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Le hockey à l'aveugle

Même s'il ne peut voir, Jim Bennett a suivi les Oilers et assisté aux matchs de l'équipe en Europe

par Nicholas J. Cotsonika @cotsonika / Journaliste NHL.com

GÖTEBORG, Suède -- Un contingent de 67 personnes a suivi les Oilers d'Edmonton un peu partout en Europe lors de la tournée de l'équipe dans le cadre de la Série globale 2018. Pour 66 de ces partisans, c'était une chance unique de voir leurs préférés à l'œuvre.

Mais pour Jim Bennett, c'était une chance de les entendre.

C'est que l'homme de 79 est aveugle. Et pourtant, il était dans les estrades du Scandinavium samedi, en compagnie de son épouse de 78 ans, Del, pour le match entre les Devils du New Jersey et les Oilers.

Après avoir enfilé son chandail orange, il s'est plongé dans l'action, portant l'oreille au jeu, en plus d'y aller de quelques blagues.

« Il faut être un peu fou pour dépenser autant d'argent pour se déplacer aussi loin, a dit Jim. Mais je pense que c'est important pour… »

« Rencontrer des gens », a ajouté Del.

« Oui, et s'amuser avec eux, a renchéri Jim. C'est comme une grosse famille. »

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Ce dernier est aveugle depuis l'âge de trois ans. Del a expliqué que selon les sœurs de Jim, sa famille croyait qu'il était atteint d'une conjonctivite. On lui a alors donné des médicaments, qui ont eu le pire des effets. L'arrière de ses yeux est devenu brouillé, le rendant aveugle.

Ça ne l'a pas empêché de tomber en amour avec le hockey. Il a d'ailleurs joué à la version pour aveugle du sport, le hockey sonore - qui consiste à remplacer la rondelle par une boîte de conserve dans laquelle on met des roches afin d'entendre où se situe l'objet.

Alors qu'il grandissait à Brantford en Ontario, c'était avant la naissance de Wayne Gretzky dans ce patelin, Jim allait à l'école pour aveugles de l'Ontario. Les élèves avaient eu la chance de visiter le Maple Leaf Gardens de Toronto et de rencontrer le légendaire descripteur radiophonique Foster Hewitt.

Son trio préféré était celui de Ted Kennedy, Sid Smith et Tod Sloan, une unité qui avait inscrit 15 buts en 11 matchs quand les Maple Leafs ont gagné la Coupe Stanley en 1951.

Déménagés à Edmonton, Jim et Del sont devenus des détenteurs d'abonnements de saison des Oilers, qui évoluaient alors dans l'Association mondiale de hockey. Depuis, ils ont assisté à quelques matchs, mais n'ont pas encore visité le nouvel aréna de l'équipe, le Rogers Place, ce qui ne les empêche pas de regarder, ou d'écouter dans le cas de Jim, tous les matchs sur leur télévision à domicile.

Son moment préféré? Le 19 mai 1984. Son épouse a eu droit à tout un cadeau le jour de son anniversaire : la première Coupe Stanley de l'histoire des Oilers.

Alors, quelle est l'opinion de Jim à propos de Connor McDavid?

« Je n'arrive même pas à m'imaginer à quel point il est rapide. Quand je jouais au hockey sonore, j'avais déduit que j'étais le patineur le plus rapide de l'équipe, parce que personne ne pouvait me voir! », s'est exclamé Jim en riant.

« Je ne pense pas qu'il est très gros. Mais la coordination entre ses mains et ses yeux semble incroyable. Quoique, Gretzky trouvait des gars partout sur la glace, lui aussi. »

Quand les Oilers ont enfin été en mesure de participer aux séries éliminatoires en 2017, qu'ils ont battu les Sharks de San Jose en première ronde, avant de finalement s'incliner contre les Ducks d'Anaheim en deuxième ronde, Jim et Del ont eu ouï-dire de tout le plaisir que les partisans de l'équipe avaient eu en suivant l'équipe en Californie.

« On s'est dit : ''L'an prochain, c'est certain qu'on le fait nous aussi'' », a raconté Jim.

