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Entre les poteaux : Le cauchemar de tous les gardiens

Notre collaborateur Mathieu Garon nous parle de ce qui traverse l'esprit d'un gardien lorsqu'il se fait retirer d'un match

par Mathieu Garon @OuiOui_32 / Collaborateur LNH.com

Mathieu Garon a disputé 12 saisons dans la LNH et a signé 144 victoires en 341 matchs. Il a porté les couleurs des Canadiens de Montréal, des Kings de Los Angeles, des Oilers d'Edmonton, des Penguins de Pittsburgh, des Blue Jackets de Columbus et du Lightning de Tampa Bay. Mathieu a accepté de collaborer avec l'équipe de LNH.com chaque semaine pour nous faire découvrir l'univers des gardiens de la LNH.

Le plus grand cauchemar d'un gardien est sans aucun doute de se faire retirer d'un match au cours duquel il n'a pas été à la hauteur. 

Depuis le début de la saison, plusieurs gardiens ont déjà vu leur soirée de travail être écourtée, et non les moindres. Carey Price, Henrik Lundqvist, Cam Talbot et j'en passe ont tous pris le chemin du banc de leur équipe beaucoup plus tôt que prévu.

Pour avoir vécu la situation à plusieurs reprises au fil de ma carrière, je peux parler abondamment de ce sujet avec confiance. Quand on se prépare pour un match, l'objectif final est évidemment de gagner, mais vainqueur ou non à la fin, on veut bien performer. Nous voulons être la raison d'une victoire et non celle d'une défaite. 

Lorsqu'on se fait retirer d'une rencontre, il s'agit d'un échec, peu importe si c'était vraiment notre faute ou non. Je me souviens m'être senti invincible à maintes reprises durant la période d'échauffement au cours de ma carrière, avant d'être assis au banc après seulement cinq minutes de jeu. Il m'est aussi arrivé d'avoir eu peine à arrêter une seule rondelle avant le match, mais d'avoir réalisé un blanchissage par la suite. 

Il y a normalement deux scénarios qui mènent au retrait d'un gardien : il connaît une dure soirée, ou l'équipe devant lui joue laborieusement. 

Il faut admettre que certains soirs, rien ne roule de notre côté. Des matchs où un ballon de plage pourrait facilement nous battre. Peu importe ce qu'on fait, la rondelle va trouver une façon de pénétrer dans le filet. C'est un combat pratiquement injuste pour le gardien qui se bat contre lui-même. Dans ces circonstances, on sait très bien que notre match sera écourté tôt ou tard. Sans souhaiter être retiré de la rencontre, il y a un brin de soulagement lorsque l'entraîneur envoie le réserviste sur la glace. D'autres soirs, on se sent très bien, mais la rondelle trouve toujours une façon impossible d'entrer dans le filet ou alors elle dévie sur quelque chose. 

La situation la plus frustrante à mon avis est celle ou rien ne fonctionne pour l'équipe, et où c'est le gardien qui écope en fin de compte. C'est très décevant parce qu'on a le sentiment d'être responsable, sans que ce soit principalement de notre faute. Bien que ces décisions soient souvent prises pour protéger notre gardien d'un éventuel carnage, il reste que ce gardien va toujours se remettre en question. 

Il s'agit évidemment d'un couteau à deux tranchants. On se souvient d'un certain 2 décembre 1995 au Forum de Montréal. Il y a aussi parfois des entraîneurs qui, afin de se protéger, retirent leur gardien afin de davantage diriger le blâme vers eux. 

En fin de compte, on peut dire que peu importe la situation où cela survient, se faire remplacer durant un match est vraiment difficile pour un gardien. Peu importe la manière dont cela se produit, le gardien va toujours se remettre en question, et je crois fermement qu'un bon entraîneur se doit de communiquer avec son portier et de lui expliquer après le match le raisonnement derrière sa décision, même si c'était évident, simplement pour l'encourager ou lui dire ses vérités. Il est important de le faire, parce que je sais par expérience que le gardien aura de la difficulté à dormir et sera encore affecté à l'entraînement du lendemain. 

J'ai vu à quelques reprises un entraîneur aller parler à son gardien durant l'entracte et lui demander s'il voulait continuer. Un très beau geste, mais la réponse sera toujours la même… Aucun gardien ne veut abandonner. 

La situation le plus cocasse dont j'ai été témoin remonte à un match de la Ligue américaine de hockey à l'époque où je jouais avec les Bulldogs de Hamilton. Après avoir accordé plusieurs mauvais buts, le gardien Vesa Toskala a décidé de se retirer lui-même de la rencontre, et ce, pratiquement au moment ou il a été déjoué par un tir de punition. Il a glissé vers sa droite et sur le même élan a sprinté vers le banc et est disparu par la suite.

Encore une fois dans ces épreuves, les gardiens extraordinaires seront toujours ceux qui rebondiront le plus vite. C'est pourquoi Martin Brodeur avait une fiche pratiquement parfaite durant la majorité de sa carrière dans les matchs qui suivaient une contre-performance.

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