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La formation des trios et duos ou l'art de ne pas se créer des problèmes

Notre chroniqueur analyse les combinaisons de joueurs et l'impact de celles-ci à travers la LNH

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Les entraîneurs de la LNH, c'est bien connu, aiment jongler avec les combinaisons de joueurs. Selon le contexte, selon les tendances de buts marqués aussi. Tout ça laisse parfois l'impression, surtout dans le cas des trios d'attaquants, d'être un peu aléatoire.

Dans le cas des défenseurs, c'est une autre paire de manches, on semble capable de s'en tenir à ce qui fonctionne. Le détail des données suggère que des équipes en difficultés peuvent s'inventer des problèmes en modifiant des combinaisons efficaces lors de séquences malchanceuses.

Nuançons d'emblée en fonction des positions. Du côté des défenseurs, les tandems les plus efficaces, même s'ils ne sont pas toujours très chanceux, demeurent utilisés systématiquement.

Ainsi, Mark Giordano et Dougie Hamilton demeurent le cas d'espèce en la matière. Dominants à tous les points de vue, ils sont victimes du mauvais sort qui s'acharne sur les attaquants des Flames de Calgary. Alors que leur domination territoriale et aux tirs laisse attendre un différentiel de plus-10 aux buts, ils font en fait jeu égal.

Jared Spurgeon et Ryan Suter sont aussi dans le même bateau, et trois autres duos affichent un différentiel de buts réel inférieur à leur différentiel attendu. Cinq duos parmi les dix meilleurs, donc, sous-performent actuellement.

Ces dix duos, s'ils n'ont pas toujours été réunis dès le début de la saison, n'ont été depuis séparés qu'en cas de blessures. Plus encore, les quatre meilleurs duos ont tous franchi le cap des 400 minutes jouées ensemble. C'est un contraste frappant avec les attaquants, on le verra.

Je soupçonne qu'on trouve ici un reflet des effectifs réduits en défensive. Avec 6 joueurs habillés, la plupart des équipes procèdent selon la logique top-4/troisième paire, le premier groupe amassant le gros des tâches difficiles. Une fois un défenseur installé dans un rôle, on semble présumer que celui-ci lui revient. Je pense qu'il y a aussi une question de gestion des attentes du côté de l'attaque. On n'attend pas d'un duo défensif qu'il marque des buts. On n'aura donc pas tendance à perdre patience avec celui-ci lorsque la rondelle ne rentre pas dans le filet adverse.

C'est une autre paire de manches du côté des trios.

La présence du fameux trio 3M (Matthew Tkachuk, Michael Frolik, Mikael Backlund) des Flames en tête de ce classement n'est pas surprenante. Depuis leur réunion l'an dernier, ils ont été fantastiques, étant remarquablement menaçants tout en jouant un rôle défensif de premier plan. Qui sait, peut-être que le jeune Tkachuk deviendra un jour si bon qu'on n'aura plus intérêt à l'associer aux deux autres, mais on n'y est pas.

Je souligne au passage que les trois profitent évidemment de Giordano et Hamilton derrière eux. Reste que leur stabilité détonne du reste de la liste, étant les seuls à s'approcher du cap des 400 minutes jouées ensemble.

Le trio de Sean Couturier, Claude Giroux et Jakub Voracek est le seul autre à avoir franchi le cap des 300 minutes de jeu, mais on l'a séparé depuis une dizaine de matchs. Ce geste, posé lorsque les Flyers étaient en pleine glissade au classement, a surement été fait pour freiner la glissade, mais en associant Voracek à Valtteri Filppula, on n'a pas vraiment réglé de problème fondamental. Filppula continue à perdre la bataille du taux de possession et Voracek s'est simplement mis à couler avec lui. C'est à se demander si on ne s'est pas inventé un problème en procédant de la sorte.

