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Joe Thornton vit des jours heureux

L'attaquant savoure la résurgence des Sharks, qui mènent la série contre les Blues 2-1 à l'approche du quatrième match

par Nicholas J. Cotsonika @cotsonika / Journaliste NHL.com

SAN JOSE - Au début, il a hésité.

Joe Thornton, un des meilleurs fabricants de jeu et attaquants défensifs du hockey à l'âge de 36 ans, venait de se faire demander s'il était le moindrement surpris par le niveau de jeu qu'il continue d'afficher à ce stade de sa carrière.

Il n'était pas assis dans une salle privée à discuter avec des coéquipiers, un contexte où il aurait été à l'aise et aurait parlé avec franchise. Il était plutôt sur une estrade, à la suite de la victoire de 3-0 que les Sharks de San Jose venaient de signer contre les Blues de St. Louis à l'occasion du troisième match de la finale de l'Association de l'Ouest, jeudi soir ; il était alors sous les feux des projecteurs, ainsi que devant des micros et plusieurs rangées de journalistes munis de caméras et d'enregistreuses.

« Non. Euh… »

Une pause.

« Je sais que je suis un excellent joueur. »

Thornton a souri et la salle a éclaté de rire. On entend rarement des athlètes dire de telles choses, peu importe le niveau de talent qu'ils ont - surtout les joueurs de jockey, et surtout Thornton.

Mais le reste de sa déclaration était tout aussi lourde de sens.

« Et j'adore jouer, je me sens bien avec ceux qui jouent avec moi, ainsi qu'avec l'équipe, a continué Thornton. C'est juste que… »

Une pause.

« Ouais, je me sens bien. Je me sens tout simplement bien avec la façon dont je joue, et je me sens bien avec la façon dont jouent mes coéquipiers, le jeu de puissance et l'équipe dans son ensemble. Je suis vraiment, vraiment à l'aise là-dedans. J'ai du plaisir. »

Ç'a été là un rare aperçu du véritable Joe Thornton, celui dont les entraîneurs et ses coéquipiers parlent toujours - le gars confiant, qui a un bon esprit de compétition et qui aime avoir du plaisir. C'est là un visage que Thornton a tendance à vouloir soustraire de l'oeil du public en raison des expériences difficiles qu'il a vécues par le passé. Le fait qu'il nous le laisse voir maintenant en dit beaucoup sur son état d'esprit.

Les Sharks mènent la série quatre de sept 2-1 à l'approche du quatrième match, qui aura lieu samedi au SAP Center (19h15 HE ; TVA Sports, CBC, NBC). Cela signifie que San Jose n'est qu'à deux victoires de participer à la finale de la Coupe Stanley pour la première fois dans l'histoire du club, ce qui signifie que Thornton est plus près que jamais de son but, soit d'aspirer à la conquête de la Coupe ; et cela signifie que les choses ont changé.

Thornton n'a pas changé autant que les Sharks ont changé autour de lui. Cela a eu pour effet d'alléger l'atmosphère, de permettre à l'équipe de connaître du succès et de l'inciter à être lui-même. Il semble détendu et heureux.

« Il est encore la même personne, a noté l'attaquant des Sharks Logan Couture. Il veut gagner tout autant qu'il le voulait il y a six ou sept ans. … Je crois que l'élément le plus important dans son cas, c'est qu'il a beaucoup de plaisir. Il adore cette équipe. Il adore les gars dans cette équipe. Il adore se présenter à l'aréna et jouer. Il s'amuse comme un fou. »

Remontons à il y a deux ans, quand les Sharks ont bousillé une avance de 3-0 au premier tour éliminatoire dans l'Association de l'Ouest et ont été éliminés en sept matchs par les Kings de Los Angeles. Ils ont alors vécu leur plus grande déception, qui est venue s'ajouter à longue série d'autres déceptions en séries.

Le directeur général Doug Wilson a commencé à utiliser le mot « reconstruction » et il se demandait si certains vétérans voudraient rester avec l'équipe pour y participer. L'entraîneur Todd McLellan a enlevé le 'C' du capitaine à Thornton et n'a pas confié le titre à qui que ce soit à l'amorce du camp d'entraînement, la saison dernière.

Thornton, dont le contrat comporte une clause de non-mouvement, n'a jamais demandé aux Sharks de l'échanger.

« Je crois encore dans cette équipe au bout du compte », a-t-il déclaré vers le début du camp cette saison-là. « Si ce n'était pas le cas, je pense que… »

Une pause.

