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Le Joe Louis Arena est « beau dans sa simplicité »

À l'intérieur des murs et de l'histoire unique du domicile si apprécié que quittent les Red Wings

par Nicholas J. Cotsonika @cotsonika / Chroniqueur NHL.com

DETROIT - L'emplacement du Joe Louis Arena sur le bord de la rivière Detroit serait joli si ce n'était du centre des congrès, de l'autoroute, du stationnement et des immeubles d'habitation qui l'entourent. 

Les routes environnantes sont en ruines. Les trottoirs sont endommagés. Le métal est rouillé. 

Pour accéder à l'amphithéâtre à partir de la rue, les partisans doivent gravir 36 marches. Des critiques ont déjà questionné la sécurité de ces marches en hiver et ils ont recommandé qu'elles soient recouvertes. 

Le « Joe » ressemble à une grosse boîte de béton grise. Il n'y a pas de fenêtres, sauf quelques petits carreaux sur trois portes ternes. Il n'y a pas de quai de chargement, donc lors des livraisons, les camions accèdent directement au rez-de-chaussée par une grande porte, laissant ainsi entrer une grande bouffée d'air froid en hiver. Il n'y avait pas de galerie de presse jusqu'à ce que l'on trouve le moyen d'en installer une où tous sont à l'étroit. 

Les halls sont toujours très achalandés. Les files pour les salles de bain s'allongent à l'infini. Les escaliers sont nauséabonds. Le tableau d'affichage principal comporte encore de petits écrans à basse résolution et les tableaux d'affichage secondaires ne fonctionnent plus depuis plusieurs années. L'entreprise qui les fabriquait n'existe plus, alors on ne peut plus les réparer. Ils ont été recouverts d'une bannière publicitaire pour un magasin de pneus. 

Les loges sont toutes à l'étage supérieur. Tous les sièges sont usés. 

Le « Joe » doit être démoli plus tard cette année afin que l'on réaménage tout ce secteur. 

« D'un point de vue architectural, c'est un bon débarras », a écrit le chroniqueur économique John Gallagher du Detroit Free Press dans le livre souvenir du journal intitulé The Joe. 

C'est presque à se demander pourquoi les gens sont si émotifs à propos du dernier match disputé dans cet amphithéâtre. 

Les Red Wings de Detroit affronteront les Devils du New Jersey lors de la dernière partie au « Joe » dimanche (17 h (HE); SN1, FS-D, MSG+ 2, NHL.TV), puis ils emménageront dans le tout nouveau Little Caesars Arena, la saison prochaine. 

Or, un édifice ne reste qu'un édifice. Ce sont les moments et les gens qui y sont associés qui lui donnent une âme. 

Les habitants de Detroit ne voulaient pas quitter l'Olympia Stadium pour aller au Joe Louis Arena en décembre 1979. L'Olympia a littéralement donné naissance aux Red Wings. Ils s'appelaient les Cougars à l'ouverture de cet amphithéâtre en 1927, puis ils sont devenus les Falcons en 1930 et les Red Wings en 1932. 

L'Olympia a accueilli sept équipes championnes de la Coupe Stanley. C'est l'endroit où Gordie Howe, Ted Lindsay, Sid Abel, Terry Sawchuk, Alex Delvecchio et tant d'autres ont acquis leur statut légendaire. 

Les gens aimaient cette vieille grange de briques rouges pour sa mezzanine, pour son intimité et pour son acoustique. Quand les Red Wings ont emménagé au Joe Louis Arena, ils avaient été exclus des séries éliminatoires 11 fois lors des 13 saisons précédentes. Toutefois, les gens s'accrochaient encore à un passé glorieux. 

Aujourd'hui, la population de Detroit éprouve les mêmes sentiments à l'égard du « Joe », là où les Red Wings sont en quelque sorte redevenus les Red Wings. Au cours des 37 dernières années, cet édifice est devenu une nouvelle version de l'Olympia. 

