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Un incident qui hante encore Patrice Cormier

Le capitaine du Moose du Manitoba dans la LAH revient sur l'incident qui a changé sa vie il y a huit ans

par Anthony Marcotte @anthonymarcotte / Collaborateur LNH.com

WINNIPEG -- Il y a déjà huit ans, le 17 janvier 2010, sur la patinoire de l'aréna Dave-Keon de Rouyn-Noranda, l'attaquant des Huskies, Patrice Cormier, servait un vicieux coup de coude au visage du défenseur des Remparts de Québec, Mikaël Tam. Un événement marquant de la riche histoire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec qui hante encore profondément le capitaine du Moose du Manitoba, meilleure formation de la Ligue américaine.

« Encore aujourd'hui, j'ai de la misère à en parler. Il n'y a rien de drôle là… Ce n'est vraiment pas beau à regarder. Je ressens encore beaucoup de peine et de honte à regarder ça », a soupiré Patrice Cormier, lorsqu'on lui remémore la gravité de son geste.

Les conséquences pour le jeune homme âgé de 19 ans à l'époque ont été majeures. D'abord, il a été suspendu pour le reste de la saison, ainsi que les séries éliminatoires. C'est comme ça que sa carrière au hockey junior a pris fin. Aspirants à la Coupe du Président, les puissants Huskies ont subi l'élimination hâtivement en deuxième ronde face aux Wildcats de Moncton. 

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Accusé au criminel, Cormier plaida coupable le 19 octobre 2010 à une accusation de voies de fait causant des lésions. Le juge Marc E. Grimard de la Cour du Québec lui a remis une absolution inconditionnelle, ce qui a pu lui permettre de poursuivre sa carrière chez les professionnels dans l'organisation des Thrashers d'Atlanta.

Quant à Tam, il s'en est sorti avec une sévère commotion cérébrale et deux dents cassées. Il a pu revenir au jeu avec les Remparts à temps pour les séries éliminatoires. L'ancien capitaine des Remparts poursuit aujourd'hui sa carrière en Chine, chez les Red Stars de Kunlun dans le 2e circuit en importance de Russie, derrière la KHL.

Mais ce sont surtout les cicatrices et les souvenirs d'un des gestes les plus médiatisés de l'histoire de la LHJMQ qui hantent toujours Cormier huit ans plus tard.

« Je n'ai jamais de plaisir à reparler de tout ça. On me remet ça souvent sous le nez, car je suis désormais identifié à ce geste. C'est impossible de passer par-dessus ça, je dois vivre avec. La bonne nouvelle, c'est que j'ai énormément appris de tout ça puisque je n'ai jamais été suspendu par la suite dans la Ligue américaine », a souligné le robuste attaquant.

Un incident qui a soulevé les passions

Impliqués dans une rivalité à l'époque, Huskies et Remparts convoitaient tous les deux la Coupe du Président. La formation dirigée par André Tourigny avait tenté le grand coup en complétant une des transactions les plus importantes de l'histoire du circuit Courteau; soit l'acquisition du trio émérite de l'Océanic de Rimouski, Jordan Caron, Philippe Cornet, ainsi que Cormier. Cornet était passé aux Huskies au cours de la saison morte, alors que Caron et Cormier l'ont rejoint quelques mois plus tard à la période des fêtes.

Voilà qui ajoutait à l'enjeu de ce soir fatidique du 17 janvier. Prouver à l'autre équipe de tête du sérieux de la démarche. Le coup de coude de Cormier, survenu en prolongation d'un match chaudement disputé de 2-2 a changé le cours de l'histoire. Quelques jours plus tard, le préfet de discipline de la LHJMQ, Raymond Bolduc, suspendait Cormier pour le reste de la saison et les séries éliminatoires. Furieuse, l'organisation des Huskies a porté le verdict en appel. Même le maire Mario Provencher demanda la démission du commissaire Gilles Courteau! Rien n'y fit, Cormier avait disputé son dernier match dans le junior majeur.

« C'est ce qui me fait le plus mal aujourd'hui; de ne pas avoir été capable de livrer la marchandise dans les séries avec les Huskies. L'équipe avait hypothéqué son avenir pour aller nous chercher, les trois, à Rimouski. André Tourigny avait tout fait pour réussir à nous réunir. Je n'ai malheureusement jamais été capable de remplir mon mandat. Et ça, ça me fait mal », a renchéri Cormier, qui allait rater un total de 31 matchs au cours de sa suspension.

« Ce ne fut certainement pas le plus beau mois de ma vie, a raconté André Tourigny, maintenant entraîneur des 67s d'Ottawa. Ce fut pour notre organisation une situation extrêmement frustrante. Encore aujourd'hui, je n'aime pas comment cette situation a été gérée (par la LHJMQ). On a fait passer un jeune homme de 19 ans comme bouc émissaire, comme s'il avait souhaité blesser Mikaël Tam. Je suis loin d'être certain que son geste était le pire de l'histoire de la ligue. Il y a eu d'autres gestes similaires au cours des dernières années qui n'ont même pas approché sa sentence. C'est dur à accepter, surtout connaissant la qualité d'individu qu'est Patrice Cormier. » 

L'ancien choix de deuxième tour des Devils du New Jersey en 2008 parle aujourd'hui de cet incident avec beaucoup d'humilité. Il réalise la gravité de son geste et les conséquences qui auraient pu mettre un terme à la carrière du défenseur des Remparts.

