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Martin Jones peut-il continuer à faire la différence?

Bouchard : Sans les miracles de leur gardien, les Sharks ne semblent pas avoir ce qu'il faut pour pousser la série à la limite

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Le gardien des Sharks de San Jose a donné tout un spectacle jeudi dernier. Les Penguins de Pittsburgh ont doublé les Sharks aux chances de marquer, 26 à 13, sans jamais réussir à rejoindre leurs adversaires. On peut donc supposer qu'avec l'avantage de la patinoire et le meilleur gardien de la série, les hommes de Peter DeBoer ont une bonne chance de pousser la série à la limite. S'ils réussissent l'exploit, on va devoir commencer à parler de la candidature de Jones au titre de joueur le plus utile de cette série. Parce que, plus les choses vont, plus les Penguins dominent.

Différences de style?
Avec cinq matchs disputés dans cette série, il devient de plus en plus clair que chaque match se présente comme un défi difficile à surmonter pour les Sharks, qui sont tout simplement incapables de garder le contrôle du jeu.

C'est en grande partie le résultat du jeu d'ensemble des Penguins, qui utilisent au maximum leur excellent groupe d'attaquants pour gommer les faiblesses de leur défensive. Une belle illustration de cette perte de contrôle des Sharks se trouve dans la distribution des tâches en transition.

J'ai souvent fait référence, depuis le début des séries, aux transitions en possession de la rondelle comme étant un facteur important dans l'explication de la production offensive d'une équipe. Selon les données que j'ai recueillies pendant la série finale, la moitié des chances de marquer surviennent immédiatement après une entrée en possession de rondelle ou une rondelle récupérée en fond de zone.

Mais il y a plus : les équipes ont besoin de deux fois plus de rejets en zone ennemie pour générer, par des rondelles récupérées, le nombre de chances de marquer qu'elles obtiennent par les entrées de zone en possession de rondelle. On comprend que ces dernières sont donc la fondation d'une attaque à succès. Et, toujours selon mes données, les deux tiers des entrées de zone en possession de rondelles sont précédés d'une sortie de zone défensive en contrôle du disque.

La sortie de zone défensive est donc une pierre angulaire de toute attaque efficace. En surface, Sharks et Penguins sont dans la même fourchette depuis le début de la série, les deux équipes ayant obtenu un peu plus de 220 sorties de zone à 5-contre-5. Et la division des tâches entre défenseurs et attaquant est elle aussi similaire.


 
Là où les choses commencent à diverger, c'est lorsqu'on regarde qui a apporté une aide significative aux sorties de zone. Je donne une « mention d'aide » aux joueurs qui ont contribué à aider leurs coéquipiers à changer de zone, soit en leur passant le disque, soit en se mettant dans une position avantageuse pour recevoir une passe dans l'autre zone. Les actions indirectes sont donc un indicateur de la cohésion d'ensemble des équipes.


 
Il est saisissant de voir à quel point la transition hors de la zone défensive passe, chez les Penguins, presque entièrement par les attaquants. Les attaquants des Sharks sont beaucoup moins actifs dans cette phase du jeu et la moitié des actions indirectes de la défensive (18 sur 34) sont le fait de Brent Burns et Marc-Edouard Vlasic. Au bout du compte, 65 pour cent des sorties de zone des Penguins sont le fait d'actions concertées directement entre deux joueurs, alors que ce taux baisse à 55 pour cent chez les Sharks.

Deuxième illustration de cette difficulté des Sharks à prendre le contrôle en sortie de zone : leurs attaquants dégagent beaucoup plus souvent la rondelle.

À croiser ces données avec le souvenir des matchs joués, je pense qu'on voit ici le point de bascule de la série. La pression en sortie de zone est trop intense pour les Sharks, qui peinent à organiser leur jeu en zone neutre. Souvenez-vous de ce que j'écrivais un peu plus haut : j'attribue notamment une action indirecte aux joueurs qui savent s'offrir en cible en sortie de zone. Le peu d'implication indirecte des attaquants des Sharks est en partie le résultat de cette couverture en zone neutre qui les force à dégager ou encore à manquer leur coup.

L'impact sur les entrées de zone en possession de rondelle est, on s'en doute, massif. Les Penguins en ont obtenu 55 de plus que les Sharks, soit une moyenne de 11 par matchs. Et il est, me semble-t-il, intéressant de voir que c'est dans cette phase du jeu que les défenseurs des Penguins apparaissent soudainement beaucoup plus actifs que leurs adversaires des Sharks, surtout sur les actions indirectes.


 


Traditionnellement, on attend d'une attaque au hockey qu'elle s'organise de façon linéaire. Les défenseurs récupèrent les rondelles, les passent aux attaquants qui détalent en zone neutre. Ceux-ci s'arrangent ensuite pour aller en zone offensive à tout prix, quitte à rejeter la rondelle en fond de zone pour aller la chercher.

Or, ce n'est pas ce qu'on voit ici. De toute évidence, les Penguins comptent sur leurs attaquants pour organiser la relance à partir de la zone défensive et attendent de leurs défenseurs qu'ils contribuent aux entrées de zone offensive en possession de rondelle. Concrètement, cela se voit par leur propension, sans cesse répétée, à revenir sur leurs pas plutôt qu'à essayer de faire avancer la rondelle à tout prix. Les Penguins ont jusqu'ici rejeté le disque 216 fois en zone ennemie, contre 246 pour les Sharks. On peut supposer que les Sharks préféreraient eux aussi garder le contrôle du disque. Pour tout dire, les Penguins sont en train de leur faire subir le sort qu'ils avaient eux-mêmes réservé aux Blues de St. Louis en finale d'association. Un peu trop lents, un peu trop désorganisés, contraints à courir des rondelles que l'adversaire, massé en unités de cinq, refuse de leur redonner.

C'est pourquoi, aujourd'hui plus que jamais, le destin des Sharks repose sur les épaules de leur gardien. Si Jones continue à faire des miracles, il pourrait obtenir le titre de joueur le plus utile et, qui sait, la Coupe Stanley. Après tout, il n'en serait pas à sa première séquence torride de trois matchs. Mais s'il revient simplement à son niveau habituel, Jones aura bien de la difficulté à compenser face à des Penguins qui, de match en match, écrasent toujours un peu plus les Sharks.

 

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