Le « Joe » a hébergé quatre équipes championnes de la Coupe Stanley. C'est là que Steve Yzerman, Nicklas Lidstrom, Sergei Fedorov, Pavel Datsyuk, Henrik Zetterberg et tant d'autres ont acquis leur statut légendaire. 
Les gens trouvent ses défauts charmants et vantent ses qualités. Avec la mort du propriétaire Mike Ilitch le 10 février et une première exclusion des séries éliminatoires en 26 ans pour les Red Wings, les amateurs s'accrochent à nouveau au passé. 

« C'est la même chose », a constaté Paul Woods, un attaquant des Red Wings de 1977 à 1984 et analyste à la radio depuis 1987. « Seule l'époque a changé. » 

Le « Joe » paraît plus vieux qu'il l'est. Il est unique dans la LNH parce qu'une grande portion de l'histoire de l'Olympia y a été intégrée et il a été le théâtre de tellement de choses au moment même où les amphithéâtres dernier cri se répandaient partout en Amérique du Nord. 

C'est le dernier aréna de la LNH que l'on peut qualifier de « grange », hormis peut-être le Scotiabank Saddledome de Calgary qui date de 1983. C'est le deuxième plus vieil édifice de la ligue après le Madison Square Garden, qui a cependant été complètement rénové en 2013. 

Heureusement que Detroit est une ville ouvrière reconnue pour son respect des traditions. 

Les marches sont dangereuses? Elles sont devenues un symbole. Il y a peu de services sur place? C'est une source de fierté; après tout, on n'y va que pour regarder un match de hockey. Les loges sont trop hautes? Les joueurs se sentent plus proches des partisans. Les sièges sont usés? Peu importe puisqu'on reste debout de toute façon. 

L'équipe de l'entretien répare les sièges et assure la propreté des lieux. Al Sobotka, le gérant du « Joe » depuis son ouverture, n'hésite pas à nous amener sous les gradins, où la bière et le maïs soufflé se déversent. Le plancher est impeccable. L'équipe utilise de vieux bâtons de hockey pour rallonger leurs balais et atteindre chaque recoin de l'édifice. 

Sobotka se sent insulté quand les gens qualifient le « Joe » de dépotoir. « Vous savez, a-t-il répondu, il y a beaucoup de personnes ici, à commencer par moi, qui sont très fières de ce qu'elles font. On l'entretient du mieux qu'on peut. » 

Selon les normes actuelles, le « Joe » est intime et la visibilité est excellente. L'éclairage est fort. La glace est dure. Les bandes sont capricieuses, car c'est le dernier endroit dans la LNH où elles sont encore en bois. Sous une mince couche de plastique blanc se trouvent deux couches de contreplaqué rouge supportées par un cadre en acier. Lidstrom, le défenseur membre du Temple de la renommée, décochait volontairement des lancers de la pointe sur la bande afin que la rondelle rebondisse devant le filet. 

Et le bruit? Assourdissant. 

« C'était un excellent endroit où jouer », a indiqué Yzerman, qui a été le capitaine des Red Wings lors de leur plus récente époque glorieuse et qui est maintenant le directeur général du Lightning de Tampa Bay. « Chaque fois qu'on sautait sur la glace pour jouer, on était fébriles. Il y avait une belle atmosphère. Il était beau dans sa simplicité. » 

Ce « Joe » n'avait rien d'ordinaire. 

* * * * * 

Les Red Wings devaient quitter l'Olympia Stadium en ville pour s'installer dans la banlieue nord. Ils devaient construire l'Olympia II, un aréna de 15 000 places, un peu plus gros que l'original, en face du Pontiac Silverdome. 

La Ville de Detroit construisait un amphithéâtre de 20 000 places au bord de la rivière, mais elle n'avait aucun locataire. Bref, la Ville a fait une offre que les Red Wings ne pouvaient pas refuser pour qu'ils s'installent de son nouvel aréna. Le conseil municipal l'a nommé en l'honneur de Joe Louis, le champion de boxe des poids lourds qui a grandi à Detroit. 

