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L'an 2 des Maple Leafs

Bouchard: Le virage jeunesse de Toronto porte ses fruits, et le meilleur est à venir

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Après avoir remanié de fond en comble l'état-major de l'équipe après la campagne de 2014-2015, les Maple Leafs de Toronto ont connu l'an dernier une saison pénible, ainsi qu'on nous l'avait annoncé. Cette saison, l'équipe a jusqu'ici obtenu 15 points en 15 matchs et semble encore cheminer péniblement vers un avenir prometteur. Est-on encore à plusieurs saisons de voir du hockey en mai dans la Ville Reine? Rien n'est moins sûr.

Les Maple Leafs ont opéré d'un coup sec un virage jeunesse majeur cette saison. Après avoir peuplé l'an dernier leur alignement de vétérans destinés à être largués contre des choix au repêchage à la date limite des transactions, on a bouché les trous avec un maximum de jeunes joueurs. En traçant la ligne à Nikita Zaitsev, 12 des 25 joueurs à avoir endossé l'unifolié depuis le début de la saison étaient âgés de 25 ans ou moins. Et seuls Milan Michalek (qui n'est plus avec le club) et Matt Hunwick ont dépassé le cap des 30 ans. Au total, ça ne laisse que deux trentenaires à l'attaque et trois en défensive.

Il semble bien que ce mouvement jeunesse massif ait un impact assez clair merci sur l'efficacité du club à 5-contre-5. Dans l'ensemble, les Maple Leafs y obtiennent beaucoup plus de chances de marquer, en accordent aussi beaucoup plus et sont plus inefficaces aux deux extrémités de la patinoire. La question est de savoir ce qui, dans ces pertes d'efficacité, est momentané, soit le simple reflet d'un manque de chance, et ce qui est plutôt le résultat d'une mauvaise exécution. À regarder les seules données, il est encore trop tôt pour le dire, mais les indices de progrès sont manifestes et laissent entrevoir des gains de performances notables à court terme.

Pour bien saisir la progression des Maple Leafs, j'utilise l'indice « expected goals » développé par le site Corsica.hockey. Cet indice pondère chaque tir en fonction d'une série de facteurs (endroit d'où il est effectué, situation de match, type de tirs, etc.) influant sur la possibilité qu'il soit converti en buts. On est donc capable, en l'utilisant à l'échelle d'une équipe, de voir quelle production de buts on peut attendre de ce groupe.

Depuis l'arrivée de Mike Babcock, les Maple Leafs sous-performent sur ce point. Le nombre de buts réellement obtenus par l'équipe est inférieur au nombre de buts attendus. Ceci étant dit, le volume de buts a tout de même dramatiquement augmenté cette saison.

Une augmentation de 25 pour cent (de 1,9 à 2,5 par heure jouée à 5-contre-5) de la production de buts à 5-contre-5, ça n'est pas rien! C'est d'autant plus impressionnant que les pourcentages ne semblent pas être particulièrement du bord des Maple Leafs, le nombre de buts attendus ayant augmenté encore plus dramatiquement, soit de 33 pour cent (de 2,4 à 3,2).

Le volume est là, donc, même si manifestement le taux de conversion n'y est pas. Encore ici, même si les Maple Leafs sous-performent, le gain reste réel. Le taux attendu augmente de 1,3 pour cent, le taux réel de 1,1 pour cent. À l'échelle d'une saison, on parle d'une différence de près de 30 buts marqués!

 

L'ennui de ce virage jeunesse, c'est ce qui arrive sur le plan défensif. Les Maple Leafs accordent un but de plus que l'an dernier par heure jouée à 5-contre-5, une somme ahurissante lorsqu'on sait que le nombre de buts attendus a quant à lui monté de « seulement » 0,5 but par heure.

 

Lorsqu'on parle de buts accordés, on parle nécessairement du travail des gardiens, et encore ici, la tendance est inquiétante. La qualité des tirs accordés ayant augmenté (le pourcentage d'arrêts attendu baisse de presque 1 pour cent), il est normal que l'équipe accorde plus de buts. Mais la marge qui sépare les performances réelles des gardiens de leurs performances attendues a elle aussi explosé.

Alors que le groupe de cerbères de 2015-16 a légèrement sous-performé (0,4 point de pourcentage), celui de 2016-17 perd beaucoup de plumes, 1 point de pourcentage sous son niveau attendu, 1,5 sous le niveau de l'an dernier. Un peu comme si on passait de Carey Price à un gardien moyen, ou d'un gardien moyen aux pires de la LNH.

 

Frederik Andersen est un bien meilleur gardien que ce qu'il a démontré jusqu'ici. Sa performance actuelle équivaut à accorder une quinzaine de buts de plus qu'un gardien moyen à l'échelle d'une saison de 65 matchs, alors qu'entre 2013 et 2016, il a épargné une dizaine de buts par saison à ses équipes. Sur ce seul point, les Maple Leafs vont s'améliorer.

Ensuite, il y a la défensive. On laisse présentement une foule de jeunes se faire les dents en obtenant beaucoup de temps de jeu. Si on réussit à obtenir un bon défenseur dans la force de l'âge, le groupe entier pourrait faire un grand bond vers l'avant. C'est le dilemme des équipes en reconstruction, surtout lorsqu'elles ont les moyens du club torontois. Combien de temps peut-on résister à la tentation d'essayer de tirer sur la tige de la fleur pour qu'elle pousse plus vite?

 

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