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Victor Hedman joue selon ses propres règles

Le défenseur du Lightning utilise son gabarit, sa vitesse et son instinct pour jouer à sa manière

par Nicholas J. Cotsonika @cotsonika / Chroniqueur NHL.com

NEW YORK - Les faits saillants impliquant Victor Hedman devraient être accompagnés d'une mise en garde : « N'essayez pas ça à la maison ».

Allez-y. Regardez Hedman à l'œuvre pour le Lightning de Tampa Bay contre les Islanders de New York lors du troisième match du deuxième tour des séries éliminatoires de l'Association de l'Est, mardi (19 h HE; TVA Sports, CBC, NBCSN). Admirez comment ce défenseur se concentre sur le lancer au lieu de la passe lors d'un deux contre un ou comment il se retrouve au-delà de la ligne des buts adverse en infériorité numérique. 

Cependant, ne pensez pas pouvoir reproduire la même chose dans votre ligue mineure ou dans votre ligue de garage. La plupart des joueurs de la LNH ne le peuvent même pas et quand ils l'essaient, ils sont cloués au banc. L'entraîneur du Lightning Jon Cooper et son associé Rick Bowness laissent Hedman enfreindre les lois qui s'appliquent normalement aux défenseurs, même dans les parties serrées et déterminantes des séries éliminatoires de la Coupe Stanley, parce qu'il possède un talent exceptionnel ainsi qu'un bon instinct et parce qu'il cherche constamment à s'améliorer.

Une blessure est venue priver Hedman de son partenaire habituel à la ligne bleue, Anton Stralman, au cours des présentes séries d'après-saison. C'est ensuite Matt Carle, son nouveau compagnon défensif, qui s'est blessé dans le deuxième affrontement contre les Islanders. Or, il continue de jouer de la même façon.

« Si on compare ça à une laisse, la sienne serait… Disons qu'elle est infinie, a admis Cooper. Quand il essaie d'en faire trop, c'est habituellement parce qu'on le laisse faire. On court ce risque avec lui parce qu'il est très important pour nous et parce que les bénéfices surpassent grandement les inconvénients. Donc, on essaie d'en profiter. »

Tout commence par son gabarit et sa rapidité. Hedman mesure 6 pieds 6 pouces et il jouit d'une très grande portée. De plus, son coup de patin est si bon que Cooper le qualifie de « gazelle ». Offensivement, il se joint à l'attaque le plus souvent possible. Défensivement, il paralyse ses adversaires.

« Je n'ai jamais vu un joueur de 6 pieds 6 pouces patiner comme lui, a révélé Bowness. Je l'ai souvent dit : Mario avait un excellent coup de patin, mais Victor est plus rapide que tous les joueurs de 6 pieds 6 pouces que j'ai vus dans cette ligue, que ce soit des attaquants ou des défenseurs, d'est en ouest. C'est fou toute la surface qu'il peut couvrir. »

Oui, le Mario dont il parle est bien Mario Lemieux.

« Il peut tenter des choses à l'attaque et si ça ne fonctionne pas, on sait qu'il va se replier et neutraliser le jeu de l'adversaire », a expliqué Bowness à propos de Hedman. « Il essaie des choses parce qu'il est capable de rejoindre un adversaire qui a la rondelle plus rapidement que quiconque grâce à sa portée et à son talent. »

Or, ce n'est pas tout. Hedman possède aussi un excellent sens du hockey et il étudie le jeu. Parfois, il peut avoir l'air hors de contrôle alors qu'en réalité, il vise un objectif précis.

« C'est un joueur agressif, mais je ne crois pas qu'il l'est trop », a affirmé le défenseur du Lightning Braydon Coburn, qui a été jumelé à Hedman lors du deuxième match contre les Islanders. « Il ne prend pas de risques inutiles. Tout est calculé parce qu'il est très intelligent. »

Dans la première partie du premier tour contre les Red Wings de Detroit, Hedman patinait à reculons en zone neutre alors qu'Andreas Athanasiou et Mike Green s'avançaient vers lui. Au lieu de poursuivre son repli ou de couper la ligne de passe entre Athanasiou et Green, donc au lieu de faire ce qu'on enseigne aux défenseurs, Hedman a foncé sur Athanasiou.

Athanasiou a tenté une passe que Hedman a rabattue avec sa main gauche.

Athanasiou a essayé de faire une autre passe, mais Hedman l'a encore rabattue, cette fois avec son bâton, puis il s'est emparé de la rondelle et il a dégagé son territoire.

Plusieurs ont pu croire qu'il s'agissait d'un jeu bâclé ou chanceux, surtout alors que le pointage était de 2-2 en troisième période. Après la rencontre, Hedman a dit aux journalistes qu'il avait été chanceux parce que le disque avait heurté son gant et son bâton.

