Skip to main content

Kessel retrouve son jeu… et la sérénité à Pittsburgh

L'attaquant des Penguins fait oublier son passé en faisant figure de meneur contre le Lightning

par Dan Rosen @drosennhl / Journaliste principal NHL.com

TAMPA - Avant même de pouvoir espérer comprendre l'ailier droit des Penguins de Pittsburgh Phil Kessel et toutes ses particularités, il faut d'abord réaliser que l'image qu'on lui prête, soit celle d'être un joueur vedette incompris, est mal avisée.

 

« Il s'illustre quand il n'est pas obligé d'être celui à qui on se fie », a déclaré l'ancien entraîneur des Maple Leafs de Toronto Randy Carlyle à NHL.com.

 

Il est très talentueux et unique en son genre - des qualités qu'une superstar doit avoir. Mais loin de vouloir se retrouver sous les feux de la rampe, Kessel préfère les éviter.

« Il ne veut pas nécessairement être devant la caméra, il n'en a pas vraiment besoin », a affirmé le capitaine des Penguins Sidney Crosby.

 

Pendant plusieurs années, quand il s'alignait avec les Bruins de Boston ou encore avec les Maple Leafs sous les ordres de Ron Wilson puis Carlyle, Kessel semblait pourtant incapable d'éviter l'attention médiatique. Cette attention a alimenté une perception de lui qui n'était pas entièrement fidèle à la réalité.

 

On lui a donné l'étiquette d'un joueur paresseux, on l'a ridiculisé parce qu'il ne semblait pas avoir un esprit de compétition très élevé et on critiquait son apparente indifférence à l'égard des succès de l'équipe.

 

« Il y a bien des gens qui n'aiment pas Phil Kessel pour une raison quelconque, a noté le directeur général des Penguins Jim Rutherford. Il a seulement été le meilleur joueur que Toronto a eu pendant [six] années, année après année, et on le blâmait pour tout, ce qui était très injuste. »

 

Kessel s'est attiré les critiques en partie par sa faute, par exemple avant la saison 2014-15, lorsqu'il a dit aux journalistes de Toronto qu'il n'avait patiné qu'une dizaine de fois durant l'été, et qu'il ne parlait pas de hockey ou ne faisait rien ayant trait au hockey pendant la saison morte.

 

On a alors cru qu'il n'aimait pas sa profession.

 

Mais maintenant que Kessel se retrouve un peu à l'abri à Pittsburgh en raison de la présence d'autres joueurs vedettes comme Crosby, Evgeni Malkin et Kristopher Letang, on commence à le voir pour ce qu'il semble vraiment être : un marqueur dominant qui est très rapide et a un tir formidable, un joueur que ses coéquipiers adorent, ainsi qu'un homme qui est tout simplement timide quand on lui porte attention et lorsqu'il rencontre les journalistes.

 

« La chose qu'il ne veut pas, c'est qu'il ne veut pas que la direction, les entraîneurs ou les médias voient le vrai Phil, a affirmé Carlyle. Il est très réservé à cet égard. Il veut passer du temps avec ses coéquipiers. Il est toujours impliqué à ce niveau-là. Il veut juste être un coéquipier et laisser les autres décider qui il est, et c'est pourquoi il est très à l'aise avec le rôle qu'on lui donne maintenant. »

 

Sauf qu'encore une fois, en raison du niveau de jeu qu'il offre sur la patinoire, les feux de la rampe se sont de nouveau braqués sur lui.

 

Kessel a deux buts et quatre points jusqu'ici dans la série contre Tampa Bay, pour un total de sept buts et 16 points en 14 matchs depuis le début des séries éliminatoires de la Coupe Stanley. Les Penguins mènent le Lightning 2-1 en finale de l'Association de l'Est alors que le quatrième affrontement aura lieu vendredi au Amalie Arena (20h HE ; TVA Sports, CBC, NBCSN).

 

Kessel est possiblement le principal candidat chez les Penguins dans la course pour le trophée Conn Smythe.

 

Tout commence par ses jambes. Il est rapide, même si ça ne paraît pas. Letang a affirmé que s'il ne connaissait pas déjà Kessel, il ne penserait jamais qu'il était un joueur de hockey juste à le regarder.