C'était, comme l'a écrit le Free Press, « un projet public terne, mais fonctionnel. » 

Quand les Red Wings ont accueilli les Nordiques de Québec lors du dernier match disputé à l'Olympia Stadium le 15 décembre 1979, les partisans ont hué lorsqu'on a mentionné le Joe Louis Arena. Quand les Red Wings y ont joué leur première partie 12 jours plus tard, les spectateurs ont hué chaque fois que le nom du nouvel amphithéâtre était mentionné. 

Le Free Press le surnommait le « Louis Arena » à l'époque, et non le « Joe ». La ville n'était pas encore prête à l'appeler par son prénom. 

Selon le journal, les critiques étaient plutôt mitigées. Un partisan le trouvait trop gros, donc il n'entendait pas bien les sons du hockey, comme la rondelle qui frappe un bâton. Un autre s'est plaint que la pente des gradins n'était pas assez prononcée, donc il ne voyait pas bien l'action quand il y avait quelqu'un devant lui, et ce, même s'il n'y avait plus de poteaux dans son champ de vision comme à l'Olympia. 

L'entraîneur des Red Wings Bobby Kromm a révélé que le premier match dans cet édifice a été comme une partie sur la route. L'attaquant Errol Thompson a ajouté qu'il trouvait que les partisans étaient trop loin. 

« Honnêtement, l'ambiance n'était pas très bonne, a admis Woods. On aimait tellement l'Olympia. » 

Les moments les plus mémorables des débuts du Joe Louis Arena sont pratiquement tous liés à l'Olympia. Le 12 janvier 1980, les partisans ont scandé le prénom de Howe quand ses Whalers de Hartford ont vaincu les Red Wings 6-4. Le 5 février 1980, les partisans ont à nouveau ovationné Howe et scandé « Gordie! » lorsqu'il a été présenté à la foule avant son 23e, et dernier, Match des étoiles de la LNH. Le 12 mars 1980, 19 jours avant son 52e anniversaire, les amateurs de Detroit ont vu leur héros jouer une dernière fois lors d'un match nul de 4-4. 
« Tout a commencé ici », avait déclaré Howe. 

Il parlait bien sûr de Detroit et non du Joe Louis Arena. 

Les Red Wings étaient mauvais à l'époque. Il y avait 2100 détenteurs d'abonnement et une moyenne de 7000 spectateurs par match. Le propriétaire Bruce Norris ressentait de plus en plus de pression pour vendre l'équipe. Il a fini par céder et il a vendu sa franchise à Ilitch pour 8 millions de dollars en juin 1982. 

Ilitch a investi environ 400 000 dollars pour rénover un aréna vieux de seulement deux ans et demi. Il a reconstruit le vestiaire et la salle de presse adjacente. Il a refait l'atelier. Il a fait repeindre la zone des partisans. On y a suspendu des voiles bleu-blanc-rouge et des tableaux des légendes des Red Wings au-dessus des portes avant. 
« Je veux que les partisans se sentent dans un aréna de hockey comme à l'Olympia Stadium », avait mentionné Ilitch au Free Press. « Ça ne se fera pas du jour au lendemain, mais je m'y engage. » 

Lorsqu'il a été présenté à la foule avant le match inaugural de la saison 1982-83, Ilitch a été ovationné, ce qui lui a fait monter les larmes aux yeux. Il a fait tirer une voiture ce soir-là, la première des nombreuses qu'il a données pour attirer les spectateurs. 

Les Red Wings étaient encore mauvais, mais après cette saison, ils ont sélectionné Yzerman avec le quatrième choix du repêchage 1983 de la LNH. Ilitch a dépensé des milliers de dollars de plus pour la peinture, les tableaux, l'éclairage et pour rénover le Club Olympia dans l'espoir de transformer cet aréna en joyau riverain, comme il aimait le décrire. 

