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Les Stars ont-ils payé trop cher pour Jamie Benn?

Bouchard: Dallas a mis le paquet sur le court terme pour prolonger le contrat du capitaine, mais ça pourrait nuire à l'équipe à l'avenir

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Jamie Benn a signé un nouveau contrat la semaine dernière lui garantissant un salaire moyen de 9,5 millions $ par saison, pour une durée de huit ans. Les Stars de Dallas ont paraphé cette entente avec lui un an avant l'arrivée à terme de son présent contrat, signe qu'ils ne voulaient surtout pas risquer de perdre leur capitaine. À voir comment un autre capitaine étoile, Steven Stamkos chez le Lightning de Tampa Bay, a quant à lui signé à la dernière minute pour un montant beaucoup plus bas qu'anticipé, il y a lieu de s'interroger : les Stars ont-ils bougé trop tôt, payé trop cher?

Les cas de Stamkos et Benn sont similaires jusqu'à un certain point. À mon sens, il importe, lorsqu'on observe les performances exceptionnelles, de voir jusqu'à quel point celles-ci sont le fruit d'associations particulièrement fructueuses avec d'autres joueurs. Dans le cas de Stamkos, il est de notoriété publique qu'il a connu ses meilleures saisons au début de sa carrière, alors qu'on l'associait plus souvent qu'à son tour à Martin St-Louis. Le cas de Benn est similaire : on l'a vu monter plusieurs marches au classement le jour où les Stars lui ont associé Tyler Seguin.

Depuis leur entrée respective dans la LNH, Stamkos (en 2008) et Benn (en 2009) ont passé beaucoup de temps en compagnie de ces associés d'élite (je n'inclus ici que le temps de jeu passé avec le Lightning et les Stars, le séjour de Seguin à Boston est laissé de côté). Mais l'un comme l'autre ont aussi joué plus de 4000 minutes sans ces joueurs, ce qui permet donc une comparaison intéressante de l'impact de leur présences croisées.


 
L'association Benn-Seguin est particulièrement fructueuse, ce qui ne doit pas nécessairement surprendre, ces deux attaquants étant dans la force de l'âge alors que Martin St-Louis avait déjà passé le cap de la trentaine lorsque Stamkos se pointe à ses côtés.

Le graphique ci-dessous illustre cet impact, ainsi que l'impact comparé de l'absence de Benn ou Stamkos sur les performances de Seguin et St-Louis. L'élément le plus intéressant est, à mes yeux, la différence d'impact sur les buts marqués. Lorsqu'on réunit ces joueurs de talent, l'augmentation du taux de possession est surpassée par l'augmentation du taux de conversion de tirs en buts et, par conséquent, par l'augmentation plus rapide de la part des buts obtenus par leur équipe.


 
Ça tombe sous le sens : le talent met en valeur le talent. Un impact comme celui qu'on retrouve sur les performances de Stamkos et Benn sur 3000 minutes et plus est non négligeable. Et cet impact n'existe pas qu'à 5 contre 5, on le retrouve en avantage numérique aussi. Encore là, Stamkos et Benn passent beaucoup de temps à jouer avec et sans Seguin et St-Louis et, encore là, l'impact de la présence de ces joueurs se fait particulièrement sentir sur le plan des buts obtenus.

Le graphique ci-dessus n'est pas nécessairement des plus parlants pour Seguin seul (qui n'a joué qu'une cinquantaine de minutes sans Benn en avantage numérique depuis son arrivée à Dallas), mais il est diablement révélateur de l'importance d'associer des joueurs de talents sur le jeu de puissance. À l'image de ce qui s'est passé à Tampa Bay entre St-Louis et Stamkos, le fait d'avoir établi une telle synergie entre deux joueurs de grand talent pèse lourd dans les succès des Stars. Lorsque Seguin et Benn sont réunis, les Stars marquent un peu plus de huit buts par heure passée à 5 contre 4, un score qui descend à six buts par heure lorsque Benn y est sans Seguin.

Et l'impact sur Benn lui-même est saisissant. En un peu moins de 1500 minutes jouées à 5 contre 4, Benn obtient depuis le début de sa carrière environ 19 tentatives de tirs par heure jouée, et ce peu importe qu'il soit avec ou sans Seguin. Mais, associé à ce dernier, le nombre de ses tirs qui atteignent le filet passe de 10 à 12 par heure et le nombre de buts obtenus passe de 1,3 à 2,1, une augmentation de 60 pour cent. Le talent met le talent en valeur.

Cela rend-il compréhensible qu'on ait choisi de peser un peu plus fort sur le crayon plutôt que de risquer d'attendre? Benn a 27 ans, Seguin 24. Si on accepte que Benn est aujourd'hui au sommet de son art et que les joueurs commencent souvent à ralentir significativement à l'âge de 30 ans, ça laisse une fenêtre de trois, peut-être quatre saisons avant que ce contrat risque de devenir dur à porter. Sachant que Seguin est encore sous contrat pour trois autres années, il n'y a plus de doute possible : la fenêtre d'opportunité des Stars est maintenant ouverte.

En ce sens, on achète la paix pour l'instant, mais ce contrat risque quand même de hanter rapidement les Stars. On semble encore, dans la LNH, aux prises avec un réflexe rapidement acquis lors de l'ancienne convention collective voulant qu'on offre aux joueurs autonomes des contrats à long terme visant à diluer leur impact sur le plafond salarial. C'était compréhensible si, par exemple, cela permettait de garder Marian Hossa sous contrat à un coût annuel moyen de 5,2 millions $ par saison.

Mais à 9 millions $ et plus, on s'approche drôlement du salaire maximum. Et dans le cas de Benn, l'essentiel de ce contrat couvre des saisons jouées passé l'âge de 30 ans. S'il vieillit comme Joe Thornton, c'est fantastique! S'il prend plutôt le chemin de Dany Heatley (ou David Krejci), c'est plus embêtant. Chaque joueur est unique, mais le risque est massif.

Je ne suis pas au fait des détails de la structure des impôts perçus à Dallas et en Floride, mais le peu que j'en sais repose sur cet article publié par TSN l'an dernier. Il semble bien qu'on ne puisse attribuer la différence de valeur monétaire des deux ententes à une différence d'impôt sur le revenu, les deux états ayant un niveau quasi identique d'imposition. Il semble bien que l'on ait accordé ce salaire au capitaine des Stars parce que c'est, tout simplement, ce qu'on a réussi à négocier avec lui.

C'est pourquoi j'ai l'impression que les Stars, sans rien enlever à la contribution exceptionnelle de Jamie Benn, ont payé « en haut du marché ». Stamkos, qui est plus jeune, a signé pour un million $ de moins par saison et terminera son contrat âgé de 34 ans. Les chiffres ne disent pas tout, le côté émotif a aussi son importance dans ce business, on l'entend beaucoup ces jours-ci. Mais le fait est que les Stars mettent le paquet sur le court terme en s'engageant ainsi. Lorsqu'ils arriveront au prochain contrat de Tyler Seguin, les choix pourraient devenir beaucoup plus difficiles.

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