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Peter Budaj connaît un regain de vie chez les Kings

Le vétéran gardien profite au maximum de l'opportunité qu'on lui donne en l'absence de Jonathan Quick

par Lisa Dillman @reallisa / Journaliste NHL.com

LOS ANGELES - Le pire moment dans la carrière de Peter Budaj - autant sur le plan personnel que professionnel - est survenu durant la saison 2014-15, quand il jouait à Saint-Jean de Terre-Neuve dans la Ligue américaine de hockey.

Son épouse était enceinte de leur deuxième enfant. Vers la fin de sa grossesse, elle est retournée à la maison au Colorado. Budaj craignait qu'elle doive accoucher pendant qu'il était au milieu d'un long séjour à l'étranger et qu'il se trouve à un vol d'avion, ou même deux, de pouvoir venir la rejoindre.

Saint-Jean était le genre d'endroit, comme le raconte Budaj, où tu pouvais parfois fermer ta porte avant de te coucher le soir et te retrouver devant plusieurs pieds de neige fraîche en l'ouvrant le lendemain matin. Le gardien s'est alors retrouvé enseveli sous un manteau blanc, au sens propre comme au sens figuré. Il continuait de jouer et de perdre, alors qu'il a complété la saison 2014-15 sans signer une seule victoire. Sa carrière, en Amérique du Nord du moins, semblait tirer à sa fin.

Les seuls bons moments qu'il vivait, c'était quand il jouait à des jeux vidéo sur un Xbox avec son protégé Connor Hellebuyck, l'actuel gardien de but des Jets de Winnipeg.

On surnomme Terre-Neuve 'Le Rocher' et Budaj vous le dira : il a failli couler comme une roche là-bas.

« Rien ne fonctionnait pour moi, a raconté Budaj. C'était très difficile pour moi. Tout était vraiment ardu. Avec le temps, tu commets des erreurs. Ç'a fait boule de neige, dans ma vie personnelle et au niveau hockey.

« J'aimerais pouvoir effacer cette période-là de ma vie. »

Deux ans plus tard, Budaj aimerait plutôt arrêter le temps, alors qu'il cherche à savourer ce premiers tiers de la saison 2016-17. Au moment où les Kings de Los Angeles amorcent un important séjour de neuf matchs à l'étranger contre les Sabres de Buffalo, mardi (19h HE ; MSG-B, FS-W, NHL.TV), Budaj peut se targuer de leur avoir permis de rester dans la lutte au sein d'une section Pacifique soudainement très compétitive. Il a signé 13 des 14 victoires des Kings, alors qu'il affiche une moyenne de buts alloués par match de 2,18 avec un pourcentage d'arrêts de ,910 et deux jeux blancs. Il se trouvait à égalité au cinquième rang dans la LNH pour les victoires avant les matchs de lundi. Il a par ailleurs pris part à 23 rencontres d'affilée, un sommet en carrière ; cette séquence a pris fin le 8 décembre.

« Si vous m'aviez dit ça il y a un an et demi, je vous aurais traité de fou », a déclaré Budaj, qui a eu 34 ans le 18 septembre.

Video: MTL@LAK: Budaj sort la mitaine et frustre Petry

Tout cela est attribuable aux événements qui sont survenus lors du premier match de la saison. Le gardien no 1 des Kings, Jonathan Quick, s'est blessé à l'aine durant la première période d'un match que Los Angeles a perdu 2-1 aux mains des Sharks de San Jose et la date de son retour au jeu est encore inconnue. Le réserviste Jeff Zatkoff a également dû s'absenter en raison d'une blessure à l'aine.

« Il s'est amené en relève, il a fait le travail et il a montré qu'il est un gardien de la LNH », a souligné l'attaquant des Kings Marian Gaborik, qui a affronté Budaj en Slovaquie durant leur enfance.

Hellebuyck, pour sa part, n'est pas surpris de voir que Budaj ait réussi à remettre le train sur les rails.