Tandis que les Red Wings retrouvaient leur lustre, les partisans ont recommencé à remplir les gradins et une nouvelle énergie s'est installée dans le « Joe ». Les Red Wings ont atteint la finale de la conférence Campbell en 1987 et en 1988, s'inclinant chaque fois devant les puissants Oilers d'Edmonton. En 1990-91, ils ont amorcé une séquence de 25 participations consécutives aux séries éliminatoires. En 1993, ils ont embauché Scotty Bowman, qui était déjà intronisé au Temple de la renommée du hockey. 

Vers la fin de la campagne 1993-94, un spectateur a lancé une pieuvre sur la glace. La tradition remontait à 1952, aux jours de l'Olympia. Les huit tentacules de la pieuvre représentaient les huit victoires requises pour gagner la Coupe Stanley à l'époque. Or, cette tradition avait sombré dans l'oubli au cours des années de misère des Red Wings. 

Cette fois, pour une raison inconnue, Sobotka a soulevé la pieuvre au-dessus de sa tête et l'a fait tourner comme une serviette après être allé la ramasser sur la glace. La foule du « Joe » a rugi. 

« Tout a commencé quand je l'ai fait tourner », a raconté Sobotka. 

Les partisans ont continué de lancer des pieuvres quand les Red Wings ont participé à la finale de la Coupe Stanley en 1995 pour la première fois en 29 ans. Ils ont été balayés par les Devils du New Jersey. 
Sobotka est devenu une vedette locale, au même titre que les joueurs. 

En 1995-96, ils ont remporté 62 matchs, un record de la LNH, mais ils se sont inclinés en six parties devant l'Avalanche du Colorado en finale de l'Association de l'Ouest. C'est lors de cette série que l'attaquant de l'Avalanche Claude Lemieux a frappé Kris Draper pour ainsi donner naissance à une féroce rivalité. 
Les Red Wings ont vengé Draper et se sont forgé une identité quand ils ont gagné un match ponctué de plusieurs batailles contre l'Avalanche au « Joe » le 26 mars 1997, date qui est restée gravée dans la mémoire de plusieurs citoyens de Detroit. Puis, ils ont défait ce même adversaire en finale de l'Association de l'Ouest avant de mettre la main sur un premier titre de la Coupe Stanley depuis 1955. Darren McCarty a compté le but victorieux à domicile pour permettre aux Red Wings de balayer les Flyers de Philadelphie. 

« On a vécu quelques déceptions et on a brisé le cœur de plusieurs personnes, s'est remémoré Yzerman. Mais ils revenaient nous encourager chaque année et ils étaient toujours plus bruyants. » 

Le projet public terne était maintenant le cœur de « Hockeytown », l'identité créée par les Red Wings et vite adoptée par toute la ville. L'aréna dont personne ne voulait était maintenant l'endroit où tout le monde voulait être, sauf les équipes adverses. 

« Chaque fois qu'on mettait les pieds dans cet aréna, on était nerveux », a avoué l'ancien attaquant de l'Avalanche Peter Forsberg en janvier. « On savait qu'on s'en allait à la guerre. Si on n'était pas prêts dès la première minute, on était dominés. » 

Il a terminé avec ce qui est probablement le meilleur compliment qu'on peut faire à un amphithéâtre. 
« Je suis plutôt content qu'ils le démolissent », a conclu Forsberg. 

Les Red Wings ont de nouveau gagné la Coupe Stanley en 1998, en 2002 et en 2008, soulevant le précieux trophée à la maison en 2002. Ils ont poussé la finale de 2009 à la limite, mais ils ont perdu le septième match à domicile contre les Penguins de Pittsburgh. Ils ont établi un record e la LNH pour la plus longue séquence de victoires à domicile avec 23 gains consécutifs en 2011-12. Pensons un peu à tous les entraîneurs et tous les joueurs qui sont passés par le « Joe » : Bowman, Mike Babcock, les joueurs qui ont été intronisés au Panthéon du hockey, les membres de la « Grind Line »... 