Or, Athanasiou, une recrue rapide comme l'éclair qui en était à son premier match en séries dans la LNH, croyait que Hedman allait tenter de bloquer sa ligne de passe. Il pensait avoir assez de temps et d'espace, alors il a baissé la tête. Hedman a affirmé avoir lu le jeu et il a décidé de foncer quand il a remarqué qu'Athanasiou regardait la rondelle. Il a aussi ajouté que les séances vidéos « avaient été utiles ».

« Dans une situation comme ça, neuf fois sur dix, le défenseur n'aurait pas foncé sur son opposant comme il l'a fait, a expliqué Cooper. Mais comme il est capable de surprendre l'adversaire comme ça, il profite du moindre moment d'inattention pour foncer et il se retrouve soudainement dans le visage de l'autre. Et avec sa grande portée, il coupe les angles beaucoup plus vite que les autres. »

Bowness ricane.

« Il peut prendre ce genre de risques, a-t-il dit. Même s'il ne brise pas le jeu, il peut se retourner et foncer sur celui qui a reçu la passe. »

Dans le deuxième match contre les Islanders, Hedman a bataillé avec le défenseur Marek Zidlicky au-delà de la ligne des buts adverses en infériorité numérique. Combien de défenseurs peuvent faire quelque chose comme ça? Combien se retrouveraient cloués au banc après avoir tenté un tel jeu?

Faisons marche arrière un peu. Hedman a brisé le jeu près de la bande et la rondelle a glissé le long de la bande gauche. Il a levé la tête et il n'a vu que Zidlicky devant lui. Il a pourchassé Zidlicky, qui est beaucoup plus lent que lui, et il a exercé de la pression sur lui par-derrière. Quand il a constaté qu'il avait perdu son duel à la ligne des buts, il s'est replié à toute vitesse et il a retraité au banc des siens.

« Il a notre feu vert. Donc, il peut y aller si c'est ce que son instinct lui dit, a révélé Bowness. Dès que la situation déraille, il est le premier à se replier dans notre zone. C'est fou. »

Hedman joue en moyenne 27:02 par match lors des présentes séries, ce qui lui vaut le dixième rang chez les joueurs qui ont disputé plus de deux rencontres. C'est impressionnant, même si le Lightning l'a moins utilisé en saison régulière en partie pour qu'il ait plus d'énergie lors des séries. Hedman n'est pas Ryan Suter, le défenseur du Wild du Minnesota ultra efficace qui se trouve toujours au bon endroit. Il dépense beaucoup d'énergie sur la glace contre les meilleurs joueurs adverses.

« Je veux jouer des minutes de qualité, a affirmé Hedman. Je ne veux pas être sur la glace à ne rien faire. »

Si les entraîneurs essaient de contrôler une chose chez Hedman, ce sont ses émotions.

« Il veut tellement bien faire, a ajouté Bowness. Il veut faire une différence à chacune de ses présences. Il en retire une grande fierté et il peut se fâcher contre lui-même. Il est très dur envers lui et je dois constamment lui répéter de se calmer sur le banc. »

Voilà une autre des raisons pour lesquelles les entraîneurs n'hésitent pas à lui accorder beaucoup de liberté : il fait ce qu'il fait parce qu'il a du cœur, et non l'inverse. Il n'est pas lâche ou apathique. Il apprend constamment sur la glace et sur vidéo par la suite.

« Il étudie beaucoup le jeu et c'est une véritable éponge, a mentionné Bowness. Donc, on fait confiance à son instinct. Est-ce qu'il y a une limite? Je pense qu'il a appris quand prendre des risques et quand se retenir. […] Quand il fait une erreur et quand il dépasse un peu les limites, il ne refait plus jamais la même chose. »

Le Lightning a sélectionné Hedman au repêchage 2009 de la LNH (2e au total) après que les Islanders eurent réclamé le centre John Tavares et il a immédiatement fait le saut dans la ligue. Il possède déjà sept années d'expérience. Il a fait d'immenses progrès lors des dernières campagnes. On oublie facilement qu'il n'a que 25 ans et qu'il pourrait encore s'améliorer.

Il n'est pas le meilleur quart-arrière sur le jeu de puissance et il n'évolue pas toujours sur la première vague. Il se fait parfois prendre hors position, comme ce fut le cas quand il a laissé l'attaquant des Islanders Shane Prince seul à l'embouchure du filet lors du premier match. Il n'est pas parfait.

Mais qui l'est? Combien d'autres joueurs peuvent faire ce qu'il fait? Et combien auraient l'air ridicule en le tentant?

Et jusqu'à quel point peut-il encore s'améliorer?

« Il n'y a plus de Nicklas Lidstrom dans notre ligue aujourd'hui », a conclu Bowness, encore en ricanant. « Il ressemble davantage à Drew Doughty. Il n'est pas parfait, mais bon sang, il nous en donne beaucoup. » 

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