« Ce fut difficile pour moi, mais surtout pour Mikaël (Tam). C'était lui la victime, pas moi. Je suis content que, malgré tout, il ait été en mesure de poursuivre sa carrière. Quant à la ligue, elle a fait ce qu'elle avait à faire. Avec le recul, je réalise que je méritais entièrement cette longue suspension. Ça n'avait rien à voir avec la supposée pression exercée par les Remparts et Patrick Roy à l'époque. J'ai appris de ça, et ça ne s'est jamais reproduit », a poursuivi Cormier, qui a eu l'occasion d'affronter Tam à deux reprises en 2013 quand les deux joueurs évoluaient dans la AHL.

« Patrice a été un pro pour nous jusqu'à la fin. Il a été dans l'entourage de l'équipe tout au long de sa suspension et été d'un support moral exceptionnel pour ses coéquipiers. Il faut se rappeler qu'à ce moment-là, Patrice était probablement le meilleur attaquant dans les deux sens de la patinoire au Canada. Même avec Équipe Canada Junior lors de la période des fêtes, il avait été unanimement choisi comme capitaine de la formation », a expliqué Tourigny qui agissait comme adjoint à l'entraîneur Willie Desjardins de cette formation défaite en finale par les Américains.

« Patrice a certainement beaucoup appris de tout ça, mentionne son entraîneur chez le Moose du Manitoba, Pascal Vincent. Chaque joueur grandit dans l'adversité, et c'est dur de trouver pire comme épreuve. Avant toute chose, Patrice est une bonne personne et il ne veut blesser aucun adversaire. On a affaire à un homme ici, pas à un gamin. Certainement qu'il joue dur, ça fait partie de son style de jeu. Il est clair dans ma tête qu'il a évolué, comme joueur et comme individu. »

Établi pour longtemps au Manitoba?

Le natif de Cap-Pelé au Nouveau-Brunswick dispute sa huitième saison dans l'organisation des Jets de Winnipeg (anciennement les Thrashers d'Atlanta). Dorénavant sous contrat uniquement de la Ligue américaine depuis deux ans, Cormier est pleinement conscient que le rêve de la Ligue nationale s'éloigne de plus en plus. Toutefois, il se plaît dans son nouveau rôle de vétéran du circuit, un rôle qui lui permet d'occuper une fonction de mentor pour ses jeunes coéquipiers qui cognent pour la plupart à la porte du grand club.

« C'est dur de se dire qu'on est rendu vieux! Mais sincèrement, j'accepte le rôle dans lequel je suis avec le Moose. Je suis bien ici, avec mon épouse et mes deux chiens. Je me sens désiré, je sais que l'on compte sur moi pour montrer le droit chemin. Je suis à l'aise d'aider les plus jeunes dans leur cheminement », a soutenu le principal intéressé.

Son entraîneur Pascal Vincent pourrait parler du soutien de Cormier pendant des heures tellement il apprécie sa présence. 

« J'espère que tu as plusieurs heures devant toi pour que je puisse vanter toutes ses qualités! Sérieusement, Patrice est un individu exemplaire pour notre organisation. Il a adopté notre concept d'équipe de A à Z. Il s'est commis à notre plan et pour nous, les entraîneurs, il est un capitaine formidable.

« Il sait qu'il ne jouera pas souvent sur l'avantage numérique, même s'il le devrait, il sait aussi que son temps de glace est appelé à diminuer; il comprend tout ça. Winnipeg n'est peut-être pas la destination soleil par excellence de la Ligue nationale, mais nous offrons un environnement idéal pour l'épanouissement d'une personne comme Patrice. Je pense qu'il apprécie cette opportunité. Qui sait? Il deviendra peut-être le prochain entraîneur du Moose », a estimé Vincent.

Patrice Cormier n'a peut-être pas connu la carrière souhaitée dans la Ligue nationale, où il ne revendique que 49 matchs et un seul but. Bien que hanté par un geste qui le suivra encore bien après sa retraite du monde du hockey, le robuste joueur de centre a fait la paix avec lui-même.

« On ne peut plus regarder derrière, ça s'est passé il y a huit ans et je ne peux pas revenir réparer cette erreur. J'aurais tellement voulu aider mon équipe à remporter les grands honneurs… Quand je revois Philippe (Cornet) et Jordan (Caron), je me rappelle à quel point j'aimais jouer avec eux. Malheureusement, ça ne s'est pas terminé comme on le souhaitait. C'est clair dans ma tête, le 17 janvier 2010 a changé ma vie. »

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