« Il avait son propre charme unique et c'était notre maison », a affirmé le directeur général des Red Wings Ken Holland. « Il a été le théâtre de tout ça. » 

Quand on entre dans cet édifice aujourd'hui, les halls sont remplis de photos, de statues, de logos et même d'une promenade des étoiles. Il y a tellement de bannières accrochées au plafond que c'est presque un miracle qu'il ne se soit pas effondré. 

Quant aux joueurs et aux entraîneurs des Red Wings, dès leur arrivée, ils traversent le Club Olympia avec ses murs recouverts de photos en noir et blanc tirées du passé de l'équipe. Ils en ressortent près du vestiaire, où les murs sont ornés des noms des champions et des lauréats d'honneurs individuels. Ils marchent dans les couloirs, puis ils entrent dans le vestiaire. Des plaques, des photos. C'est autant un musée qu'un lieu de travail. 

« Tout ce qui a été accompli dans cet édifice, les championnats, les batailles, tout est dans ses murs », a révélé le défenseur des Red Wings Niklas Kronwall. « Bien sûr, le nouvel édifice va être extraordinaire, mais cet endroit est spécial. Je pense que tous ceux qui ont joué ici, que ce soit pour Detroit ou pour une équipe adverse, savent que c'est un endroit spécial. » 

* * * * * 

Bien que le Joe Louis Arena ait été l'hôte de plusieurs autres événements, tels que la convention nationale républicaine de 1980, des matchs de basketball de la NBA et de la NCAA, des combats de boxe et de lutte, des spectacles de patinage artistique et des concerts, c'était avant tout une grande patinoire communautaire dédiée au hockey. Des équipes de hockey mineur et universitaire ont joué ici, tout comme des équipes de la LNH. Certains jeunes ont gravi tous les échelons du hockey dans cet amphithéâtre. 

Mike Modano a grandi en banlieue de Detroit et il a joué son hockey mineur au sein du programme Little Caesars d'Ilitch. Il s'entraînait et jouait au « Joe ». Il utilisait des bâtons délaissés par des joueurs de la LNH. Il a affronté les Red Wings au « Joe » à de nombreuses occasions lorsqu'il défendait les couleurs des North Stars du Minnesota et des Stars de Dallas avant de conclure sa carrière qui l'a mené au Temple de la renommée avec Detroit en 2010-11. 

Doug Weight a grandi à Detroit. Il a joué contre le Little Caesars, il a remporté le titre de la Central Collegiate Hockey Association (CCHA) avec l'Université de Lake Superior State et il a affronté les Red Wings avec six formations de la LNH au « Joe ».

« Mon premier match ici a été très spécial », a raconté Weight, l'actuel entraîneur des Islanders de New York. « Je crois que ma première mise au jeu a été contre Stevie [Yzerman]. Je me demandais ce qui se passait. J'ai grandi en regardant jouer ces gars-là. »

Bryan Rust a grandi en banlieue de Detroit et il a compté un but lors des tirs de barrage entre les périodes des matchs des Red Wings au « Joe » à l'âge de huit ans. Il a joué avec et contre le Little Caesars au « Joe ». Il a gagné le titre de la CCHA ici avec l'Université Notre Dame et il y a affronté les Red Wings dans l'uniforme des Penguins. 

« Ça me rend un peu nostalgique parce que je sais ce que cet endroit signifie pour ma carrière de hockeyeur, pour l'amour du hockey dans ma famille et pour tous mes amis qui adorent le hockey », a révélé Rust. 
Justin Abdelkader (Université de Michigan State), Danny DeKeyser (Université de Western Michigan), Luke Glendening (Université du Michigan) et Dylan Larkin (Université du Michigan) ont tous grandi dans cet État. Ils ont joué au « Joe » et ils portent maintenant les couleurs des Red Wings. 

