par match. Mais si on observe le temps passé sur la glace par présence, l'écart se creuse un peu plus.

 

Ce qui me fascine ici, c'est de voir à quel point Patrick Kane se détache des autres, notamment de Vladimir Tarasenko, sur qui il a un avantage de 12 secondes par présence! Si on ajoute qu'il saute sur la glace deux fois de plus par match, Kane a, sur sept matchs, passé 43 minutes de plus que Tarasenko sur la glace à 5-contre-5.

En fait, dans le top-9 de St. Louis, seul Robby Fabbri a moins joué que Tarasenko.

 

Est-il nécessaire de rappeler que Tarasenko a terminé la série comme meilleur pointeur de l'équipe (un point devant Robby Fabbri!) et que, dans une série où son équipe a cumulé un déficit de -205 tirs vers le filet à 5-contre-5, seul le trio de Tarasenko (+19), Jaden Schwartz (+17) et Jori Lehtera (+14) a terminé avec un différentiel positif?

Et c'est un peu le même patron de jeu en avantage numérique. Hitchcock insiste sur la répartition égale du temps de glace entre première et deuxième vague d'avantage numérique, alors que Quenneville donne toute la place à ses meilleurs éléments. Fait à noter les Blues ont joué un gros 24 secondes de plus que les Blackhawks à 5-contre-4. On est donc ici clairement en présence de choix des entraîneurs.

 

Le jeu des confrontations indique que Tarasenko a joué la moitié de son temps à forces égales contre Markus Kruger et 44 pour cent contre Marian Hossa et Andrew Ladd. Cherchait-on à le protéger de Jonathan Toews ou encore de Patrick Kane? Ce serait un début d'explication pour le manque évident de temps de jeu qu'on lui a accordé au cours de la première ronde.

Tarasenko a aujourd'hui 24 ans et une expérience de 260 matchs de saison régulière. Avec des récoltes de 73 et 74 points au cours des deux dernières saisons, il est difficile de croire qu'il a encore aujourd'hui besoin d'être protégé des meilleurs éléments adverses. Et il semble bien qu'on ne se donne pas la peine de gérer ainsi son temps de jeu en saison régulière. Bref, c'est à se demander si Ken Hitchcock n'est pas en train de se compliquer inutilement la vie en faisant de la microgestion sur le dos de son meilleur joueur. On verra si cette tendance se poursuivra en deuxième ronde.

 

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