 

« Mais si tu te retrouves dans une course pour la rondelle avec lui, tu vas te faire battre », a indiqué le défenseur des Penguins.

 

La vitesse de Kessel est bien complétée par ses compagnons de trio, Carl Hagelin et Nick Bonino, deux attaquants qui jouent nord-sud, qui forcent les joueurs adverses à reculer et ainsi à leur céder de l'espace.

 

« Quand le trio fonctionne bien, la vitesse qu'il affiche signifie que l'adversaire ne peut pas trop forcer le jeu à la ligne bleue offensive parce qu'il y a des chances qu'ils placent le disque derrière vous et que Kessel va filer en échappée parce qu'il sait que la rondelle s'en va là, a expliqué le défenseur membre du Temple de la renommée Brian Leetch. Alors vous devez accorder deux pieds de plus à Phil à sa ligne bleue défensive, et quand il reçoit régulièrement une passe avant, il se retrouve à avoir davantage d'espace pour accélérer vers toi et gagner en vitesse. Ça te force à reculer encore plus.

 

« Et vous avez un autre ailier qui fonce du côté opposé, alors ton partenaire en défense doit reculer lui aussi, ce qui met plus de pression sur tes attaquants en repli, parce que s'ils tardent trop, ils ne pourront pas rattraper ces gars-là. »

 

Selon le défenseur du Lightning Matt Carle, la clé, c'est de foncer sur Kessel très tôt afin d'éviter qu'il prenne de la vitesse. Les joueurs de Tampa Bay n'ont pas encore réussi à le faire et c'est pourquoi ils ont joué sur les talons face à lui.

 

Carle a également fait remarquer que les défenseurs du Lightning doivent forcer Kessel à décocher ses tirs de la périphérie, mais cela s'avère une stratégie plus ou moins efficace en raison de la façon dont il tire la rondelle.

 

« Je trouve que son tir est trompeur », a déclaré Carle.

 

C'est effectivement le cas car Kessel ne fait aucune pause au moment de tirer ; il balaye la rondelle pendant qu'il patine. Selon le gardien des Penguins Jeff Zatkoff, le mot qui décrit le mieux le tir de Kessel est « lourd », mais il est également dangereux parce que Kessel dégaine rapidement pendant qu'il est en mouvement.

 

« Il tire la rondelle sans effort, a noté Zatkoff. Tout le monde sait qu'il a un tir puissant, mais dans les faits il s'amène sur l'aile et on a l'impression qu'il fait juste tirer machinalement, mais ensuite tu te rends compte que la rondelle s'en vient avec beaucoup de vitesse et de puissance. S'il a bien visé sa cible, ça devient difficile de faire l'arrêt. Tu n'a pas le temps de t'ajuster. »

 

L'ancien gardien de la LNH Martin Biron a fait remarquer que Kessel trompe le gardien en faisant bouger son bâton juste avant qu'il dégaine vraiment. Brendan Shanahan avait l'habitude de faire la même chose, a rappelé Biron.

 

« Parfois tu sais où ils veulent tirer, a souligné Biron. Et ils font quelque chose juste avant de tirer, alors tu bouges en fonction de l'endroit où tu crois qu'ils visaient initialement, et ensuite ils te battent. »

 

Selon Leetch, Kessel a toujours eu une vitesse hors du commun et un tir formidable. Il se souvient de l'avoir regardé jouer au Championnat de monde junior et d'avoir remarqué ces deux qualités, se disant qu'elles étaient déjà toutes deux « de niveau LNH et plus ».

 

Mais quand on a commencé à croire que Kessel était un joueur indifférent aux succès de son équipe, on s'est mis à douter de ces qualités. C'est pourquoi des gens à Boston estimaient qu'il devait partir, et que des gens à Toronto affirmaient qu'il ne fallait pas rebâtir l'équipe avec un joueur comme lui.

 

Il est présentement en voie de montrer que cette perception qu'on avait de lui était inexacte.

 

« Phil est probablement quelqu'un qui est incompris, a déclaré l'entraîneur des Penguins Mike Sullivan. Nous avons vraiment appris à apprécier ce qu'il amène à l'équipe et ce qu'il fait pour nous aider à gagner.

 

« La qualité en particulier que j'ai appris à apprécier chez Phil, c'est son esprit de compétition, surtout quand l'enjeu est grand. »

 

En voir plus