Quand il était jeune, Larkin recevait des billets pour un match des Maple Leafs contre les Red Wings à Detroit dans son bas de Noël. Il a assisté à sa première partie de la LNH vers l'âge de cinq ou six ans, il a joué son premier match ici à huit ans et il a aussi joué ici pendant ses études universitaires. 

« Presque chaque jour, je dois me pincer pour réaliser que je suis ici », a lancé Larkin. 

Assis à son casier dans le vestiaire, il regarde les photos de Lidstrom et Yzerman devant lui. À sa droite se trouvent 11 images de la Coupe Stanley qui représentent les 11 titres remportés par les Red Wings. 
« Partout où l'on regarde, a-t-il continué, on voit son histoire et tous les grands joueurs qui nous ont précédés. » 

Et partout où nous regardons, nous voyons aussi des visages familiers. Si seulement, nous pouvions tous les nommer. 

Le premier vice-président Jimmy Devellano est avec les Red Wings depuis 1982. Holland est avec l'équipe depuis 1983. Il a d'abord été embauché comme gardien dans les mineures, puis il est devenu dépisteur et enfin directeur général en 1997. 

D'anciens joueurs comme Draper (adjoint spécial au DG), Woods (analyste à la radio), Chris Chelios (entraîneur adjoint), Kirk Maltby (dépisteur professionnel), Chris Osgood (analyste en studio) et Mickey Redmond (analyste à la télévision) travaillent toujours au « Joe ». 

L'historien et statisticien Greg Innis est à l'emploi des Red Wings depuis la saison 1974-75, mais il vient à l'aréna depuis encore plus longtemps. Il affirme n'avoir raté que 12 rencontres locales depuis le 27 mars 1969. 
Cinq membres de l'équipe d'officiels mineurs travaillent au « Joe » depuis au moins 25 ans. L'un d'eux a même fait ses débuts à l'Olympia. 

Il y a 126 employés de l'aréna qui travaillent au « Joe » depuis au moins 20 ans. Cinq ont commencé à l'Olympia. 
Quand un journaliste entre au « Joe », Betty Malone (12 années d'expérience) vérifie son sac. Plus loin dans le couloir, Joe Quaiatto (21 années) vérifie son accréditation. Et encore un peu plus loin, Sobotka (46 années) conduit un chariot élévateur. 

Sobotka a commencé à l'Olympia en 1971 à l'âge de 17 ans. Vern, le frère de Gordie Howe, était alors le gérant et il l'avait engagé pour peindre les bandes. Il passe ses journées et ses nuits au « Joe » et il ne fait pas que conduire la Zamboni ou ramasser des pieuvres. Il dort parfois sur le sofa dans son bureau, une petite pièce douillette pleine de souvenirs. Osgood, un visiteur régulier, a apposé sa signature sur un carreau du plafond. 

Une fois par mois, si l'horaire le permet, un joueur ou l'organisation donne de l'argent à Sobotka pour acheter de la viande au Eastern Market (saucisses, hamburgers, côtes levées et poulet) et celui-ci fait un barbecue pour le personnel et l'équipe à la porte des livraisons. Un jour, la patinoire a été envahie par la fumée et Bowman s'est fâché. Tout a été oublié dès que la nourriture a été servie. 

Sobotka est marié. Il a rencontré sa femme, Sandy, à l'Olympia, mais il affirme passer plus de temps ici qu'à la maison. Certains de ses collègues croient plutôt qu'il est marié à l'aréna et à son travail. 

Une fois dans la salle de presse, Leslie Baker (36 années d'expérience) sert le repas. Baker a commencé à travailler au « Joe » en 1981 à l'âge de 17 ans. Elle était aide-serveuse au Club Olympia. Puis, elle est devenue serveuse pour les journalistes et les joueurs et elle a eu la chance de connaître tout le monde. Avant chaque match, elle place une bouteille de Perrier et la télécommande de la télévision à la table de Holland dans la salle de presse afin qu'il puisse regarder la partie en sirotant son verre. Quand il a terminé son Perrier, elle lui apporte son thé Earl Grey avec un peu de miel. Comme Holland le dit, c'est comme à la maison. 

