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Une intronisation douce-amère pour Rogatien Vachon

Il rend hommage dans son discours à son épouse Nicole, qui est décédée du cancer il y a neuf mois

par Dave Stubbs @dave_stubbs / Chroniqueur NHL.com

TORONTO - Présente d'esprit si ce n'est de corps, l'amour de la vie de Rogatien Vachon était bel et bien au Temple de la renommée du hockey, lundi. Et Vachon, à l'occasion de son intronisation, a ressenti la présence de sa regrettée conjointe et âme sœur, Nicole, qui est décédée du cancer il y a neuf mois.

« Il a perdu sa meilleure amie », a déclaré Marie-Joie Vachon dans les heures précédant la cérémonie d'intronisation. « L'élection au Temple de la renommée a en quelque sorte aidé papa dans son deuil, mais il a quand même été marqué par son départ.

« Maman s'intéressait autant à sa carrière que lui. C'est pourquoi nous avons déménagé (de Los Angeles à Detroit puis à Boston), pour aider notre père. En fin de compte, perdre maman a été une bénédiction, pour elle, mais elle voulait ceci, encore plus que le voulait papa. »

Marie-Joie, qui a 38 ans, sa sœur Jade, 42 ans, et leur frère Nicholas, 44 ans, étaient assis dans le hall d'un hôtel à Toronto, lundi après-midi, pour parler de leur père, maintenant un immortel du hockey. Rogatien Vachon a perdu la femme qui a été son épouse pendant 44 ans, mais trois enfants ont aussi perdu une mère. Et ils savaient tous les quatre qu'ils auraient à combattre de vives émotions quand Vachon allait se présenter devant tout le monde pour évoquer ses souvenirs d'elle, sa carrière au hockey et sa vie en général durant son discours d'intronisation. Un discours qu'il a longuement préparé et qui lui a donné du fil à retordre pendant des mois.

« Que notre père perde sa femme, et que nous perdions notre mère, ç'a été un ajustement difficile à faire, comme c'est difficile pour tout le monde à qui ça arrive, a souligné Jade. L'intronisation au Temple de la renommée est un moment tellement important dans la vie de mon père. Tu veux que les gens que tu aimes le plus soient avec toi. Maman était sa meilleure amie. Ce sera très difficile de ne pas avoir sa partenaire de vie avec lui pour un événement aussi important. »

Ça, c'est la partie amère d'une fin de semaine menant à l'intronisation au Temple qui a comporté d'innombrables moments doux, alors que Vachon a été élu au Panthéon 34 ans après avoir disputé le dernier match de sa carrière de 16 ans dans la LNH.

Nicholas Vachon se trouvait dans la résidence familiale à Venice, en Californie, le 27 juin quand le président du conseil du Temple de la renommée, Lanny McDonald, a communiqué avec Rogatien Vachon pour lui annoncer la nouvelle.

« Papa était sous le choc, a-t-il dit. Il n'arrêtait pas de répéter : "T'es sérieux? Qu'est-ce que tu veux dire?" Il a raccroché, il est venu me voir et je me demandais, "Qui est cette personne qui a ébranlé mon père à ce point?"

 « On s'est enlacé. De mon côté, il y a eu des larmes. C'était incroyable. Pendant quelques jours, il était littéralement à côté de ses souliers. C'était irréel. »

Marie-Joie, qui était alors au travail, a commencé à recevoir des appels de félicitations pour quelque chose dont elle n'était même pas encore au courant.

« Il y avait eu un souper en famille quelques jours plus tôt et j'ai pensé, "Papa a-t-il oublié de me dire quelque chose?" », a-t-elle lancé en riant.

Jade a parlé au téléphone avec son frère et, comme tout le monde, elle était sous le choc.

« Je suis tellement, tellement fière de lui, a-t-elle dit. Depuis qu'on a eu la nouvelle, eh bien… Ce moment-là, on l'attendait depuis longtemps. On est tous très contents pour lui. Toutes ces émotions merveilleuses vont durer longtemps. La période des Fêtes va être très plaisante. »

Les enfants Vachon croyaient, comme leur père, que cette élection au Temple de la renommée ne viendrait peut-être jamais.

« Les deux premières fois qu'il était en nomination, on savait qu'il avait raté l'intronisation de peu, a affirmé Nicholas. C'est notre père, on est fier de lui, peu importe ce qui arrive. Mais après la deuxième fois où il n'a pas été élu, on s'est dit que ça n'arriverait peut-être jamais. On n'y a plus vraiment pensé, et je ne savais même pas qu'il était en nomination cette année. Je ne pense pas qu'il le savait. Tout à coup, son nom a été mentionné et il a été élu. »

C'est l'épouse de Nicholas, Renée, qui a révisé le discours qui a donné tant de fil à retordre à Vachon, alors que celui-ci tentait de présenter l'essence d'une vie de 71 ans en cinq minutes. Elle y est allée en douceur, comme elle l'avait fait pendant des années avec les textes que Vachon ou Nicole avaient écrits et qui aboutissaient inévitablement sur son bureau.