« Il faisait toutes les bonnes choses, a noté Hellebuyck. L'équipe [de Saint-Jean] n'était pas très bonne à l'époque. Il y a aussi le fait que le hockey est différent dans la Ligue américaine. Il était habitué au niveau de jeu de la LNH. Ça porte ses fruits maintenant parce qu'il est devenu meilleur cette saison-là. Les statistiques n'étaient pas au rendez-vous, mais il ne fait aucun doute qu'il s'est amélioré. On pouvait voir que le talent était là. On pouvait voir qu'il n'avait rien perdu de ses habiletés. Il avait la bonne mentalité, les bonnes habitudes de travail. C'était évident. »

Le regain de vie de Budaj est sans doute une des plus belles histoires dans la LNH cette saison, avec celle du gardien des Flames de Calgary Chad Johnson, qui joue chez lui et aide présentement la formation albertaine à sauver sa saison.

Sauf que Johnson était deuxième dans la hiérarchie des gardiens à l'issue du camp d'entraînement. Budaj, lui, était troisième derrière Quick et Zatkoff, ce dernier ayant rejoint les Kings en tant que joueur autonome en provenance des Penguins de Pittsburgh. Budaj se demandait aussi quel impact aurait l'acquisition de Jack Campbell des Stars de Dallas sur son avenir.

Les Kings ont soumis Budaj au ballottage le 3 octobre. Personne ne l'a réclamé et il a été affecté à l'équipe d'Ontario dans la LAH. Le fait d'avoir été ignoré par le reste de la ligue au grand complet lui a fait mal.

Budaj aurait pu choisir d'aller en Europe. Mais c'est une possibilité qu'il n'a jamais envisagée, pas lorsqu'il jouait à Saint-Jean, ni même quand les Kings ont commencé à se donner de la profondeur au poste de gardien. Son regain de vie avec Ontario, l'hiver dernier (42 victoires en 60 matchs), l'a convaincu qu'il était encore capable de jouer dans la LNH.

« J'ai toujours voulu jouer dans la LNH depuis que je suis jeune et j'ai toujours cru que c'était la meilleure ligue, a affirmé Budaj. Je n'ai jamais voulu y renoncer, du moins pas jusqu'à ce que je sois forcé de me regarder dans le miroir et de reconnaître que je ne suis plus capable d'y jouer.

« Je n'ai jamais voulu baisser les bras parce que je savais que j'en étais encore capable et je savais ce qu'il y avait encore en moi. »

Video: LAK@ANA: Bel arrêt de Budaj aux dépens de Ritchie

Dusty Imoo, l'entraîneur responsable du développement des gardiens chez les Kings, était l'entraîneur des gardiens de but des Jets quand Budaj jouait à Saint-Jean. Il dit en badinant que Budaj avait l'habitude de le garder avec lui sur la patinoire « éternellement », alors que le vétéran gardien essayait de se sortir de sa léthargie.

« Nous sommes arrivés à ce moment où un gardien peut connaître une saison où les choses ne vont pas si bien, alors qu'il arrive à un âge qui peut amener les gens à se dire que c'est fini, a expliqué Imoo au cours d'un entretien téléphonique. Il s'est retrouvé à la croisée des chemins, et ça montre à quel point Peter a du caractère et à quel point il croit en lui. Il était persuadé qu'il était encore capable, au lieu de se dire que tout le monde avait peut-être raison et qu'il était peut-être fini.

« Il aurait pu se dire qu'il était temps d'aller en Europe et d'y terminer sa carrière… J'ai beaucoup de respect pour ce gars-là. »

Quand Budaj est arrivé dans le sud de la Californie, la saison dernière, Imoo lui a dit qu'il devait oublier tout ce qu'il avait accompli par le passé, qu'il devait oublier l'époque où il était gardien partant avec l'Avalanche du Colorado et celle où il était l'adjoint de Carey Price avec les Canadiens de Montréal, et qu'il devait aborder sa période d'essai avec les Kings comme si c'était un nouveau départ.