« Au début, j'étais la petite sœur des joueurs, a révélé Baker. Ensuite, je suis devenue la grande sœur, puis la tante, la mère et maintenant, la grand-mère. » 

Elle rit. 

« C'est une famille, a-t-elle ajouté. C'est vrai. » 

Dans l'ascenseur, Eugene Sniezyk, qui porte fièrement la médaille du Purple Heart qu'il a reçue lors de la guerre de Corée, appuie sur les boutons comme dans les vieux magasins. 

« Deuxième étage! Lingerie! » 

Sur la galerie de presse, Greg Barbaza (17 années d'expérience) et Gary Hinds (26 années) accueillent les journalistes. Puis, Karen Newman (au moins 26 années), « l'enfant chérie des Red Wings », chante l'hymne national. En écoutant attentivement, on peut encore entendre l'éternel Budd Lynch. Il a passé 63 années dans l'organisation des Red Wings, principalement en tant qu'annonceur maison et descripteur. Il est décédé le 9 octobre 2012, mais grâce à un enregistrement, c'est toujours sa voix qui annonce la dernière minute de jeu de la période. 

Maintenant, il ne reste que 60 ou 65 minutes de jeu dans cet édifice. 

* * * * * 

Quand les Red Wings ont joué au Joe Louis Arena cette saison, personne n'a hué lorsqu'on mentionnait le Little Caesars Arena. Cette fois-ci, la tristesse se mélange à l'enthousiasme. 

« Je vais m'ennuyer de tout ce qu'il y a ici, a admis Draper. J'aime cet endroit. Les partisans sont extraordinaires. Quand je suis sur la glace et que je regarde toutes ces bannières auxquelles j'ai participé, je trouve ça spécial. Je ne l'oublierai jamais. » 

Mais… 

« C'est le temps de partir », a conclu Draper. 

Le Joe Louis Arena n'était pas à la fine pointe la journée de son ouverture. Le Little Caesars Arena sera spectaculaire et il est intégré à un secteur appelé le District Detroit, un projet de développement reliant les quartiers intermédiaires de la ville au centre-ville. 

Sa capacité est presque la même que celle du « Joe », mais la pente des gradins est plus prononcée et la mezzanine sera au-dessus de la partie inférieure de l'amphithéâtre. Personne ne devrait se plaindre d'être trop loin de l'action et d'avoir la vue obstruée. Les spectateurs vont surplomber les joueurs et ils vont aussi bénéficier d'une technologie de pointe, c'est-à-dire des porte-gobelets aux sièges! 

Il y aura une place publique avec des écrans à haute définition. Il y aura des bureaux, des boîtes de nuit, des restaurants et des boutiques dans les édifices autour de l'amphithéâtre. Un toit de verre recouvrira l'espace entre la patinoire et les bâtiments et c'est ce qui constituera les halls de l'édifice. Des halls bercés de lumière naturelle et spacieux, à mille lieues des halls étroits et sans fenêtres du « Joe ». 

Les joueurs auront de meilleures installations ainsi qu'une patinoire d'entraînement adjacente. Les employés auront de plus grands bureaux de même que des quais de chargement qui ne laisseront plus entrer autant d'air froid l'hiver. 

Et les souvenirs et les héros ne seront pas oubliés. 

Des présentoirs honoreront l'histoire des Red Wings et des Pistons de Detroit, qui quitteront le Palace d'Auburn Hills en banlieue pour s'installer ici. La plupart des visages familiers seront de retour pour faire le même travail dans un nouvel édifice. 

L'objectif est de créer une nouvelle histoire glorieuse afin qu'un jour, les gens aient les mêmes sentiments pour le Little Caesars Arena que pour l'Olympia et le « Joe ». 

« Dans la vie, on se crée toujours de nouveaux souvenirs, a déclaré Babcock. Et c'est ce qui se passera dans le nouvel amphithéâtre. » 

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