Les Oilers n'ont toutefois pas participé aux séries en 2018. Voilà pourquoi ils se sont tournés vers l'Europe. Ils ont fait comme tous les autres partisans qui les accompagnaient lors de ce voyage organisé. Ils ont visité les attractions touristiques les plus populaires, découvert la gastronomie locale en plus d'assister aux matchs de leur équipe favorite.

Jim est même devenu l'un des membres les plus populaires de ce groupe.

« Il est génial, a lancé Jay Humphries, 47 ans d'Edmonton. C'est un monsieur tellement drôle. Il est tout le temps de bonne humeur, il fait rire tout le monde. Sur l'autobus, il est drôle. Le matin, il est drôle. Au dîner, il l'est encore! »

À Cologne, en Allemagne, Jim et Del se sont régalés des spécialités locales, allant des saucisses Bratwurst aux escalopes pannées, en plus de boire une bière Kolsch. Ils ont aussi visité la cathédrale de Cologne.

« J'ai adoré ça, a dit Del. J'ai aimé les cloches, j'ai trouvé ça magnifique. Mais lui, il n'a pas trop aimé les cloches. »

« Des cloches, je préfère ça au cou du chien », a répliqué Jim.

Le couple était aussi présent lors de la victoire de 4-3 en prolongation contre le Haie de Cologne au Lanxess Arena mercredi. Jim a adoré l'ambiance européenne dans l'aréna, où les 18 400 partisans ont chanté au son du tambour durant tout le match.

« C'est une atmosphère incroyable! »

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À Göteborg, Jim et Del ont troqué les spécialités allemandes pour celles de Suède. Ils ont mangé du poisson à deux occasions, mais pas de boulettes de viande.

« Je ne savais pas où est le Ikea », a rigolé l'homme de 79 ans.

C'est ainsi qu'ils se sont retrouvés dans la 12e rangée du Scandinavium, derrière le gardien, alors que les Oilers croisaient le fer avec les Devils. Bien que la foule était moins imposante, Jim a beaucoup apprécié.

Quand la deuxième période s'est amorcée, la musique a retenti, les partisans ont tapé des mains à l'unisson, tout comme Del sur la cuisse de son mari.

« Let's go, Oilers! » a-t-il crié.

Del n'a pas eu à faire beaucoup de description.

« Je ne sais pas ce qu'il comprend ou non du jeu, donc je le laisse poser des questions. »

Jim était tout ouïe. Avec un petit sourire au visage, il se laissait emporter par le son des coups de patin, de la rondelle qui se fait frapper par un bâton avant d'aller frapper la bande, du son retissant des mises en échec, le tout, entouré des cris des partisans des Oilers. 

« Je comprends les grandes lignes », a expliqué Jim.

Quand le volume grimpait lors de chaque action, c'est que les Oilers étaient en zone offensive, près de lui. Quand le volume diminuait, c'est qu'ils se trouvaient à l'autre bout de la patinoire.

Le volume n'a finalement pas été très élevé.

« Zut », a lancé Del quand les Devils ont pris l'avance 2-1 sur un but en avantage numérique.

Jim, lui, secouait la tête, avant de crier : «on se réveille! »

Et lorsque les Devils ont pris une avance de 3-1, personne n'a eu à expliquer à Jim ce qui venait de se passer. Le match s'est poursuivi, avec le son des tambours et les exclamations de la foule. Avec quelques instants à faire à la période, le défenseur des Oilers Adam Larsson a décoché un lancer de la pointe qui a frappé la baie vitrée, directement devant Jim.

« Bon tir, mais il faut que ce soit sur le filet. »

Et lorsque l'annonceur maison a annoncé les tirs durant la période, 10-4 en faveur des Oilers, Jim n'a pu se retenir.

« C'est mauvais. Quatre tirs et trois d'entre eux n'étaient probablement pas des vrais. On sent que les partisans commencent à manquer d'énergie. » 

Video: Palmieri et Zajac mènent les Devils à la victoire

Les Oilers se sont finalement inclinés 5-2. Jim et Del ont pris le chemin de la maison, tout en sachant qu'ils venaient de vivre une magnifique expérience. Ils vont continuer de suivre les Oilers, Jim avec ses oreilles, Del avec ses yeux. Ils pensent même visiter le Rogers Place.

« Oui! On doit aller visiter ça un jour! »

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