« Il voulait s'en tenir à l'essentiel. Quelques fois quand on était chez lui, on a parlé de quelques histoires à raconter, et je voulais qu'il ajoute des choses dont j'étais au courant, a indiqué Nicholas. Renée était contente de pouvoir aider, mais mon père l'a écrit. Il voulait juste que quelqu'un d'autre regarde son discours pour se faire rassurer. Il y a beaucoup d'histoires de l'époque où il jouait, des histoires que les gens ne connaissent pas. Comment le hockey était joué à ce moment-là. Des petites choses - pas d'agent à l'époque, la façon dont ils vivaient… Même la façon d'accéder à la LNH, c'était le jour et la nuit comparé à aujourd'hui. »

Lundi après-midi, les trois enfants Vachon n'avaient pas une idée très précise du texte que leur père allait lire.

« Je ne sais pas à quel point il va être émotif », a dit Marie-Joie.

« Ça va être difficile, pas seulement pour papa, mais pour nous aussi, a ajouté Nicholas. Maman va nous regarder d'en haut. Elle va être fière et elle va être contente. Elle n'est pas partie depuis longtemps et elle nous manque tous. »

Vachon a rendu hommage à Nicole de façon hésitante durant son discours, alors qu'il a éprouvé de la difficulté à maîtriser ses émotions.

« Ça va être difficile, a-t-il commencé par dire, en se raclant la gorge. Je ne peux pas conclure sans rendre hommage à une femme très spéciale, quelqu'un qui me manque énormément. Je viens de perdre mon épouse, Nicole. J'aurais souhaité qu'elle soit ici. Parfois, ce n'est pas juste. Elle devrait être ici, mais ce ne sera pas le cas. C'était une femme merveilleuse, on a passé 45 ans ensemble… Je t'aime. Je te reverrai de l'autre côté. »

Vachon a mis quelque peu en lumière sa vie et sa carrière durant son discours d'intronisation, alors qu'il a remercié les personnes qui ont marqué sa carrière de joueur ainsi que les membres de sa famille qui se trouvent au centre de son univers. Ses enfants veulent toutefois que les gens connaissent un autre aspect de la personnalité de cet homme tranquille qui a remporté la Coupe Stanley à trois reprises.

« Il a un formidable sens de l'humour, a dit Marie-Joie. Quand on se promène quelque part et que quelqu'un lui dit, "Tu ressembles beaucoup à Rogatien Vachon", il répond en disant, "Ouais, je sais, on me le dit souvent". »

« Il a un très bon sens de la répartie, a affirmé Jade. Il est très vif d'esprit et il a une confiance tranquille. »

« C'est tout simplement un homme humble, a déclaré Nicholas. Il est facile d'approche et c'est facile de lui parler, il est humble par rapport à ce qu'il a accompli durant sa carrière. Il parle à tout le monde, comme le faisait notre mère. »

Ils sont tous enchantés, mais pas surpris, des mots gentils et des louanges que leur père a reçus depuis son élection au Temple de la renommée.

« Il n'est pas très grand, a noté Jade. Mais on n'est pas surpris que tant de gens le mettent sur un piédestal. »

Nicholas, un attaquant qui a disputé neuf saisons dans les ligues mineures et qui a pris part à un match avec les Islanders de New York en 1996-97, se souvient d'avoir rencontré le gardien Patrick Roy, un membre du Temple de la renommée, et que celui-ci lui avait dit que Vachon avait été son idole de jeunesse.

« Patrick m'avait dit, "J'étais Rogatien quand je jouais au hockey dans la rue !", et il étendait ensuite le bras comme s'il faisait un arrêt du gant, a-t-il raconté. C'était très spécial que quelqu'un comme lui ait autant de respect pour mon père. »

Les Kings de Los Angeles, qui ont obtenu Vachon des Canadiens de Montréal en 1971 puis l'ont embauché comme entraîneur des gardiens, directeur général, président et ambassadeur, ont déplacé des montagnes au profit de ses amis et des membres de sa famille afin qu'ils puissent assister à la cérémonie d'intronisation.

Il était surtout important aux yeux du président des opérations d'affaires des Kings Luc Robitaille d'être présent, lui qui a été réclamé au neuvième tour (171e au total) du repêchage 1984 de la LNH par Vachon lorsque celui-ci était le directeur général de l'équipe. Robitaille a été intronisé au Temple de la renommée en 2009.

« Les Kings lui ont donné un soutien incroyable, a dit Nicholas. Luc était tout aussi excité que mon père. Ils ont tissé des liens spéciaux au fil des ans, et mon père a le plus grand respect pour Luc et Rob Blake.

« Je pense que Luc (un membre du comité de sélection du Temple de la renommée) a failli devenir fou pendant qu'il attendait que Lanny appelle mon père, pour qu'il puisse l'appeler à son tour. »

Deux heures avant le début de la cérémonie d'intronisation, les personnes élues au Temple en 2016 ainsi que les membres de leurs familles et leurs invités se sont réunis dans la grande salle d'un hôtel du centre-ville pour se faire prendre en photo et raconter une tonne d'anecdotes.

Les membres du groupe des Vachon, au nombre de 17 et tirés à quatre épingles, se sont fait photographier avec toutes les combinaisons possibles de gens.

Alors que les derniers clichés ont été pris, l'ancien gardien à la moustache grisonnante a regardé vers le ciel, en direction de son âme sœur, et il a lancé en chuchotant , « Il a fallu 30 ans pour y arriver… Mais on y est. »

 

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