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Entre les poteaux : La transition chez les professionnels

Notre chroniqueur Mathieu Garon nous parle du cheminement d'un gardien entre les rangs juniors et la LNH

par Mathieu Garon / Chroniqueur LNH.com

Mathieu Garon a disputé 12 saisons dans la LNH et a signé 144 victoires en 341 matchs. Il a porté les couleurs des Canadiens de Montréal, des Kings de Los Angeles, des Oilers d'Edmonton, des Penguins de Pittsburgh, des Blue Jackets de Columbus et du Lightning de Tampa Bay. Mathieu a accepté de collaborer avec l'équipe de LNH.com chaque semaine pour nous faire découvrir l'univers des gardiens de la LNH.

Il existe plusieurs parcours différents pour atteindre la LNH, et chaque gardien est unique. Certains d'entre eux seront repêchés alors que d'autres devront se faire connaître autrement. Peu importe la situation, il y aura une transition importante après le niveau junior. 

Il est plutôt rare, ou plutôt impossible, pour un gardien d'accéder directement à la grande ligue. Même avec un gardien tout étoile, je ne vois aucun bienfait de faire le saut directement du junior vers la LNH. Il y a beaucoup trop à apprendre à cette position.

On sous-estime souvent le niveau de jeu de la Ligue américaine de hockey. Par expérience, je peux dire que la transition vers cette ligue est beaucoup plus difficile que celle vers la LNH. Cette difficulté est en grande partie attribuée à l'âge plus élevé des joueurs et, par conséquent, à leur maturité. 

Au niveau junior, le gardien de 19 ou 20 ans affrontait des joueurs de 16 à 20 ans. Il évolue maintenant avec des hommes en moyenne beaucoup plus vieux que lui. Le hockey est dorénavant un emploi à temps plein, et avec un salaire vient une nouvelle forme de pression. Les joueurs sont plus imposants et plus talentueux, les rondelles viennent plus vites et il y a davantage de circulation devant le filet. 

Sans dire que l'étape suivante est facile, je crois qu'elle est tout simplement plus naturelle. Évidemment, il y a beaucoup plus de talent et de vitesse dans la LNH, mais le contraste est moins prononcé. Les tirs sont plus précis et certains sont plus rapides, ce qui force un ajustement. La vie d'un gardien professionnel ne diffère pas beaucoup d'une ligue à l'autre. Prendre l'avion plutôt que l'autobus, et le fait de toucher un plus gros salaire sont des détails que l'on ne peut négliger, mais la routine en tant que telle est la même.

Règle générale, tous les gardiens doivent travailler sur les mêmes éléments au cours de leur passage dans la LAH. Ils doivent notamment travailler leur patience, et dans plusieurs cas, le gardien doit devenir un peu plus fort physiquement. Ils doivent aussi apprendre à mieux s'alimenter et à prendre soin de leur corps davantage, que ce soit avec les étirements, le travail dans le gymnase ou le repos qu'ils doivent s'accorder.

Les gardiens qui se retrouvent dans la Ligue américaine font aussi souvent face à un nouveau défi en ce qui concerne leur utilisation. Ils débarquent dans la LAH après avoir, bien souvent, été les « stars » dans les niveaux précédents. Ils doivent maintenant gravir les échelons un à un et gagner leur poste de gardien numéro un. Ils doivent apprendre à jouer moins souvent et se battre pour une place, tout en démontrant qu'ils veulent le poste de numéro un. Ils doivent également effectuer plus de travail supplémentaire avant et après les entraînements, et fréquenter plus souvent la salle de vidéo pour comprendre et analyser les autres équipes. 

Pour arriver à leurs fins, les gardiens sont encadrés par un entraîneur des gardiens qui travaille pour l'équipe à temps plein, pour la plupart des équipes, et ce dernier est en étroite communication avec l'entraîneur des gardiens du grand club. 

J'ose imaginer la difficulté de passer directement du junior à la LNH. Peu de gardiens peuvent se vanter d'avoir réussi cet exploit. Depuis Jocelyn Thibault, seul Steve Mason a évité de jouer dans les ligues mineures (seulement 3 matchs). Les équipes ont normalement un plan à long terme pour leurs jeunes gardiens qui consiste en quelques saisons dans la LAH, à condition que celui-ci offre un rendement à la hauteur des attentes. 

Plusieurs routes mènent à la LNH, mais il reste qu'il n'y a qu'une poignée de gardiens qui disputent leur premier match dans la grande ligue chaque année, et qu'un ou deux seulement seront capable d'y rester. On peut donc dire que l'entonnoir est très serré. 

À moins d'un phénomène extraordinaire, je ne crois pas que l'on va voir beaucoup de gardiens éviter le stage des ligues mineures de sitôt. L'expérience qui y est acquise est indispensable pour la maturité des cerbères. La durée du séjour n'importe pas toujours, tout ce que l'on veut, c'est que lorsqu'il sera rappelé, le gardien soit prêt et en confiance. 

Nombreux sont les gardiens qui étaient voués à un avenir prometteur, mais qui n'ont jamais été capables de s'ajuster et qui n'ont par conséquent jamais livré la marchandise. Le talent brut peut mener un gardien à la Ligue nationale, mais son éthique de travail lui permettra d'y faire carrière. Et c'est bien souvent dans la Ligue américaine que tous les détails de cette éthique de travail seront peaufinés.

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