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Touchette : Un bras de fer, deux gagnants

L'attaquant du Lightning Jonathan Drouin et le directeur général Steve Yzerman tirent profit de leur conflit

par Serge Touchette / Chroniqueur LNH.com

Il y a à peine quelques semaines, il jouait au hockey dans sa cour. Seul ou avec des amis. Aujourd'hui, il est parmi les meilleurs joueurs des séries éliminatoires de la Coupe Stanley.

Vous avez probablement reconnu Jonathan Drouin, du Lightning de Tampa Bay.

Après avoir fait de l'école buissonnière, il est devenu premier de classe.

Bref, le rebelle est devenu un héros.

Qui l'eût cru ? 

Les séries ont toujours eu leur lot d'histoires surprenantes. Elles ont souvent servi de rampe de lancement à des joueurs qui, jusqu'à ce jour, n'avaient encore rien cassé.

Mais j'ai beau cherché, je ne me souviens pas d'avoir déjà vu un joueur s'éclater en séries après avoir déserté son organisation.

Je me souviens que le gardien des Canadiens de Montréal, Ken Dryden, avait fait une croix sur la saison 1973-74 après avoir rejeté la dernière offre salariale de son employeur avant de revenir en force et d'aider les siens à remporter la Coupe Stanley quatre fois d'affilée (1976 à 1979).

Mais son cas ne se compare en rien à celui de Drouin. Dryden, à l'époque, était déjà un gardien accompli alors que Drouin était considéré comme un joueur prometteur, sans plus.

L'ancien premier choix au repêchage du Lightning, troisième au total en 2013, connait des séries pour le moins spectaculaires avec 10 points en 11 matchs avant le match no 2 de la finale de l'Association de l'Est lundi soir (20h HE; TVA Sports, CBC, NBCSN).

Ses passes savantes et sa vision peu ordinaire du jeu ne font que confirmer l'immense talent qu'on lui a toujours reconnu.

Il n'y pas si longtemps, ils étaient nombreux à dire: « Il se prend pour qui, Jonathan Drouin ? »

La véritable réponse à cette question est survenue seulement quelques mois plus tard: il se prend, somme toute, pour un joueur qui a sa place dans la LNH.

D'autres questions ?

Bras de fer

On connait son histoire: en janvier dernier, Drouin, insatisfait de son temps d'utilisation, a réclamé une transaction après avoir été rétrogradé dans la Ligue américaine de hockey.

Et après quelques matchs avec le Crunch de Syracuse, il a plié bagages et rentré à la maison tout en transportant son sac d'équipement. Résultat, il a été suspendu le 20 janvier.

Sa suspension a été levée le 7 mars après que le Lightning eût été incapable de l'échanger. Mais depuis, il fait des flammèches.

Comme s'il était tombé dans la potion magique.

Je ne m'en cache pas; j'étais de ceux qui ont désapprouvé ouvertement la décision de Drouin de quitter l'organisation du Lightning.

Un joueur qui paraphe un contrat en est un qui, forcément, a des obligations légales et morales envers son équipe.

Et un joueur qui a encore tout à prouver n'a certainement pas intérêt à tourner le dos à ses employeurs.

Vraisemblablement, Drouin était destiné à frapper un mur. Et à ternir à tout jamais sa réputation.

Il jouait gros, Jonathan Drouin. Envers et contre tous, il a choisi de défendre ses convictions, d'engager un bras de fer avec quelqu'un de beaucoup plus costaud que lui, l'organisation du Lightning.

Les gagnants

Qui donc a gagné en bout de ligne ?

À vrai dire, Drouin et Steve Yzerman, le directeur général du Lightning, sont tous deux sortis gagnants.

Le premier parce qu'il a fait la preuve, hors de tout doute, qu'il avait sa place sur les patinoires de la LNH et le second parce qu'il n'a pas cédé à la tentation de l'échanger.

On ne connaîtra sans doute jamais la qualité des offres qui ont été soumises à l'ancienne grande vedette des Red Wings de Détroit, mais il y a fort à parier que certaines d'entre elles étaient particulièrement alléchantes.

Yzerman a dit non, merci. Et probablement plus d'une fois. C'est sans doute la preuve, une fois de plus, pourquoi il est au nombre des meilleurs directeurs généraux de la LNH.

Si les meilleurs échanges sont souvent ceux qu'on ne fait pas, Yzerman, mine de rien, a ajouté une autre étoile dans son cahier.

Une stratégie contestée

Drouin ? Si sa stratégie a été contestée, dénoncée, voire ridiculisée par certains observateurs, il a eu le mérite de se tenir debout.

De toute évidence, il y a quelqu'un qui croyait en lui dur comme fer, quelqu'un qui était disposé à se battre jusqu'au bout.

Ce quelqu'un a un nom: Jonathan Drouin. 

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