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Les Canucks commencent à voir la lumière au bout du tunnel

Les jumeaux Sedin s'apprêtent à passer le flambeau aux jeunes pousses de la formation, écrit notre chroniqueur

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Les Canucks de Vancouver arrivent, du moins l'espère-t-on sur les rives du Pacifique, au stade plus encourageant d'un processus de reconstruction amorcé, vaille que vaille, il y a deux ans, mais qui dans les faits s'est amorcé suite au départ de Ryan Kesler à l'été 2014.

Le départ de cet homme à tout faire aussi teigneux qu'efficace a ouvert une brèche dans l'alignement, tout juste derrière les jumeaux Sedin. Les choses n'ont pas immédiatement dérapé grâce, notamment, à l'émergence d'un des joueurs reçus des Ducks d'Anaheim en retour de Kesler, Nick Bonino. Mais l'échange de cet autre centre polyvalent aux Penguins de Pittsburgh l'été suivant, contre Brandon Sutter, un joueur qui n'est tout simplement pas son égal, a annoncé un dérapage depuis lors incontrôlé.

Dans ce contexte, les jumeaux Sedin, encore et toujours le cœur et l'âme de l'équipe, doivent maintenant s'apprêter à passer le flambeau à leur dernière année de contrat. Les Canucks n'ont pas à craindre leur départ sur le marché des joueurs autonomes. Ces deux joueurs d'élite ont toujours accepté de recevoir un salaire largement inférieur à ce qu'ils auraient pu décrocher en vendant leurs services au plus offrant, de toute évidence hostiles à l'idée de quitter cette ville où ils ont joué l'entièreté de leur carrière professionnelle.

Mais l'âge nous rattrape tous, tôt ou tard, et les jumeaux ne font pas exception. Henrik (le passeur) et Daniel (le buteur) voient leur production offensive diminuer graduellement depuis leur meilleure saison, à l'âge de 29 ans. Rien d'anormal ici, et il faut bien le souligner, ces deux joueurs affichent encore aujourd'hui un niveau de production qui les situe dans la bonne moyenne des attaquants de premier trio.

Mais à 36 ans bien sonnés, la régression ne peut que continuer et, surtout, s'accélérer. C'est pourquoi on comptait sur des vétérans comme Sutter pour prendre le relai (celui-ci est demeuré un joueur de 30-35 points malgré tout) et qu'on a signé Loui Eriksson. Ce dernier était vraiment destiné à faire le pont entre la vieille génération et la nouvelle, mais il semble finalement qu'on a quelque peu erré. À 32 ans, Eriksson est lui aussi en régression, et il ne part pas exactement des sommets mirobolants des Sedin.

Le contrat de six ans donné à un joueur de 31 ans paraît bien mal surtout lorsqu'on constate qu'il a amassé un nombre particulièrement important de deuxièmes passes. Celles-ci sont une forme de production offensive difficile à maintenir, la plupart du temps associée à du « bruit » statistique, leur compilation étant quelque peu inégale d'un aréna à l'autre.

Ce n'est pas toujours le cas, remarquez la constance avec laquelle Henrik Sedin accumule ces fameuses deuxièmes passes. On est ici en présence d'une exception qui confirme la règle, soit une manifestation de l'exceptionnelle chimie qui existe entre les deux jumeaux.

J'ai, dans mes bases de données compilées à partir des données de la LNH, 141 deuxièmes passes obtenues par Henrik Sedin depuis 2007 à cinq contre cinq. Sur celles-ci, Daniel est identifié comme premier passeur pas moins de 78 fois, en plus d'être 28 fois celui qui obtient le but! Et Alex Burrows, leur compère attitré pendant des années, a obtenu 32 buts, dont 28 à l'aide des deux frères.

Pour en revenir à Eriksson, il s'agit à mon sens, avec l'échange Bonino-Sutter, d'une des grosses erreurs de l'administration du club des dernières années. Heureusement, la relève est encourageante.

Il y a tout d'abord Bo Horvat (qu'on n'a toujours pas mis sous contrat, mais qui n'a que peu de pouvoir de négociation en tant que joueur autonome avec compensation) qui s'impose tranquillement, avec des saisons de 39 et 51 points à l'âge de 20 et 21 ans. 

Parce qu'il est encore jeune, on peut légitimement espérer qu'il lui reste encore quelques échelons à gravir. Mais il n'y aura pas de miracles. On sous-estime à quel point les joueurs atteignent rapidement leur plafond offensif à un jeune âge, souvent vers 22-23 ans. C'est surtout parce qu'on tend à donner plus de temps de glace à des vétérans au détriment des jeunes, notamment lorsque les choses se corsent.

Horvat n'est pas exactement sous-utilisé, ayant joué à peine moins qu'Henrik Sedin à forces égales l'an dernier. Surtout, son équipe a converti en sa présence 10 pour cent de ses tirs en buts à cinq contre cinq et il a obtenu des points sur 73 pour cent de ces mêmes buts. Ces pourcentages sont élevés, on les voit habituellement flotter respectivement aux alentours de huit et 65 pour cent pour des attaquants de top-6. 

C'est donc dire que Horvat pourrait progresser significativement sur le plan offensif, mais n'obtenir qu'un nombre similaire de points à forces égales, sur la seule force du fait que les taux de conversion en sa présence reviendraient à la normale. De plus, il est sur la deuxième unité d'attaque massive, la première étant encore clairement le domaine des Sedin. Reste qu'à court terme, c'est surtout par lui que la douceur de la transition passe.

Ensuite, les espoirs les plus prometteurs arrivent encore une fois de Suède. Elias Pettersson, repêché au mois de juin, en a encore probablement pour un an à se développer outre-mer avant de cogner à la porte du grand club. Son compagnon de trio, Jonathan Dahlen, pourrait quant à lui se faire une place dès la saison prochaine. Mais âgé de 19 ans à peine, on doit y réfléchir longuement. Est-ce vraiment la peine de le laisser entamer immédiatement son premier contrat, alors qu'on peut retarder l'échéance d'une autre saison? La question est la même pour un autre jeune espoir prometteur, Olli Juolevi, qui vient d'obtenir 42 points en 58 matchs avec les Knights de London. Guillaume Brisebois, un autre défenseur format géant, est quant à lui prêt à amorcer son stage chez les professionnels. À savoir s'il sera en mesure de déloger un des vétérans en défensive, c'est une autre histoire.

Si on n'y retrouve pas de joueur d'élite, la brigade défensive des Canucks n'est pas aussi mal embouchée qu'on pourrait le croire. Alex Edler et Christopher Tanev forment un tandem de vétérans rompus aux tâches difficiles, on a roulé les dés sur Michael Del Zotto pour épauler Erik Grudbanson alors que Ben Hutton et Troy Stecher sont, à un an d'intervalle, apparu de nulle part pour s'imposer graduellement comme la deuxième paire défensive de l'équipe. Bref, on n'a pas nécessairement besoin de lancer des recrues dans la fosse aux lions pour protéger Jakob Markstrom et Anders Nilsson.

À ce stade-ci, donc, on se doit surtout d'assurer la transition. Il est peu probable que cette équipe participe au tournoi printanier. Outre les Sedin et Horvat, l'attaque est tout simplement trop anémique et la défensive, si elle est honnête, ne peut faire la différence. Mais de jeunes talents pointent à l'horizon et s'approchent rapidement du grand club. On souhaite simplement aux Sedin d'être encore en mesure de leur montrer le chemin lorsqu'ils arriveront enfin.

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