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Une soirée historique sans magie pour Jaromir Jagr

Dans la défaite des Panthers, il a dépassé Mark Messier au 2e rang des pointeurs de la LNH avec une mention d'aide obtenue par hasard

par Nicholas J. Cotsonika @cotsonika / Chroniqueur NHL.com

SUNRISE, Floride - Le bâton avait été posé sur le mur près de son casier, comme s'il était fait de bois et non d'or. Jaromir Jagr était debout, encore en uniforme à l'exception de ses patins, alors que les représentants des médias s'entassaient autour de lui. Le vestiaire était silencieux. Il a laissé échapper un soupir.

Non, ce n'était pas comme ça qu'il aurait voulu que ça se passe. Il n'a pas battu un défenseur à un contre un avant d'aller loger la rondelle dans la partie supérieure du filet. Il n'a pas préparé la table pour un coéquipier à l'aide d'une passe savante. Les Panthers de la Floride n'ont pas défait les Bruins de Boston, jeudi.

Jagr s'était plutôt campé devant le filet au moment où un tir de la ligne bleue s'est amené, et la rondelle a frappé l'arrière de ses culottes. Le disque a ricoché dans le cercle droit des mises en jeu et Aleksander Barkov a marqué sur le retour. Les officiels ont dû examiner la reprise vidéo pour s'assurer qu'il méritait d'obtenir une mention d'aide.

Et c'est comme ça qu'il a dépassé Mark Messier au deuxième rang des meilleurs marqueurs de tous les temps dans la LNH. C'est ainsi qu'il a récolté son 1888e point.

 

Quand les Panthers ont interrompu le match pour lui donner ce bâton en or et réaliser une entrevue avec lui devant la foule, la Floride tirait de l'arrière par un but alors qu'il restait 6:40 à jouer en troisième période face à un rival de la section Atlantique. Tout cela à l'occasion d'un match qui avait un impact important sur les chances de l'équipe d'accéder aux séries éliminatoires de la Coupe Stanley. Jagr semblait mal à l'aise, il avait hâte de recommencer à jouer.

 

Les Panthers ont fini par s'incliner 3-1 et la déception se lisait sur le visage de Jagr.

 

« Vous me connaissez, a-t-il dit. Si le match ne se termine pas de la bonne façon, je ne peux pas en faire abstraction. Je me sens toujours un peu responsable de la façon dont l'équipe joue. Ce n'est pas facile pour moi de parler du match ou de ce que j'ai réussi aujourd'hui. Évidemment, j'aurais souhaité être blanchi et remporter le match, et attendre au match suivant ; mais de toute évidence, ce n'est pas comme ça que ça s'est passé. »

 

Cela n'a toutefois fait que renforcer la signification de l'exploit et ce que Jagr représente. Le point récolté jeudi a été le fruit de son travail de longue haleine, une récompense pour l'aspect moins glorieux d'une carrière dorée.

 

Pour arriver à un total de 1888 points - plus que quiconque en près de 100 ans d'histoire dans la LNH, sauf Wayne Gretzky, dont les 2857 points ne seront probablement jamais égalés -, il faut beaucoup de talent. Mais ça ne suffit pas. Il faut aussi que la longévité soit au rendez-vous.

 

Et pour jouer jusqu'à l'âge de 44 ans, il faut la santé. Mais ça ne suffit pas. Il faut du travail. Il faut de l'amour.

 

Il va y avoir des jolis points et aussi des points moins jolis en cours de route. Pas tout se passera comme on l'avait rêvé. Tu continues, continues et continues, pas parce que tu veux atteindre un chiffre précis, mais parce que jouer au hockey est ta raison d'être.

 

« Le sort de l'équipe me tient toujours à coeur, a souligné Jagr. Je me blâme toujours en premier si l'équipe ne va pas bien et ça m'a peut-être fait mal en ce qui concerne mes relations avec les médias, parce qu'ils ne savaient pas toujours pourquoi j'étais en colère ou pourquoi je ne voulais pas leur parler à un certain moment. J'ai toujours eu le sentiment que si je ne joue pas bien, l'équipe ne va pas gagner. J'ai toujours vu les choses comme ça. Peut-être qu'au début de ma carrière, les médias ne l'ont pas pris de la bonne façon. Ils pensaient que j'étais capricieux, mais ça me tient à coeur de bien jouer pour aider l'équipe. »

 

Jagr évalue avec détachement le fait d'avoir 1888 points et de se retrouver seul au deuxième rang des marqueurs. Il juge qu'il aurait pu avoir plus de points, et pas seulement parce qu'il a quitté la Ligue pendant trois saisons afin de jouer dans la KHL et parce qu'il a vécu trois arrêts de travail.

 

Lorsqu'on lui a demandé comment il évaluerait son exploit dans 10 ou 15 ans, il a déclaré : « Ce seront des sentiments partagés. J'essaie toujours de faire mieux, peu importe le contexte. On pourrait dire que j'aurais pu faire beaucoup mieux ».

 

Lorsqu'on lui a demandé si, à l'âge de 18 ans, il s'imaginait être encore là à 44 ans et avoir réalisé tout ça, il a affirmé : « Eh bien, je pensais que j'allais être encore ici à 35 ans. Quand j'avais 18 ans, je pensais que j'allais être le meilleur au monde pendant 20 ans. »

 

Il a également fait remarquer qu'il a été chanceux en ce qui concerne les blessures, se retournant alors pour trouver du bois à toucher, et il a parlé du fait que les Penguins de Pittsburgh l'avaient réclamé au cinquième rang du repêchage 1990 de la LNH. Il a ensuite joué aux côtés de Mario Lemieux, Bryan Trottier, Ron Francis, Paul Coffey.

 

« Tu penses tout savoir, mais évidemment tu ne sais rien, et voilà que j'avais l'occasion d'apprendre aux côtés des meilleurs, a noté Jagr. Il y a tellement de grands joueurs qui m'ont montré la voie à suivre, qui m'ont fait comprendre à quel point il faut travailler pour avoir du succès dans la LNH. »

 

Maintenant, c'est lui qui montre à d'autres la voie à suivre, autant par la façon dont il s'entraîne que par la façon dont il joue et la façon qu'il réagit dans des circonstances comme celles-ci. Le coéquipier qui a tiré la rondelle qui l'a atteint, ce qui a mené à la mention d'aide, était le défenseur Michael Matheson. Matheson a 22 ans. Barkov a 21 ans. La carrière de Jagr était déjà bien entamée quand ces deux-là sont nés.

 

Et il n'a pas fini. Ceci n'était pas la destination où il visait d'arriver. C'est toujours le cheminement qui l'a davantage intéressé.

 

« Je compare toujours ça à la vie de tous les jours, a dit Jagr. Certaines personnes meurent à 60 ans ; certaines personnes meurent à 100 ans. Ça ne veut pas dire qu'une fois que tu as 70 ans, tu ne veux plus vivre. C'est un peu la même chose avec les joueurs de hockey. Certains ont plus de chance que d'autres. Certains peuvent jouer jusqu'à 40 ans. D'autres ne sont plus bons à 30 ans. Si j'ai reçu un cadeau de Dieu, si j'ai l'opportunité de le faire, je veux jouer aussi longtemps que possible. »

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