« Vous savez, ç'aurait été la solution facile de simplement faire mes bagages et de m'en aller. Je crois encore que cette équipe peut faire de belles choses. »

Les Sharks ont raté les séries éliminatoires de la Coupe Stanley pour la première fois en 11 saisons et ont laissé partir McLellan. Ils ont alors atteint le fond du baril. C'était aussi une occasion de repartir à zéro. Ils ont embauché l'entraîneur Peter DeBoer, qui avait jadis travaillé avec Thornton au sein d'une équipe des moins de 18 ans et qui est passé lui aussi par la Ligue de hockey de l'Ontario. Leur première rencontre a été franche, mais positive.

« Il n'y a pas de personne plus transparente que lui, a affirmé DeBoer. Il s'assoit et il vous dit exactement ce qu'il pense, sans dorer la pilule. Il veut juste gagner. Il a dit que si nous pouvions nous amener et faire certaines des choses que nous voulions faire afin de l'aider à se mettre en bonne position de gagner, et l'équipe aussi, qu'il embarquerait à 100 pour cent. Il l'a clairement indiqué dès le premier jour. »

Les Sharks ont bonifié leur personnel de soutien, ajoutant des joueurs tels que l'attaquant Joel Ward et le défenseur Paul Martin. Quand Martin s'est amené à San Jose, il a été agréablement surpris par Thornton, Patrick Marleau et le reste du noyau dur de l'équipe, à qui on avait attribué une réputation peu enviable.

« De voir à quel point Jumbo et Pat travaillent fort, donnent l'exemple et disent ce qu'il faut dire quand c'est le temps… Je ne m'attendais pas à ça, compte tenu de tout ce que j'avais entendu dire ; mais c'est seulement ce que j'avais lu, a souligné Martin. Depuis que je suis ici, c'est impressionnant de voir la façon dont les gars se présentent au travail et se préparent, à quel point ils s'attendent à gagner et veulent gagner, et font tout ce qu'ils peuvent faire pour améliorer les chances que ça arrive. »

La première moitié de la saison régulière a été cahoteuse, alors que les Sharks ont eu besoin de temps pour s'ajuster à DeBoer et ont dû composer avec les blessures. Ils ont toutefois trouvé leurs repères en deuxième moitié de campagne, ce qui leur a permis de se qualifier pour les séries et de venger leur élimination devant les Kings au premier tour, alors qu'ils ont disposé de Los Angeles en cinq rencontres. San Jose a ensuite eu raison des Predators de Nashville en sept affrontements au deuxième tour éliminatoire. Et voilà qu'ils ont été dominants jusqu'ici dans leur série face aux Blues.

Thornton a trois buts et 10 aides en 15 matchs des séries ce printemps. Ce qui est drôle. Il avait trois buts et neuf aides en 15 matchs éliminatoires quand les Sharks ont atteint la finale d'association en 2010, puis trois buts et 14 aides en 18 rencontres quand ils se sont rendus en finale d'association en 2011. Sauf que maintenant, Joe Pavelski est le capitaine, la formation a plus de profondeur que jamais et la chimie opère au bon moment.

Ce n'est pas surprenant si Thornton a dirigé le jet d'une bouteille d'eau vers les gradins pour s'amuser et a dansé au banc pendant qu'un groupe de jeunes partisans des Blues dansait de l'autre côté de la baie vitrée durant un arrêt de jeu survenu pendant le deuxième match de la série, disputé à St. Louis. C'est un excellent joueur. Il adore jouer au hockey. Il adore son équipe. Il fait ce qu'il souhaite faire : gagner.

Video: SJS@STL, Gm2: Thornton horses around with young fans

Si vous étiez à sa place, vous vous amuseriez également comme un fou, n'est-ce pas ?

« Je pense qu'il a toujours été ce genre de personne loin de la patinoire, d'après ce qu'on m'a dit, a déclaré DeBoer. Je suis certain que la pression découlant de certaines situations au fil des ans lui pesait lourdement sur les épaules. Ce qui arrive, c'est qu'il y a beaucoup de soutien autour de lui cette année. Il a beaucoup d'aide. Quand tu as le sentiment que ce n'est pas seulement sur toi que repose le sort de l'équipe, je crois que tu peux… »

Une pause.

« Ta personnalité peut ressortir un peu plus. Je crois que c'est vraiment sa personnalité, celle que vous voyez en ce moment. C'est ce gars-là que j'ai connu quand il avait 17 ans. »

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