Imoo et Bill Ranford, l'entraîneur des gardiens chez les Kings, ont aidé Budaj à faire le ménage dans son approche en modifiant quelques détails. Imoo a qualifié le tout de « petits ajustements », alors qu'ils ont notamment incité Budaj à avoir un coup de patin plus actif au lieu de se contenter d'attendre devant son filet, bien enfoncé dans sa cage.

« Les gens sont comme des voitures, a indiqué Budaj. Tu peux toujours rendre une auto plus rapide, l'amener à avoir une meilleure tenue de route. Tu peux peaufiner des petites choses. Chaque joueur est la somme de variantes qui en fait une personne unique. Billy comprend ça. Il ne veut pas que je joue comme [Quick]. Il n'y a qu'un seul Jonathan Quick. »

Ranford a aussi eu une longue conversation à coeur ouvert avec Budaj durant le camp d'entraînement. Il lui a expliqué pourquoi les Kings avaient conclu une entente avec Zatkoff et transigé pour obtenir Campbell.

« [Budaj] l'a pris comme si c'était un jugement sur sa valeur, a dit Ranford en souriant. Mais nous n'avions plus de gardiens. Nous avions besoin d'aller chercher des gardiens. L'armoire était presque vide. Je lui ai dit que ça n'avait rien à voir avec lui, que nous avions pleinement confiance en lui. Nous avons perdu des joueurs au ballottage et nous avons perdu un gardien (Patrik Bartosak) dans une affaire de violence conjugale. Ça fait beaucoup de départs en deux ans.

« L'équipe est passée d'une situation où elle avait beaucoup de profondeur à une autre où il n'y avait presque plus de profondeur. Il fallait regarnir l'armoire. »

Video: CGY@LAK: Budaj fait un bel arrêt à bout portant

Certains anciens gardiens des Kings, notamment Martin Jones chez les Sharks, connaissent de bons moments dans la LNH présentement.

« Sauf qu'ils ne le font pas avec nous », a souligné Ranford.

L'armoire ne semblait pas aussi vide quand Quick était devant le filet. Reste qu'en l'absence de Quick, les Kings sont restés à portée des meneurs au classement de la section Pacifique, à cinq points des Ducks d'Anaheim et des Oilers d'Edmonton. Leur prochain match à domicile n'aura lieu que le 31 décembre et ils entreprendront leur présent voyage avec une séquence de trois matchs en quatre soirs.

« Évidemment, il y a de grands souliers à chausser étant donné que Jonathan n'est pas là, a affirmé Zatkoff. Nous essayons de tenir le fort et de nous assurer d'aider l'équipe à gagner. C'est tellement serré dans la Ligue en ce moment. Les points valent cher. Il faut trouver une façon de rester dans la course. »

La blessure de Quick a donné à Budaj l'opportunité de se mettre en valeur. Sa foi religieuse profonde et l'appui de son épouse, Taylor, lui ont permis de passer au travers les moments difficiles. Quand ça allait mal, il essayait de se dire qu'il fallait rester dans le moment présent et ne pas se projeter trop loin dans l'avenir.

« C'est plus facile à dire qu'à faire parce que ce sont des pensées qui peuvent venir te surprendre, autant quand les choses vont bien que lorsqu'elles vont mal, a déclaré Budaj. C'est dur de faire abstraction de ce que les autres font, de ce que tout le monde pense de toi. Des statistiques aussi.

« Qu'est-ce qui va m'arriver dans un an ? Qu'est-ce qui va m'arriver à la fin de cette saison ? C'est difficile de ne pas y penser. C'est la nature humaine : nous aimons planifier les choses. Nous aimons regarder plus loin. Quand tu as tout et que tout va bien, tu ne veux pas que ça s'arrête. »

Le journaliste de LNH.com Tim Campbell a contribué à ce reportage

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