Les autres trios de ce classement ont connu des sorts plus divers. Ainsi, Patrice Bergeron, David Pastrnak et Brad Marchand n'ont pas souvent été réunis jusqu'ici, notamment à cause de blessures diverses. Mais en exactement 200 minutes, ils ont marqué 10 buts sans en accorder un seul ! Cette unité de choc, sans contredit l'une des meilleures de la LNH, pèse lourd dans la balance pour les Bruins de Boston et contribue à faire des Bruins une des équipes à surveiller en deuxième moitié de saison. Si on croise la présence de ce trio avec le fait que Charlie McAvoy est aujourd'hui capable d'accompagner Zdeno Chara et qu'on ajoute que Brandon Carlo patrouille désormais le flanc droit de Torey Krug, Boston possède un haut d'alignement capable de tenir tête à n'importe qui dans la Ligue.

Les Golden Knights n'ont pas mis beaucoup de temps à identifier leur premier trio et s'en tiennent fidèlement à lui depuis un moment déjà. Ce qui doit être souligné dans ce cas-ci, c'est que cette unité est aux deux tiers constituée d'anciens des Panthers de la Floride. Plus précisément, ces deux joueurs ont coûté une sélection au repêchage d'expansion (Jonathan Marchessault) et un choix de quatrième ronde (Reilly Smith). Toute une aubaine !

Je note enfin que les Maple Leafs de Toronto ont deux trios dans cette liste, ceux d'Auston Matthews et de Tyler Bozak. Le travail de reconstruction s'est achevé l'an dernier dans la Ville Reine, et la présence de Mitchell Marner et de James van Riemsdyk aux côtés de Bozak, dans l'ombre de Matthews, illustre bien à quel point cette équipe regorge désormais de ressources à l'offensive. Sachant qu'en plus, Nazem Kadri s'impose de plus en plus sur le plan défensif, on voit bien que la montée en puissance de cette équipe ne repose pas simplement sur la présence d'un attaquant surdoué.

À regarder ces unités, mais aussi à voir comment certains joueurs étoiles sont absents de cette liste (je pense notamment à Sidney Crosby et à Connor McDavid, bien entendu), j'ai l'impression qu'on voit ici illustré l'envers de ce que les duos défensifs nous ont montré. C'est-à-dire que, si on accepte des défenseurs qu'ils auront des passages à vide sur le plan défensif, on est beaucoup moins patient avec les attaquants.

L'utilisation du différentiel brut des buts prévus pour identifier les bons trios n'est pas innocente. Pour arriver à un bon différentiel, un trio doit avoir passé un certain temps ensemble. Or, les entraineurs n'ont pas beaucoup de patience pour les unités qui accordent trop de buts, peu importe si c'est une question de compétence ou de malchance.

Regardez la liste des trios les plus utilisés depuis le début de la saison. Outre deux unités identifiées plus haut (celles de William Karlsson à Vegas et la ligne 3M de Calgary), tous les autres ont outrepassé leur différentiel de buts attendus.

J'en reviens (encore) aux Golden Knights. J'ai l'impression qu'ils sont un peu en train de montrer la voie sur ce point. Est-ce le résultat d'une innovation volontaire ou simplement le fait d'un début de saison joué sous l'œil bienveillant de Dame Chance? Je ne saurais le dire, mais leurs trios sont d'une étonnante stabilité et les résultats sont non seulement au rendez-vous, mais vont en s'améliorant.

Le blogueur Sean Tierney, qui produit des visualisations de données à partir des informations publiées sur corsica.hockey, montrait dernièrement à quel point les Golden Knights sont globalement en train de s'installer parmi les très bonnes formations de la Ligue.

C'est pourquoi ces données me suggèrent qu'il y a lieu de s'interroger sur cette propension des entraineurs à suivre les différentiels de buts. Ceux-ci sont si souvent le fruit d'événements fortuits qu'en suivant leur évolution sur un laps de temps trop serré, on en perd de vue ce qui fait l'efficacité d'un groupe de joueurs donné.

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