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Le hockey en chiffres : l'importance de la prudence

Le Lightning sera sous la pression du plafond salarial pendant des années en raison des contrats à long terme

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

L'arrivée de Jon Cooper à la barre du Lightning de Tampa Bay en 2013 coïncide avec l'amorce d'une période faste pour cette franchise. Si on sent, à regarder l'équipe prendre de la maturité, qu'elle s'installe définitivement parmi les meilleures franchises de la ligue pour les années à venir, la série de contrats attribués cet été par le directeur général Steve Yzerman soulève une question plus générale : la mode des contrats à long terme, utilisés pour diluer l'impact annuel d'une entente sous le plafond salarial, est-elle en train d'arriver à son terme?

Cooper s'amène dans la LNH au mois de mars 2013. Il n'arrive pas seul; Yzerman rappelle aussi de la Ligue américaine de hockey les attaquants Ondrej Palat et Tyler Johnson, en plus de faire l'acquisition du gardien Ben Bishop. Avec l'attaquant Nikita Kucherov qui arrive la saison suivante, le défenseur Anton Stralman, signé comme joueur autonome à l'été 2014, ainsi que Victor Hedman et, bien entendu, le capitaine Steven Stamkos, c'est un formidable noyau de joueurs qu'on a assemblé à Tampa Bay.

On a réussi à consolider ce noyau en paraphant de nouvelles ententes avec Hedman (huit ans, 7,8 millions $ par saison) et Stamkos (huit ans, 8,5 millions $). Selon le site General Fanager, Yzerman a maintenant environ 6,5 millions $ d'espace sous le plafond pour mettre sous contrat Nikita Nesterov et… Kucherov.

Déjà, considérant le contrat de trois ans signé par le gardien Andrei Vasilevskiy (qui s'amorce en 2017) et son excellente tenue en séries éliminatoires de la Coupe Stanley, on peut soupçonner que Bishop ne sera pas de la formation à l'ouverture du camp d'entrainement. Mais si le fait d'échanger son vétéran gardien peut permettre à Yzerman de boucler son budget pour la présente saison, tout sera à recommencer l'an prochain.

Tampa Bay a présentement 55 millions $ en salaires promis pour la saison 2017-18 et Kucherov risque fort de signer pour 6 ou 7 millions $ par saison. À quelques millions de dollars près, on peut donc présumer qu'Yzerman aura une dizaine de millions de marge de manœuvre à l'été 2017. Tout ça en ayant à signer Palat, Johnson et Jonathan Drouin. Bref, Yzerman a d'autres choix difficiles à venir, et pourrait notamment avoir à racheter d'autres contrats onéreux, comme il l'a fait avec celui du défenseur Matt Carle cet été.

Le nœud du problème se trouve dans le fait qu'Yzerman a payé très cher pour « acheter » de l'expérience, il y a de ça quelques saisons. Ryan Callahan a signé un contrat de six ans qui s'amorçait alors qu'il avait 30 ans. Valtteri Filppula a paraphé une entente de cinq ans alors qu'il avait 29 ans et Carle une entente de six ans alors qu'il en avait 28. Le marché des joueurs autonomes et les contrats consacrés à des joueurs éligibles à l'autonomie complète, bref, n'ont pas été la source de très bonnes ententes pour Yzerman (Stralman reste ici l'exception).

Ces joueurs ne sont pas mauvais, loin de là, mais le fait est qu'on leur consacre aujourd'hui des sommes de 5 ou 6 millions $ par saison pour être essentiellement du personnel de soutien. La ligue rajeunit et les équipes qui surinvestissent dans ces ententes à long terme pour des joueurs au-delà de la trentaine pourraient devenir un point de différentiation important. On a pu gommer ces problèmes pendant quelques saisons grâce à la hausse rapide du plafond salarial, mais il semble bien que cette ère soit révolue.

Le cas d'Alex Killorn est sur ce point fort intéressant. Marqueur de 40 points, habitué du top-6 sans y être définitivement installé, Killorn est un joueur diablement intéressant. Mais, à 26 ans, il est ce qu'il est, on ne peut attendre de lui qu'il progresse significativement. Et Yzerman a choisi de le mettre sous contrat pour sept ans, ce qui le lie au club jusqu'à l'âge de 33 ans. Pour un joueur étoile comme Stamkos, une entente de cette durée est compréhensible, on peut garder espoir d'avoir encore à cet âge un authentique joueur de top-6 à forces égales, doublé d'un vétéran sagace et toujours efficace en avantage numérique.

Mais pour Killorn, un joueur qui fait son pain et son beurre quelque part entre le deuxième et le troisième trio? Il est difficile pour un DG de ne pas tomber en amour avec ces joueurs intenses et efficaces. Mais à l'image de Dustin Brown et Mike Richards à Los Angeles, Bryan Bickell et Kris Versteeg à Chicago, il est tentant de donner des gros contrats à des joueurs qui ont connu d'excellentes séries éliminatoires, mais qui demeurent somme toute d'excellents joueurs de soutien bien plus que des membres à  part entière du noyau de l'équipe.

Ce faisant, on se prive de marge de manœuvre pour signer à plus court terme et à plus grand frais des joueurs de plus haut calibre; on doit alors diluer le salaire de ces derniers dans la durée. Ce faisant, on s'expose à long terme. Je pousse cette réflexion suite à l'article de la semaine dernière, portant sur Jamie Benn des Stars de Dallas. En surface, voici un contrat tel qu'on les aime dans la LNH. Mais dans les faits, ne gagnerait-on pas plutôt à payer Benn 12 ou 13 millions $ par saison pour trois ou quatre saisons et ensuite aviser alors qu'il a 31 ou 32 ans, plutôt que de s'enferrer pour huit ans? On cite des joueurs comme Joe Thornton des Sharks de San Jose comme exemple de vedettes qui vieillissent bien, mais on oublie du fait même un nombre impressionnant d'excellents joueurs qui décline rapidement passé le cap de la trentaine; son coéquipier Patrick Marleau, par exemple.

C'est toujours un peu le même cercle vicieux, donc. On dilue le montant immédiat sous le plafond contre une plus longue durée et, ce faisant, on gomme graduellement la marge de manœuvre du club. Ce qui fait mal, ici, c'est qu'on utilise des saisons passé le cap de la trentaine pour diluer le prix des meilleures années d'un joueur. Bref, on pense encore à court terme dans la LNH, un peu comme si nombre de DG sentaient que, de toute façon, un autre se débrouillera avec la facture.

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