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Pas de reconstruction à Boston?

Bouchard: Malgré un noyau vieillissant, les Bruins ne semblent pas vouloir amorcer leur virage jeunesse dans l'immédiat

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

La saison s'annonçait pénible pour les Bruins de Boston. Un noyau de vétérans vieillissants, des performances en demi-teinte lors de la dernière saison, bref, les nuages s'accumulaient. Pourtant, l'équipe ne semble pas intéressée à une reconstruction. On a mis sous contrat quelques vétérans cet été et les Bruins grattent ces jours-ci à la porte des séries, un point derrière les Devils du New Jersey, deux derrière les Blue Jackets. Et il semble bien que le ciel s'éclaircisse.

Des statistiques d'équipe prometteuses, mais imparfaites

C'est lorsqu'on regarde les taux de tirs obtenus par les Bruins que les choses deviennent vraiment encourageantes. Selon Corsica.Hockey, ils sont premiers de la LNH pour la part des tirs obtenus à 5-contre-5 (54 pour cent des tirs avant le match de dimanche), huitièmes pour le nombre de tirs obtenus à 5-contre-4 et septièmes pour le nombre de tirs concédés à 4-contre-5.

Les pourcentages ne sont pas tout à fait de leur côté, l'équipe étant 29e à 5-contre-5, avec un taux de conversion de 6,3 pour cent. Ces faibles taux de conversion sont parfois le fruit de la malchance, mais ce n'est peut-être pas le cas ici.

Si on suit toujours les données publiées par Corsica.hockey, cette mauvaise production serait en partie attribuable à une faible production de chances de marquer : les Bruins occupent le 27e rang de la ligue avec un peu plus de six chances produites par heure jouée.

Sachant que l'équipe est quatrième pour le nombre total de tirs créés, il semble donc que, si on a réussi à reprendre le contrôle du jeu à forces égales, on n'a pas encore trouvé la clé pour transposer cette possession en production offensive.

On a effectué quelques changements importants au sommet de l'alignement, des changements qui ont porté leurs fruits, mais le reste du groupe doit maintenant suivre.

Un changement pour Patrice Bergeron

Un des changements de rôle les plus marquants à survenir en début de saison est celui de Patrice Bergeron. Reconnu à juste titre comme l'un des meilleurs attaquants défensifs de sa génération, Bergeron centre ces jours-ci un trio remarquablement productif.

S'il n'a lui-même que six points (dont cinq à forces égales), ses deux ailiers ont été remarquablement productifs, Brad Marchand obtenant 19 points et David Pastrnak 17. Surtout, ce trio obtient 67 pour cent des tirs vers le filet lorsqu'il est sur la glace!

Là où le rôle de Bergeron a changé, c'est dans le nombre de mises en jeu qu'on lui donne. Il dispute encore beaucoup de mises en jeu en zone défensive (près de 19 par heure jouée), mais ne se distingue plus vraiment sur ce point des autres joueurs de centre de son équipe. David Krejci et Riley Nash en disputent environ 17 par heure, et Dominic Moore 20.

En zone offensive, le renversement est majeur. Alors qu'il se partageait le gros de la tâche avec Krejci par les années passées, on lui donne désormais la part du lion sur ce point. Bergeron dispute 30 mises en zone offensive par heure jouée, alors que les autres centres du club en obtiennent 18.

Brandon Carlo s'impose

L'émergence du jeune défenseur Brandon Carlo constitue l'autre changement majeur dans l'alignement bostonnais. Après un séjour de quatre ans dans le hockey junior majeur, Carlo a fait le saut directement dans la LNH. Encore mieux, il s'est retrouvé d'emblée dans le top-4 des Bruins, aux côtés de Zdeno Chara.

On retrouve dans la brigade défensive des Bruins la même concentration de mises en jeu en zone offensive sur une unité particulière, soit Torey Krug et Adam McQuaid. Chara et Carlo obtiennent pour leur part un ratio de 19 mises en jeu en zone défensive pour 17 en zone offensive par heure jouée. Malgré ce léger déficit territorial, ils permettent à leur équipe d'obtenir 52 pour cent des tirs. Fait encore plus intéressant, Carlo a joué le quart de sa saison sans Chara et ses statistiques demeurent identiques dans ces circonstances.

Retarder l'inévitable, ou réaliser l'impossible?

Les Bruins doivent se préparer à l'ère post-Chara, et l'émergence de Krug et Carlo ces dernières années leur permet d'envisager l'avenir avec optimisme. Reste encore à trouver un gaucher capable de prendre le poste sur la deuxième paire lorsque Chara décidera de mettre un terme à sa carrière. Le capitaine, qui a beaucoup ralenti ces dernières années, disputera l'an prochain la dernière saison de son contrat.

On sent donc que le club reporte le travail de reconstruction à plus tard, soit après le départ du numéro 33, et cherche à jouer son va-tout. L'afflux de vétérans permettant à Bergeron de prendre un rôle plus offensif appuie à tout le moins cette hypothèse.

Mais en même temps, Claude Julien a su intégrer à ce groupe de vétérans un nombre grandissant de jeunes. Krug et Carlo ont su rapidement s'imposer en défensive. À l'attaque, l'émergence de Pastrnak est impossible à ignorer, mais ne doit pas faire oublier celle de Ryan Spooner l'an dernier, ainsi que l'intégration graduelle d'Austin Czarnik et Noel Acciari. Et Frank Vatrano se joindra fort probablement au groupe lors de son retour en santé.

Bref, si les périodes de reconstruction sont inévitables dans la LNH contemporaine, on ne peut que soupçonner les Bruins de tenter en douce de réussir l'impossible, une transition en douceur d'un noyau de joueurs vers un autre. L'expérience n'a pas, à ma connaissance, été réussie à l'ère du plafond salarial. Le jeu d'équilibristes auquel les Bruins se livrent ces jours-ci a donc de quoi piquer la curiosité des observateurs.

 

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